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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 13:37

Guikahue_0191.jpg

 

 

On a demandé à ceux des militants qui voudraient changer de délégation départementale ou communale d’informer le Secrétariat Exécutif par écrit et leur demande sera accordée. Cela, après les dernières élections locales où des militants de certaines délégations ont été élus dans leurs régions d’origine ou dans d’autres délégations. Ou tout simplement ceux qui voudraient changer de délégation sont libre de le faire. A priori, cela ne pose aucun problème. Mais là où le ver est dans le fruit, c’est "avec quel titre, quelle responsabilité et quel rang", celui qui change de délégation se déplace-t-il ? Doit-il conserver son titre, sa responsabilité et son rang dans la nouvelle délégation ? Ça grogne déjà dans des délégations et non des moindres. Une autre bombe va-t-elle exploser entre les mains du Secrétaire Exécutif, Maurice Kakou Guikahué ? Certainement pas. Car, "il y a des titres dans les Instances du Parti qui ne changent pas. Bureau Politique ou Comité des Sages. Même quand tu changes de délégation. Si tu es SG de section et que tu changes de délégation, ton poste de SG est dans ton ancienne Section. C'est la même chose pour le Délégué. Cela ne se transporte pas si on peut parler ainsi", dit-on du côté du Secrétariat Exécutif. Cela devrait rassurer les uns et les autres qui s’inquiètent dans les délégations. Toutefois, des manœuvres sont en cours, orchestrées par des "mutés" pour diviser des délégations avec la complicité de certains membres du Secrétariat Exécutif. Attention au syndrome Divo, Yopougon etc. où le PDCI a été très divisé et est entré dans des crises de leadership à n’en point finir!

Guy TRESSIA

 

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 14:44

Wattao_Seguela.jpgEntre le transfèrement de Laurent Gbagbo (29 novembre 2011) et la levée des scellés sur les mandats d’arrêt de Simone Gbagbo et de Blé Goudé, il s’est écoulé deux ans.

C’est apparemment, selon notre source, le même délai que s’est donné la CPI pour s’occuper des mandats d’arrêt concernant des individus proches du camp Ouattara. Lesquels devraient, à moins de circonstances extraordinaires, goûter, en 2016, aux douceurs exquises de la prison de Scheveningen. 

« (…) Je vais être très claire. Ce n’est pas la fin de notre travail en Côte d’Ivoire: nos enquêtes vont se poursuivre. Nous recueillerons d’autres éléments de preuve et, si la situation le justifie, nous présenterons d’autres affaires devant les juges de la CPI sans crainte ou sans traitement de faveur, et quel que soit le bord ou l’appartenance politique des auteurs des crimes ». A déclaré Fatou Bensouda, après l’arrivée de Blé Goudé à La Haye.

Elle apprend vite, la magistrate gambienne. Les mandats d’arrêt contre des proches de Ouattara ont été déjà décernés, dont deux, il y a seulement un peu plus de deux semaines.

« Et contrairement à ce que beaucoup croient, Ouattara est dans de beaux draps. Non seulement il livrera Simone Gbagbo malgré tout ce que son ministre de la Justice raconte, mais il livrera aussi ses proches, si la CPI les demandait. L’Onu dispose de tous les moyens pour l’amener à coopérer pleinement avec la Cour, tout est une question de temps… » Assène notre source.

Message transmis aux heureux bénéficiaires des prochains et inévitables mandats d’arrêt ! 2016, c’est si vite arrivé et il y a parfois de si belles surprises dans les aéroports !

Pour sa part, se prononçant sur le transfèrement de Blé Goudé, le Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité a envoyé un autre message : « Tous ceux qui ont commis des torts seront rattrapés par les actes qu’ils ont causés. Quand vous arrachez des vies, tôt ou tard, vous payez. A l’heure où je vous parle, l’avion qui conduit Charles Blé Goudé à La Haye est dans le ciel… »

Et cet avion reviendra pour chercher  (le reste de) ceux qui, tôt ou tard payeront ?

A.T.

 

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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 07:43

Blé goudéLe samedi 22 mars, Blé Goudé, ancien « ministre de la rue » selon ses propres termes, a été transféré, à la CPI.

48 heures plus tôt, à la surprise générale, le gouvernement ivoirien, à la suite d’un Conseil des ministres, avait déclaré avoir donné son accord pour le transfèrement de l’ancien champion de la galaxie patriotique.

72 heures après l’arrivée de Blé Goudé à La Haye, « L’Eléphant » a découvert ce qui, au-delà de la guerre des photos (finalement véritable écran de fumée), a véritablement motivé le changement d’attitude du Gouvernement ivoirien sur le cas « Blé Goudé » qui n’a en réalité rien de « particulier » comme le prétendait le ministre de la Justice.  

Tout est parti d’une requête introduite par le coordonnateur de la défense de Charles Blé Goudé, l’avocat israélien, Me Nick Kaufman.

 

Un mandat vieux de deux ans !

Le 21 décembre 2011, la Chambre préliminaire III de la CPI a, à la demande de l’ancien procureur Louis Moreno Ocampo, délivré un mandat d’arrêt à l’encontre de Charles Blé Goudé. Mais elle avait décidé de garder ce mandat  sous scellé jusqu’au moment opportun.

Moins d’un mois plus tôt, le 29 novembre 2011, Laurent Gbagbo, bénéficiaire du premier  mandat d’arrêt, avait été transféré à La Haye-comme l’a déjà conté « L’Eléphant »-pour le moins expéditif.  Trois mois après le transfèrement de Laurent Gbagbo et deux mois après le mandat d’arrêt de Blé Goudé, le 29 février 2012, un autre mandat d’arrêt sera délivré à l’encontre de Simone Gbagbo. Ce mandat sera également gardé sous scellé.

En mars, puis en octobre 2012 « L’Eléphant » avait annoncé ces mandats d’arrêt contre Blé Goudé et Simone Gbagbo. Mais la CPI restera de marbre devant les affirmations de l’infernal quadrupède.  Le 8 juillet de la même année, Soro Guillaume, sur les antennes de RFI, affirmera qu’à sa connaissance, il y avait un mandat d’arrêt de la Cpi contre Simone Gbagbo, Blé Goudé et le général Dogbo Blé.

Des propos qui, cette fois-ci, obligeront la CPI à réagir par la voix de Pascal Turlan, conseiller en coopération internationale au Bureau du Procureur : «Nous ne confirmons pas ces annonces (de M. Soro Guillaume, ndlr). Le Bureau du procureur continue ses enquêtes en Côte d'Ivoire. Et il laisse aux acteurs politiques le soin de faire leurs propres déclarations. Nous ne commentons pas les rumeurs ou les allégations proférées par les uns ou les autres dans les situations sous enquêtes. Tout ce qui a trait à la procédure en Côte d'Ivoire est lisible et disponible dans nos déclarations publiques et dans le suivi de la procédure. C'est tout à fait transparent et public aujourd'hui. Vous avez une audience de confirmation des charges qui doit commencer le 13 août prochain concernant Laurent Gbagbo. Lorsque nous aurons assez d'éléments qui nous permettent de penser que d'autres personnes pourraient être responsables de crimes, nous délivrerons des mandats d'arrêts contre ces personnes également. Nous avons bon espoir. Nos enquêtes avancent de façon satisfaisante ».

Finalement, le 23 novembre 2012, la CPI rendra public le mandat d’arrêt contre Simone Gbagbo.

Un an plus tard, le 1er octobre 2013, elle lèvera les scellés sur celui  de Blé Goudé Charles.

Mais si le 20 septembre 2013, après près d’un an de réflexion, le Gouvernement ivoirien a refusé de livrer Simone Gbagbo, le cas Blé Goudé n’a cessé, d’octobre 2013 à janvier 2014, de troubler son sommeil.

Finalement, le 13 janvier 2014, via ses avocats français, l’Etat de Côte d’Ivoire a sollicité de la CPI, un délai de trois mois pour approfondir  ses réflexions avant de prendre une décision définitive concernant le cas « Blé Goudé ». En s’appuyant, dans sa requête, sur l’article 94(1) du Statut de Rome.

Une démarche qui va énormément déplaire à l’avocat de Charles Blé Goudé, Me Nick Kaufman. Lequel percevra cette demande de sursis comme une volonté manifeste du Gouvernement ivoirien de ne plus coopérer pleinement avec la CPI, comme il l’avait promis.

Il voulait le transfèrement rapide de Blé Goudé ?

 

La colère de Me Kaufman

Pour justifier son refus de transférer Simone Gbagbo, le Gouvernement ivoirien, à la suite d’un Conseil des ministres extraordinaire, a annoncé sa volonté d’introduire auprès de la CPI, une « requête en irrecevabilité et de surseoir à exécuter le mandat d'arrêt émis par la CPI le 29 février 2012 (…) sur la demande du transfèrement de Mme Simone Gbagbo à La Haye ». 

A l’époque, le ministre de la Justice, l’immense Gnénéma Coulibaly, avait sorti des arguments en béton pour expliquer la décision du Gouvernement ivoirien : « La CPI a une compétence de subsidiarité. Ça veut dire qu’en tout temps, le pays dans lequel les faits sont commis, demeure en priorité celui qui doit pouvoir juger les auteurs des faits incriminés. C’est ce qui explique qu’aujourd’hui, au moment où nos juridictions sont opérationnelles, la Côte d’Ivoire décide de juger Simone Gbagbo (…) On aurait pu juger l’ex-président ici en Côte d’Ivoire si les circonstances étaient les mêmes. Souvenez-vous que lors du transfèrement de Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale, en novembre 2011, la Côte d’Ivoire sortait à peine d’une longue crise armée. Nous n’avions pas nos infrastructures judiciaires en état. Les maisons d’arrêt avaient été détruites. Les prisons et les tribunaux n’étaient pas fonctionnels et même certains magistrats n’étaient pas à leur poste. A cette période-là, il était manifestement difficile de pouvoir procéder au jugement de Laurent Gbagbo (…) au moment où nos juridictions sont opérationnelles, la Côte d’Ivoire décide de juger Simone Gbagbo… » Les mêmes juridictions qui sont capables de juger Simone Gbagbo sont aussi capables de juger Blé Goudé, non ?

En réalité, c’était pour arriver à une décision semblable à celle prise au sujet de Simone Gbagbo, que le Gouvernement a sollicité un délai de réflexion de trois mois avant de se prononcer sur la demande de transfèrement de Blé Goudé.

Sauf que, si cette tactique a bien fonctionné dans le cas « Simone Gbagbo », les choses ne se passeront pas comme prévu, dans le cas « Blé Goudé ». 

Le 14 janvier 2014, soit 24 heures seulement après le dépôt de la requête du Gouvernement entre les mains de la juge unique, Me Nick Kaufman, l’avocat de Blé Goudé,  va, dans une vigoureuse réplique, s’appliquer méthodiquement à descendre les arguments des avocats de l’Etat ivoirien. Lesquels seront même accusés de faire une interprétation erronée de l’article 94 (1) portant « Sursis à exécution d'une demande à raison d'une enquête ou de poursuites en cours ».

Parcourons ensemble cet article : « Si l'exécution immédiate d'une demande devait nuire au bon déroulement de l'enquête ou des poursuites en cours dans une affaire différente de celle à laquelle se rapporte la demande, l'État requis peut surseoir à l'exécution de celle-ci pendant un temps fixé d'un commun accord avec la Cour. Toutefois, ce sursis ne dure pas plus qu'il n'est nécessaire pour mener à bien l'enquête ou les poursuites en question dans l'État requis. Avant de décider de surseoir à l'exécution de la demande, l'État requis examine si l'assistance peut être fournie immédiatement sous certaines conditions… »

Sur la base des arguments particulièrement percutants de Me Kaufman, le 3 mars 2014, la juge unique a rejeté la requête de l’Etat de Côte d’Ivoire.

Un but à zéro pour l’avocat de Blé Goudé. 

L’incroyable requête de Me Kaufman

Le dimanche 9 mars 2014, des photos de Blé Goudé, en caleçon et reclus dans une cellule qui ressemble comme deux menottes aux cellules de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST), sont diffusées sur les réseaux sociaux et y font un tabac.

Le lendemain, la plupart des quotidiens ivoiriens et notamment ceux qui sont proches de l’ancien régime placardent ces photos dégradantes à leur « Une ». En parlant de « pire dictature »,  de « traitements inhumain, cruel et dégradant » infligés à l’ancien leader de la galaxie patriotique par le régime Ouattara.

48 heures après la diffusion de ces photos et alors que la polémique enflait dans toute la Côte d’Ivoire et que le Gouvernement, pris de court, réfléchissait à une justification imparable… à La Haye, Me Nick Kaufman déposait entre les mains de la juge unique, une étrange requête destinée à obtenir le transfèrement de Blé Goudé  en mettant la pression sur le Gouvernement ivoirien, sur la base d’une procédure prévue par l’article 87 (7) du Statut de Rome. 

Et que dit cet article ? « Si un État Partie n'accède pas à une demande de coopération de la Cour contrairement à ce que prévoit le présent Statut, et l'empêche ainsi d'exercer les fonctions et les pouvoirs que lui confère le présent Statut, la Cour peut en prendre acte et en référer à l'Assemblée des États Parties ou au Conseil de sécurité lorsque c'est celui-ci qui l'a saisie ».

Dans sa requête dont « L’Eléphant » s’est procuré une copie, l’avocat demande clairement à la juge unique de dénoncer la Côte d’Ivoire auprès de « l’Assemblée des Etats parties » au Statut de Rome afin que le Gouvernement ivoirien s’explique sur les raisons pour lesquelles, alors qu’il a pris l’engagement de coopérer pleinement avec la CPI, il fait des difficultés pour exécuter les mandats d’arrêt délivrés par la Cour.

Parcourons le dernier paragraphe de cette requête rédigée en anglais.

« (…) 8. Le juge unique est respectueusement prié de convoquer une conférence d’urgence dans le cadre de laquelle la Côte d'Ivoire devrait être priée d'indiquer ses  intentions en ce qui concerne le mandat d'arrêt du suspect (Blé Goudé, ndlr) et à expliquer  pourquoi le juge unique ne devrait pas faire une constatation de non-coopération ainsi  que le renvoi de la question à l'Assemblée des États parties conformément à l'article 87 (7) de Statut de Rome… » (Voir texte intégral en encadré).

Demander à la juge unique de soumettre l’attitude du Gouvernement ivoirien à « l’Assemblée des Etats parties » au Statut, n’est-ce pas obliger le régime Ouattara à tenir ses engagements vis-à-vis de la CPI et donc à exécuter les mandats d’arrêt ?

 

La partition de Ban Ki-Moon

Dès qu’elle reçoit la requête de Nick Kaufman, la juge unique, selon une source contactée par « L’Eléphant », s’adresse au Secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-Moon. Auprès de ce dernier, elle se lamente sur l’attitude du régime Ouattara. Lequel donne clairement le sentiment de ne plus être disposé à coopérer avec la Cour, contrairement à ses engagements, en exécutant les mandats d’arrêt délivrés dans le cadre des enquêtes sur la crise post-électorale.

Devant cette situation et, surtout pour ne pas que la CPI perde la face devant l’Union Africaine qui parle de « racisme », Ban Ki-Moon dont l’activisme dans la neutralisation des armes lourdes de Laurent Gbagbo pendant la crise post-électorale n’est plus un secret, fait transmettre un petit message au président Ouattara, tel que caricaturé : « Ou bien vous coopérez pleinement avec la CPI en livrant immédiatement Blé Goudé, ou bien on demande à l’Assemblée des Etats parties de dessaisir la CPI du cas Gbagbo et vous réglez vos problèmes entre vous, puisque votre justice fonctionne bien à présent ».   

Résultat de cette pression amicale ?  Le jeudi 20 mars, le Gouvernement ivoirien, à la suite d’un conseil des ministres, décide d’autoriser, librement et en toute souveraineté, le transfèrement de Blé Goudé à la CPI.

Le Ministre de la Justice, Gnénéma Coulibaly, expliquera entre autres raisons que le Gouvernement a donné son accord parce que, en « 2010, c’est lui (Blé Goudé, ndlr) qui a demandé que les véhicules de l’ONUCI soient caillassés (…) Charles Blé Goudé incarne en soit la violence et la douleur (…) Nous estimons que le tort causé à la communauté internationale fait que cette communauté peut le juger ».

Tout d’un coup, on comprend mieux l’allusion à l’Onuci et à la communauté internationale…

ASSALE TIEMOKO

 

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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 07:18

ASSALE-USA.jpgLe Ministre de la Justice, Gnénéma Coulibaly, a trouvé encore le moyen, à la faveur de la décision de transfèrement de Blé Goudé, de rentrer encore dans l’histoire de la Côte d’Ivoire à travers une énième déclaration.

Décidément, à propos de la Cpi, selon les circonstances, l’homme qui a déclaré que le transfèrement de Laurent Gbagbo à La Haye était la condition unique pour accélérer le processus de réconciliation en Côte d’Ivoire, a une explication qui évolue étrangement.

En septembre dernier, pour justifier le refus-après plusieurs mois de fuite en avant-de livrer Simone Gbagbo à la Cpi, Gnénéma Coulibaly a fait appel à sa parfaite  connaissance du droit international pénal :

«La CPI a une compétence de subsidiarité. Ça veut dire qu’en tout temps, le pays dans lequel les faits sont commis, demeure en priorité celui qui doit pouvoir juger les auteurs des faits incriminés. C’est ce qui explique qu’aujourd’hui, au moment où nos juridictions sont opérationnelles, la Côte d’Ivoire décide de juger Simone Gbagbo (…) On aurait pu juger l’ex-président ici en Côte d’Ivoire si les circonstances étaient les mêmes. Souvenez-vous que lors du transfèrement de Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale, en novembre 2011, la Côte d’Ivoire sortait à peine d’une longue crise armée. Nous n’avions pas nos infrastructures judiciaires en état. Les maisons d’arrêt avaient été détruites. Les prisons et les tribunaux n’étaient pas fonctionnels et même certains magistrats n’étaient pas à leur poste. A cette période-là, il était manifestement difficile de pouvoir procéder au jugement de Laurent Gbagbo (…) au moment où nos juridictions sont opérationnelles, la Côte d’Ivoire décide de juger Simone Gbagbo… »

Bravo ! Gbagbo n’a donc été transféré que parce que les juridictions nationales, à l’époque, n’étaient pas en mesure de le juger sur le sol ivoirien. Quelle chanceuse donc, cette Simone Gbagbo !

Pourtant, sept mois plus tard, pour justifier le transfèrement de Blé Goudé, le ministre, oubliant ses propos sur la capacité de la justice ivoirienne, a appelé en renfort un véritable trésor de justifications, toutes aussi déconcertantes  les unes que les autres. Des arguments qui, à terme et on se demande bien s’il s’en est rendu compte, pourraient faire beaucoup de mal au régime Ouattara. Tant en Côte d’Ivoire qu’à l’extérieur.

Il a d’abord rappelé que Charles Blé Goudé a introduit la violence sur les campus universitaires, puis, qu’il a fait fermer en 2005 plusieurs entreprises en s’en prenant aux coopérants et enfin, qu’en « 2010, c’est lui qui a demandé que les véhicules de l’Onuci soient caillassés… »

Et, comme la justice ivoirienne n’a pas les moyens de juger tous ces crimes sur le sol ivoirien, alors, Blé Goudé a été transféré à La Haye.  N’est-ce pas que tous les crimes reprochés par la CPI à Blé Goudé sont aussi reprochés à Simone Gbagbo ? Dans un cas, la justice ivoirienne peut juger l’affaire et dans un autre, elle est incapable de le faire. Bravo ! 

Pourtant, il suffisait au ministre de la Justice d’assumer la décision du gouvernement en disant que Blé Goudé est tout simplement un prisonnier encombrant dont il fallait se débarrasser au plus vite en le livrant à la Cpi. Cela lui aurait permis d’éviter de ridiculiser toute la Côte d’Ivoire aux yeux du monde en déclarant que c’est pour une question d’image (donc de pudeur) que Simone Gbagbo ne sera pas transférée à  la CPI.

Et dire qu’on pensait que c’était simplement parce que la justice ivoirienne pouvait  la juger en Côte d’Ivoire.

Être une « mégarde » des Sceaux, pour emprunter le mot à l’infernal palmipède, « Le Canard Enchaîné », c’est décidément un métier pénible.

A.T.

NB : Le Titre est de Guy TRESSIA

 

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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 16:14

Ble-goude.jpgBlé Goudé nous reçoit dans sa nouvelle résidence presque fortifiée. Il a toujours un chapelet au cou et sa bouteille de jus de fruit à portée de main. Il n’est pas encore informé de son transfèrement imminent à la CPI.

 

Question : Blé Goudé, même en prison vous défrayez la chronique. Ces derniers jours, on ne fait que parler de vous dans tous les médias.

B.G : Un général reste un général, même en prison.

 

Q : Oui, mais un général ne se laisse pas prendre aussi facilement comme vous l’avez été. On vous croyait bien plus malin ?

B.G : Le pays me manquait trop, il fallait que je rentre ! J’en avais marre de fuir et de changer d’identité !

 

Q : Vous confirmez donc que votre arrestation est un arrangement avec les autorités du pays ?

B.G : Non, je n’ai pas parlé d’arrangement, j’ai dit que le pays me manquait. Je ne peux jamais faire d’arrangement avec ce régime !

 

Q : Oui mais on a dit que vous avez organisé votre arrestation pour échapper à un transfèrement à la Cpi depuis le Ghana.

B.G : Quand on m’arrêtait, il n’y avait pas de mandat d’arrêt de la CPI contre moi.

 

Q : Si ! Huit mois avant votre arrestation « L’Eléphant Déchaîné » avait annoncé qu’il y avait un mandat d’arrêt de la CPI contre vous. Donc avec votre arrestation par le régime ivoirien, vous vous offriez de nombreuses chances d’échapper à la CPI?

B.G : Regardez dans quelles conditions on m’a détenu. S’il y avait un arrangement quelconque avec les nouvelles autorités, est-ce que je subirais ce sort ?

 

Q : Oui, mais peut-être que tout ça fait partie de l’arrangement, non ? C’est peut-être pour rassurer les victimes qu’on ne vous fait pas de cadeau ? On ne comprend toujours pas pourquoi vous n’êtes pas dans une prison alors que Simone Gbagbo et les autres sont détenus dans des prisons au nord du pays. Qu’est-ce que vous avez de plus que les autres pour être dans une résidence surveillée à Abidjan avec jus de fruit et autre télévision ?

B.G : (Il reste silencieux un moment, comme pris au piège.) Je ne sais pas pourquoi on me garde à Abidjan.

 

Q : En publiant sur sa page Facebook les photos qui vous montrent dans une résidence, le ministre de l’Intérieur a écrit que « même les pires criminels ont des droits ». On ne comprend donc pas pourquoi vous avez ce traitement de faveur. Vous n’êtes pas en prison, pourquoi?

B.G : Les moutons marchent ensemble mais ils n’ont pas le même prix.  

 

Q : Donc vous confirmez l’arrangement ?

B.G : Je dis que les moutons se promènent ensemble mais ils  n’ont pas le même prix !

 

Q : Parlons un peu des photos dans cette cellule et qui montrent une personne qui vous ressemble. C’est bien vous sur ces photos ?

B.G : Ce sont bien des photos de moi. Et l’autre personne, c’était Jean Yves Dibopieu.

 

Q : Le caleçon que vous portiez, tout le monde l’a trouvé trop blanc pour être vrai. C’est le photographe qui venait de vous l’offrir ou quoi ?

B.G : Qu’est-ce que vous avez contre la blancheur ? Ce n’est pas parce qu’on est dans une cellule qu’on doit porter des caleçons sales, ou bien ?

 

Q : Sur la deuxième photo, on vous voit avec un caleçon bleu. Pourquoi avoir changé de caleçon ? Les photos ont été faites en des jours différents ou le même jour ou il s’agissait juste d’une mise en scène?

B.G : J’ai le droit de changer de caleçon pour faire des photos, ou bien ?

 

Q : Pouvez-vous nous expliquer le sens de la bible et de l’éponge ? Généralement, c’est une combinaison qui ne marche pas, non ?

B.G : Il faut ajouter aussi le caleçon blanc. Le blanc, c’est la paix, la réconciliation. La bible, c’est Dieu, c’est le pardon. L’éponge, c’est pour laver la Côte d’Ivoire de toutes les souillures, pour la naissance d’une nouvelle Côte d’Ivoire.

 

Q : Revenons aux autres photos, celles prises dans la résidence. Tantôt vous vous apprêtez à vous servir un jus de fruit, tantôt vous êtes assis en train de prier, tantôt vous regardez la télévision, tantôt vous êtes couché en train de lire un live, tantôt vous rangez une chemise dans le placard sourire aux lèvres, c’est quoi toute cette mise en scène ? Vous a-t-on obligé à vous livrer à ce spectacle? 

B.G : Personne ne peut m’obliger à faire des photos. Je reste toujours le général.

 

Q : Vous savez que la CPI vous réclame à cor et à cri ?

B.G : Ils ne m’auront pas !

 

Q : A cause de votre arrangement avec les nouvelles autorités ?

B.G : Non ! Parce que je me suis toujours battu pour le respect des institutions de notre pays, dont la justice. La justice ivoirienne est la seule digne pour juger les Ivoiriens.

 

Q : Vous arrive-t-il de penser à Gbagbo ?

B.G : Il demeure mon leader, mon maître, mon guide. Mais en ce moment celui qui occupe plus ma tête, c’est l’éternel des armées, Dieu ! Je l’ai véritablement découvert depuis mon arrestation !

 

Q : Vous n’avez pas envie de revoir Gbagbo, même à la CPI ?

B.G : Non ! Je veux le revoir ici au pays !

 

Q : Savez-vous que le gouvernement a donné son accord pour que vous soyez transféré à la CPI ?

B.G : (Il garde le silence pendant un moment). Ils m’ont eu alors !

 

Q : De qui parlez-vous ?

B.G : Je parle des gens de mon camp.

 

Q : Ils vous ont eu ? On ne comprend pas. Vous pouvez expliquer ?

B.G : Non ! Vous ne comprendrez pas. Je vous demande de partir ! Adieu ! 

Propos (presque) recueillis par

Alex Kassy

 

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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 16:12

ASSALE TIEMOKO 205L’ancienne vedette de la galaxie patriotique, Charles Blé Goudé va donc, à moins d’un miracle, se retrouver dans les heures ou jours à venir, aux côtés de son leader, l’intrépide Laurent Gbagbo.

Acculé par la Cpi depuis octobre 2013, le gouvernement ivoirien, à la surprise générale, vient d’accéder à la demande de cette institution judiciaire internationale. Après que le temps de réflexion qu’il a sollicité avant de se prononcer  a été rejeté.

Quelles sont les raisons profondes qui ont motivé  la décision du Gouvernement ?

A en croire le Ministre de la Justice, Gnénéma Coulibaly-l’homme qui a déclaré que le transfèrement de Laurent Gbagbo était la condition pour accélérer le processus de réconciliation en Côte d’Ivoire-Blé Goudé est l’acteur principal de l’introduction de la violence dans les universités ivoiriennes bien avant la crise post-électorale et c’est lui qui a appelé ses soldats à prendre pour cibles les véhicules de l’Onu en Côte d’Ivoire… C’est tout ?

Au regard de tous ces faits, la Côte d’Ivoire, selon le Ministre, n’avait d’autre choix que de le livrer à la Cpi. Mais pourquoi livrer Blé Goudé et refuser de livrer Simone Gbagbo ?

Réponse du ministre, cité par Rfi, « la justice se fait au cas par cas» et, aurait-il ajouté, le gouvernement ne veut pas livrer Simone Gbagbo parce que cela poserait un problème « d’image » pour la Côte d’Ivoire.

Si on s’en tient aux explications du Ministre, Blé Goudé devrait maudire le ciel de n’être pas aujourd’hui une femme. Puisque manifestement, les dirigeants ivoiriens ont peur d’être les premiers dirigeants au monde en général et en Afrique en particulier, à avoir transféré une femme à la CPI. Simone Gbagbo devrait donc bénir « l’éternel des armées », pour utiliser une expression chère à la galaxie patriotique.

Ce nouvel argument, déjà révélé par « L’Eléphant Déchaîné », est assez surprenant. Parce que le seul argument servi par le Gouvernement ivoirien à tous ceux qui s’interrogeaient sur son refus de transférer Simone Gbagbo a toujours été que la justice ivoirienne est en mesure à présent, de juger toutes les formes d’infractions commises pendant la crise post-électorale.

Et voilà qu’à présent, pour justifier le transfèrement de Blé Goudé, l’on parle de « cas par cas ».

Du côté du Fpi, parti dont Blé Goudé est proche, Affi N’Guessan, son président, a déclaré au cours d’une conférence de presse tenue hier avec pour sujet central le recensement général de la population qu’il a appelé les Ivoiriens à boycotter, qu’il n’était pas officiellement informé de la décision de transfèrement de Blé Goudé.

«Nous ne pouvons pas commenter la décision. Vous savez que c’est un dossier suffisamment sensible pour ne pas commenter à chaud et de façon inappropriée. Ce que nous pouvons dire, c’est que ce ne sont pas des actes qui participent de la réconciliation nationale mais, nous attendons d’abord de voir. Parce que ce sont pas des actes de décrispation, c’est pas des actes qui montrent que le pays avance sur la voie de la normalisation, de la sortie d’une forme de conflictualité. Nous attendons d’avoir tous les éléments avant de nous prononcer au niveau de la direction du Fpi». 

Ça tombe bien ! Quelques minutes plus tôt, avant que la question sur le transfèrement de Blé Goudé ne lui soit posée, Affi N’guessan avait officiellement décrété l’échec du processus de réconciliation nationale. Il ne croyait vraiment pas si bien dire…

A.T.

 

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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 16:08

Charles-ble-goude-a-gauche-avec-le-president

 

Ainsi donc, à peine l’émotion suscitée par les photos de Blé Goudé dans une cellule de la Direction de la Surveillance du Territoire est-elle retombée, qu’une autre, encore plus vive, s’empare des partisans de l’ancien président, l’intrépide Laurent Gbagbo. Et pour cause.

A la suite du Conseil des Ministres tenu ce jeudi 20 mars 2014, le Gouvernement, par la voix de son porte-parole, le Ministre Koné Bruno, a donné son accord pour le transfèrement de Blé Goudé à la Cpi.

On se souvient, pendant que la guerre des photos sur Blé Goudé faisait rage sur les réseaux sociaux et dans les journaux de la presse proche du pouvoir et de l’opposition,  la procureure de la Cpi était intervenue pour demander au Gouvernement ivoirien de livrer Charles Blé Goudé : «Nous demandons aux autorités ivoiriennes de livrer sans délai Charles Blé Goudé. Et il faut dire que nous continuons de leur parler et de leur montrer la nécessité de transférer Charles Blé Goudé à la Cour pénale internationale, sans délai», avait-elle déclaré, le 15 mars, à Kinshasa (RDC), à la faveur d’une conférence de presse.

Dix jours plus tôt, la Cpi avait rejeté la demande de sursis de trois mois introduite par le Gouvernement ivoirien, un temps qui devrait lui permettre de réfléchir sur le cas Blé Goudé. 

 

Le message caché

des photos

Apparemment, les pressions externes et internes que subissait le pouvoir d’Abidjan sur le cas Blé Goudé étaient intenables. Et la publication des photos de ce dernier, en « caleçon blanc » et couché à même le sol dans une cellule de la DST, faisait certainement partie d’un plan bien concocté.

Elle avait pour objectif de choquer les partisans du FPI et les défenseurs des droits de l’homme, tant à l’interne qu’à l’externe. Lesquels, comme prévu ( ?), n’ont pas hésité à crier au scandale. Les journaux proches de l’ancien parti au pouvoir, piégés, n’ont pas hésité à parler de dictature et de cruauté du régime Ouattara. Des expressions qui creusaient chaque jour de plus en plus profondément, le lit du transfèrement de l’ex-champion de la galaxie patriotique.  

Pour se défendre ( ?), le régime n’a pas hésité à publier des photos de Blé Goudé dans une résidence, sourire aux lèvres et s’apprêtant à se servir un verre de jus de fruit.

Ces photos d’un Blé Goudé vivant à son aise dans une résidence alors que le régime le considère comme l’un des pires criminels que ce pays ait jamais connus, ont eu pour effet de provoquer la colère des victimes et supposées victimes de la crise post-électorale, toutes proches du pouvoir ou supposées telles. Les représentants de ces victimes ont vite fait de donner de la voix en annonçant des marches sur la présidence de la République pour crier leur indignation et exiger le transfèrement de Blé Goudé à la CPI.

De son côté, le Fpi et ses journaux, pris de court, n’ont eu d’autres solutions que de  crier à la manipulation, au montage ! 

Pris entre deux feux volontairement allumés par lui-même (celui des pro-Gbagbo et celui des victimes), le Gouvernement a décidé de satisfaire les deux camps : Transférer Blé Goudé à la CPI.

Les pro-Gbagbo crieront encore à l’assassinat du processus de réconciliation nationale dans lequel ils ne se sont jamais véritablement engagés, arc-boutés sur leurs préalables-mais ils ne pourront plus reprocher au régime de maltraiter Blé Goudé en le détenant au secret dans des « conditions inhumaines ».

Et les victimes qui n’auront plus dans leur esprit l’image d’un Blé Goudé regardant la télévision  dans sa résidence surveillée, ne s’en prendront plus, satisfaits, au pouvoir d’Abidjan. C’est ce qu’on appelle « faire d’un mandat d’arrêt encombrant, deux coups politiques».

On dit merci qui ?

 

Le piège

Mais en décidant de transférer Blé Goudé à la CPI, alors qu’il prétend que les conditions pour juger sur le sol ivoirien toutes les autres personnes poursuivies par la Cpi sont désormais réunies, le régime se retrouve pris dans son propre piège ouvert depuis le transfèrement de l’intrépide Laurent Gbagbo.

 Il en est de même pour la Cpi, accusée à raison, de ne s’acharner, depuis la fin de la crise post-électorale, que sur le camp Gbagbo, déjà gratifié de trois mandats d’arrêt. Contre rien pour le camp Ouattara.

Le régime Ouattara, après le transfèrement de Blé Goudé, alors que la justice ivoirienne, selon les aveux même du ministre de la Justice, a retrouvé toutes ses sensations, prend l’engagement de livrer toute autre personne que la Cpi inviterait pénalement à La Haye. Et ce n’est pas parce qu’il garde Simone Gbagbo sous le coude pour des raisons bien évidentes,  qu’il pourra se dérober sans conséquence le moment venu. Bientôt, les mêmes ONG internationales qui réclamaient le transfèrement de Blé Goudé feront les mêmes demandes pour les personnes proches du camp Ouattara et accusées d’avoir commis des crimes.

L’infernal quadrupède, bien avant que les mandats d’arrêt contre Simone Gbagbo (« L’Eléphant Déchaîné » N°96, octobre 2012) et Blé Goudé (« L’Eléphant Déchaîné » N°123, janvier 2013) ne soient rendus publics, les avait annoncés.

Et le même quadrupède est en mesure de dire encore aujourd’hui que deux autres mandats d’arrêt ont été émis par la CPI, il y a à peine deux semaines et concernent deux ex-têtes de pont de la rébellion armée. Des champions que le pouvoir d’Abidjan devra livrer dans les mois à venir quand les scellés seront obligatoirement levés par la CPI. Ce qui ramène à trois, les mandats d’arrêts sous scellés concernant des proches du régime Ouattara. C’est pour quand la levée des scellés ? 

 

Le Fpi, à moitié coupable

La décision de transfèrement de Blé Goudé peut tirer par ailleurs une source lointaine dans l’absence de stratégie de la direction du Fpi dont le discours, porté par son président Affi N’Guessan, est des plus flous et des plus inconstants. Tantôt le Fpi annonce son engagement dans le processus de réconciliation, tantôt déclare que ce processus est un échec.

Tantôt il fait de la libération de Laurent Gbagbo un préalable à toute négociation, tantôt il affirme que cette libération n’est pas un préalable. Tantôt Affi N’Guessan déclare que sans Laurent Gbagbo le Fpi ne participera à aucune élection en Côte d’Ivoire. Tantôt, le même invite les militants du Fpi et les Ivoiriens à réinstaller le Fpi au pouvoir en 2015.  Par quel moyen si ce n’est pas les élections ?

Cette inconstance dans le discours et cette absence de stratégie sur les questions importantes qui intéressent les Ivoiriens se sont transformées, au fil des jours, en du pain béni pour le régime.

En réalité, malgré les apparences, les dirigeants en liberté du Fpi et notamment Affi N’guessan, et les responsables des mouvements de jeunesses proches de ce parti, sont plus préoccupés par leur propre avenir politique que par le sort des prisonniers proches de leur camp. En faisant de la surenchère, en excluant, en suspendant tous ceux qui tentent de discuter avec le régime et qui sont taxés de traitres (cas de l’ex-représentant du Cojep Europe), le Fpi a volontairement aggravé le sort des prisonniers et des exilés.

Demain, devant le transfèrement de Blé Goudé, le parti de Laurent Gbagbo criera au refus du régime d’aller à la réconciliation alors que depuis hier, en conférence de presse, Affi N’guessan a décrété l’échec du processus de réconciliation.

Ce sera la chanson pendant quelques jours et puis, tout sera oublié.

Et au Fpi, rapidement, le vide laissé par Blé Goudé sera comblé. Et beaucoup, se réjouiront de son absence. Derrière les portes.

Parce que la nature a horreur du vide !

DANIEL SOVY           (L’Eléphant déchaîné N°236)

 

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 09:21

ASSALE TIEMOKO 205Le recensement général de la population, voulu par le gouvernement, a démarré, hier, par l’enregistrement de notre président, de son épouse et de plusieurs vedettes d’huile du régime.

16 ans après le recensement réalisé sous le régime du jeune Bédié, voilà un  autre recensement. Même s’il a commencé hier avec le chef de l’Etat, alors que sur le terrain, c’est le vide total. Les agents recenseurs, une trentaine de milliers de personnes, étant encore en formation. Pour une opération censée durer seulement 21jours, on ne sait pas si les jours qui passeront en attendant le déploiement des agents sur le terrain font partie du décompte.

Les objectifs de cette opération normale dans tout Etat moderne-mais qui en Côte d’Ivoire (crise de confiance oblige !) recouvre d’autres enjeux-sont bien connus.  Et encore une fois, c’est avec de fortes réserves de l’opposition politique, notamment le Fpi, qui ne la trouve pas «opportune», qu’elle a été lancée.

Les Ivoiriens, par la voix du chef de l’Etat et avant lui, par celle du Ministre du Plan et du Développement, Mabri Toikeusse, ont été encouragés à se faire massivement recenser, parce que «cette opération est capitale pour la Côte d’Ivoire…»

Le Ministre Mabri Toikeusse qui est aussi le président du Comité exécutif national de ce recensement général de la population a juré que cette opération sera assistée par ordinateur, une technologie mise en place, paraît-il, par le Brésil. Cette technologie permettra d’écarter les fraudeurs qui veulent s’inscrire sur les listes électorales ?

« Ce que nous faisons maintenant n’a rien à voir avec la politique, sauf la politique de développement de l’Etat. Ça n’a rien à voir avec les prochaines élections, nous voulons rassurer les uns et les autres là-dessus, la révision de la liste électorale  », a déclaré le Ministre.

Sauf que l’opposition politique qui sait qu’il est impossible de dissocier dans ce pays foncièrement politisé un recensement de la population de la politique politicienne, n’en croit pas un mot. Même si, échaudée, elle n’ose pas, surtout le Fpi, utiliser des mots très chargés dans ce pays, pour            exprimer ses inquiétudes.

Pourtant, il faudra bien être vigilant dans le déroulement de cette opération. Le Ministre Mabri a beau promettre qu’elle se déroulera sous surveillance électronique, cela n’empêchera pas de petits malins de se faire recenser en qualité d’Ivoiriens avec de fausses pièces d’identité de couleur orange qui sont produites en ce moment en quantité industrielle, tant à Abidjan qu’à l’intérieur du pays. Comme « L’Eléphant » l’a démontré dans son édition datée du 28 janvier 2014. Sans que cela n’émeuve véritablement ceux qui nous gouvernent.

Parce que les pièces d’identité nationales de couleur orange font partie des documents avec lesquels le recensement sera fait et que les Ivoiriens qui détiennent ce document depuis 2009-2010 sont d’un nombre bien défini, alors que les individus qui continuent de se faire délivrer en parfaite illégalité et en toute impunité cette pièce, se comptent par dizaine de milliers, chaque semaine.

Comment fera-t-on pour empêcher que les détenteurs de ces faux documents se fassent recenser en tant qu’Ivoiriens ? Les agents recenseurs disposent-ils de moyens qui peuvent leur permettre de détecter le faux ?  

Depuis la publication du dossier de « L’Eléphant » sur ces faux documents, une enquête officielle a bien été ouverte, « L’Eléphant » a déjà rencontré les enquêteurs du Gouvernement, mais dans les faits, rien, pour le moment, ne permet d’affirmer que cette fraude ne continue pas à une échelle impressionnante et que la forte demande dont « L’Eléphant » a parlé n’est pas justement liée à cette opération de recensement de la population.

On espère ne pas être étonné, après ce recensement, par le nombre d’Ivoiriens qui vivent désormais dans ce pays…

A.T. (L’ELEPHANT DECHAINE N°235)

 

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 10:37

SORO missile 0001

 

La Cour pénale internationale (CPI) s’est félicitée de la « décision des autorités ivoiriennes de lui remettre Charles Blé Goudé », a réagi, jeudi, Oriane Mayé, la responsable des affaires publiques de la Cour. La CPI avait réclamé Blé Goudé "sans délai". Et, Ouattara et son gouvernement ont marqué leur accord. La Côté d’Ivoire va encore livrer un de ses fils, si ce n’est déjà fait, après l’ex-président Laurent Gbagbo. Est-ce seulement le camp Gbagbo de la crise postélectorale qui sera jugé par la CPI ? Le Président Ouattara avait annoncé qu’il ne ferait pas de difficulté si un membre de son camp était demandé par la CPI. La CPI a émis des mandats d’arrêt avec une liste de noms de huit personnalités ivoiriennes impliquées dans la crise qui a secoué la Côte d’Ivoire. Il y avait 4 de chaque camp. La CPI va-t-elle se discréditer en ne réclamant pas "sans délai" les membres du camp Ouattara ? Espérons seulement que ce transfèrement de Charles Blé Goudé n’est que le début d’une vaste opération de transfèrement avec l’exécution totale des mandats de la CPI. Surtout que "le RDR (le parti de Ouattara) souhaite que toutes les procédures judiciaires actuellement en cours au niveau des juridictions tant nationales qu'internationales soient accélérées pour donner droit aux milliers de victimes de la crise postélectorale". Sinon…

 

Communiqué du RDR

Le gouvernement ivoirien vient de donner son accord pour la remise de Monsieur Blé GOUDE Charles à la Cour Pénale Internationale (CPI). Le RDR prend acte de cette décision. Le RDR souhaite que toutes les procédures judiciaires actuellement en cours au niveau des juridictions tant nationales qu'internationales soient accélérées pour donner droit aux milliers de victimes de la crise postélectorale. Au-delà des émotions politiques  que cette décision du gouvernement peut éventuellement susciter, nous faisons remarquer une fois de plus l'impunité ne doit plus avoir cours en Côte d'Ivoire. L'heure des victimes, on ne le dira jamais assez, est arrivée. Signé Joël N'GUESSAN, Porte parole principal du RDR. 

 

GUY TRESSIA

 

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 07:52

SORO missile 0001AI Index: AFR 31/007/2003

INTERNATIONAL SECRETARIAT, 1 EASTON STREET, LONDON WC1X 0DW, UNITED KINGDOM

«Rappelez-vous de Yopougon, maintenant ce sera votre tour».(1)

(A) INTRODUCTION

A Bouaké, le 6 octobre 2002, une soixantaine de gendarmes accompagnés d’une cinquantaine de leurs enfants(2) et de quelques autres civils ont été arrêtés dans leur caserne par des éléments armés du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI) qui avaient pris le contrôle de la deuxième ville du pays depuis le 19 septembre 2002. Ces personnes ont été conduites à la prison du camp militaire du 3e bataillon d’infanterie. Ce même soir, des éléments armés du MPCI sont entrés à plusieurs reprises dans la prison et ont tiré en rafales, tuant et blessant des dizaines de détenus. Les survivants sont restés deux jours avec les blessés et les cadavres en décomposition sans recevoir de nourriture. Certains ont été contraints de transporter les cadavres et de les enterrer dans des fosses collectives et une dizaine d’entre eux ont très vraisemblablement été tués sur les lieux mêmes du charnier après qu’ils eurent enterré leurs camarades.

Ces informations ont été recueillies par des délégués d'Amnesty International auprès de quelques-uns des survivants de ce massacre au cours d’une mission d’enquête menée dans la zone tenue par le MPCI en décembre 2002. Elles ont ensuite été recoupées avec les témoignages d’autres survivants qui avaient été libérés et avaient pu rejoindre les zones sous contrôle gouvernemental.

Amnesty International n’a pas immédiatement rendu publiques ces informations car elles risquaient de mettre en danger la vie des gendarmes témoins de ce massacre et qui étaient encore détenus à Bouaké. Tous ces gendarmes ont été depuis lors libérés après avoir payé de très lourdes rançons et Amnesty International peut donc maintenant relater dans le détail le déroulement de ce massacre tel que l’organisation a pu le reconstituer.

À Paris, le 29 janvier 2003, au lendemain de la signature des accords de Linas-Marcoussis destinés à apporter une solution politique au conflit qui déchire la Côte d'Ivoire depuis près de cinq mois, Amnesty International a pu évoquer ces informations lors d’une rencontre avec certains des principaux responsables du MPCI, y compris le secrétaire général de ce mouvement, Guillaume Kigbafory Soro. L’organisation a demandé aux représentants du MPCI que les responsables de ces actes soient immédiatement identifiés et éloignés de toute fonction qui pourrait les conduire à commettre d’autres exactions. Les responsables du MPCI n’ont pas nié sur le fond les informations recueillies par Amnesty International tout en précisant qu’ils n’étaient personnellement pas au courant de ces faits. Ils se sont dit prêts à accepter la venue d’une commission d’enquête internationale à condition que celle-ci ait pour mandat de faire la lumière sur l’ensemble des exactions commises par toutes les parties au conflit depuis le début de la crise ivoirienne en septembre 2002.

Les exécutions sommaires des gendarmes de Bouaké font inéluctablement penser au massacre de Yopougon (un quartier au nord d’Abidjan), où une cinquantaine de cadavres ont été transférés et déposés à même le sol après avoir été abattus par des gendarmes de la caserne d'Abobo, le 26 octobre 2000. Là également des survivants du massacre ont été tués sur les lieux mêmes où ils avaient déposé les corps d’autres victimes. Là aussi des survivants ont dû se cacher sous les cadavres pour échapper à la mort. Toutes les victimes de ce massacre appartenaient à l’ethnie «dioula», nom communément utilisé pour désigner les Ivoiriens originaires du nord du pays et portant des patronymes musulmans. Cette appellation désigne aussi parfois des ressortissants de pays voisins, notamment burkinabè, maliens ou guinéens.

La référence au massacre de Yopougon ne découle pas uniquement d’une certaine similitude des faits. Elle a été explicitement évoquée par les responsables du massacre des détenus de Bouaké qui ont justifié leurs actes devant leurs futures victimes en leur disant : «Rappelez-vous de Yopougon, maintenant ce sera votre tour».

Entre le massacre de Yopougon, le 26 octobre 2000, et celui de Bouaké, le 6 octobre 2002, deux ans exactement se sont écoulés. Deux années au cours desquelles les auteurs du massacre de Yopougon ont bénéficié d’une impunité totale malgré des recommandations faites par plusieurs organisations de défense des droits humains, notamment Human Rights Watch, Reporters sans frontières, la Fédération internationale des droits de l’homme et Amnesty International, qui ont toutes fait des enquêtes sur le terrain en interrogeant notamment les deux survivants du massacre. Toutes ces enquêtes ont souligné le rôle joué par les gendarmes du camp d'Abobo, responsables présumés de cette tuerie. Une commission d’enquête internationale de l'ONU, dont le rapport a été rendu public en juillet 2001, est parvenue à la même conclusion en indiquant que l’implication dans ce massacre de gendarmes du camp d'Abobo semblait «indiscutable».

En dépit de toutes les demandes faites par ces organisations pour que justice soit rendue aux victimes et malgré les promesses explicitement faites par le président ivoirien, Laurent Gbagbo, lors d’une rencontre avec Amnesty International en juin 2001, aucun responsable de ce massacre n’a été puni. Un simulacre de procès a eu lieu en août 2001 au cours duquel huit gendarmes ont été acquittés «faute de preuves».

De par son ampleur et son caractère purement ethnique, le massacre de Yopougon a constitué dans l’histoire récente de la Côte d'Ivoire une transgression qui va longtemps hanter les mémoires. Ce crime impuni a servi explicitement de justification au massacre des gendarmes à Bouaké et son spectre a ressurgi dans les tueries de Daloa en octobre 2002, de Monoko-Zohi en novembre 2002 et de Man en décembre de la même année au cours desquelles les forces gouvernementales ont tué des dizaines de personnes sur la base de listes établies sur des critères politiques mais surtout ethniques et où figuraient de nombreux ressortissants de la sous-région, notamment des Maliens, des Burkinabè et des Guinéens soupçonnés d’être des opposants du gouvernement d’Abidjan.

De nombreux éléments et témoignages montrent la place centrale qu’occupe le massacre de Yopougon dans les consciences des habitants de la Côte d'Ivoire, que cela soit sous forme de déni ou de réclamations répétées pour que justice soit faite. Certes les violations des droits humains en Côte d'Ivoire n’ont pas commencé en octobre 2000 et Amnesty International n’a cessé au cours de la dernière décennie de dénoncer les effets de l’impunité dont ont joui les forces de l’ordre sous les gouvernements successifs de Félix Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié et le général Robert Gueï arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’Etat en décembre 1999.(3)

Cependant Amnesty International estime qu’avec le massacre de Yopougon, un pas décisif a été franchi dans la transgression d’interdits qui jusqu’alors avaient évité au pays des massacres et des violences sur des bases ethniques, alors même que depuis des années certains journaux et des médias d'État n’ont cessé de relayer des discours xénophobes au nom de l’idéologie de «l'ivoirité».

L’impunité dont ont bénéficié les responsables de ces actes a été vue par certains comme un blanc-seing donné par le gouvernement aux forces de sécurité pour qu’elles commettent d’autres violations graves sans craindre de devoir rendre des comptes. Cela a notamment été le cas, en décembre 2000, lorsque des gendarmes de la caserne d'Agban ont affirmé à des détenus qu’ils étaient en train de torturer et de soumettre à des sévices sexuels : «Vous avez vu ce que nos collègues ont fait à Yopougon et rien ne s’est passé, on peut vous tuer tous et il ne nous arrivera rien.»(4)

Dans un cas opposé, celui du massacre des gendarmes de Bouaké par les éléments du MPCI en octobre 2002, la référence explicite à Yopougon a servi à justifier le massacre qui allait être perpétré en présentant cette tuerie comme un acte de représailles à l’encontre de personnes collectivement considérées comme responsables parce qu’elles appartenaient au corps de la gendarmerie.

Dans ces deux exemples, les auteurs de ces crimes semblent avoir agi avec la certitude qu’ils n’auraient jamais à répondre de leurs actes.

ILa nécessité de lutter contre cette impunité est devenue encore plus évidente avec l’éclatement de la crise ivoirienne en septembre 2002 et la vague de massacres et d’assassinats commis depuis lors par toutes les parties au conflit. Ces exactions ont très vite suscité une vive réaction de la part des organisations de défense des droits humains et notamment du Haut Commissaire des Nations unies aux Droits de l’Homme, Sergio Vieira de Mello qui, dès le mois d’octobre 2002, a affirmé que ces actes «sont autant d’actes de violations graves des droits de l’homme passibles de poursuites devant les juridictions nationales ainsi que devant la Cour pénale internationale (CPI)». Amnesty International se félicite que la communauté internationale fasse mention de la possibilité de traduire en justice les auteurs présumés des atteintes aux droits humains commises par toutes les parties au conflit. Il faut cependant préciser que si la Côte d'Ivoire a signé le statut de la CPI, elle ne l’a pas encore ratifié et que donc pour l’heure, la Cour pénale internationale n’a pas compétence pour juger de ces actes à moins que le Conseil de sécurité ne se saisisse du dossier aux termes de l’article 13 (b) du Statut de Rome portant création de la CPI.(5)

(B) LE MASSACRE DES GENDARMES À BOUAKÉ EN OCTOBRE 2002

La nouvelle du massacre de dizaines de gendarmes à Bouaké par le MPCI au début du mois d’octobre 2002 s’est très vite répandue sous forme de rumeurs ou d’affirmations catégoriques publiées notamment dans la presse proche du gouvernement d’Abidjan. Cependant, faute de témoignages directs des faits, peu de détails étaient connus sur les circonstances exactes et sur le déroulement chronologique de cette tuerie. Pour leur part, les autorités du MPCI ont reconnu que des gendarmes avaient été tués au début du mois d’octobre 2002 tout en affirmant que ces gendarmes étaient morts lors de combats qui ont opposé, à partir de la nuit de 5 au 6 octobre 2002, les forces du MPCI et des éléments des forces gouvernementales qui ont tenté de reprendre la ville de Bouaké avant d’être repoussés. C’est cette même version des faits que le MPCI a communiquée à la délégation d'Amnesty International à Bouaké en décembre 2002.(6)

À la suite d’une enquête approfondie, Amnesty International a pu retracer, sur la base de témoignages directs, les circonstances de ce massacre. Les gendarmes arrêtés le 6 octobre 2002 à l’état-major de la 3e légion de gendarmerie de Bouaké n’ont pas été tués lors de combats. La plupart d’entre eux ont été abattus de sang-froid par des éléments armés du MPCI alors qu’ils étaient détenus avec une cinquantaine de leurs enfants et quelques civils dans la prison du camp militaire du 3e bataillon d’infanterie de Bouaké.(7) De plus, certains d’entre eux, y compris des blessés, ont très vraisemblablement été abattus sur les lieux de la fosse collective où ils avaient été contraints d’ensevelir certains de leurs camarades. Les survivants de ce massacre n’ont eu la vie sauve que grâce à un ordre donné au tout dernier moment par un responsable du MPCI. Finalement, la dizaine de gendarmes encore détenus en décembre 2002 ont été libérés après avoir payé des rançons très élevées.

À Bouaké, au cours de leur mission d’enquête, les représentants de l’organisation ont officiellement demandé à des responsables de l’aile militaire du MPCI de visiter les fosses collectives où auraient été enterrés ces gendarmes. Les autorités du MPCI ont répondu qu’elles ne connaissaient pas le lieu exact de ces fosses et que celles-ci ne contenaient que des corps de gendarmes tués au combat.

Voici donc dans le détail le déroulement chronologique de ce massacre tel qu’il a pu être reconstitué par Amnesty International. Pour des raisons de sécurité, les noms des gendarmes qui ont réchappé de ce massacre ne seront pas divulgués dans le présent document car certains d’entre eux ont reçu, au moment de leur libération, des menaces du MPCI.

a) Les circonstances de l’arrestation des gendarmes le 6 octobre 2002

La prise de Bouaké par des éléments armés qui allaient ensuite prendre le nom de Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI) a pris au dépourvu toutes les forces de sécurité se trouvant dans la deuxième ville de Côte d’Ivoire.

L’un des survivants du massacre de Bouaké a raconté à la délégation d'Amnesty International comment lui et ses camarades ont été surpris par cette attaque : «Nous avons entendu des coups de feu vers 3-4 heures du matin dans la nuit du 18 au 19 septembre. Nous avons sifflé le rassemblement pour protéger la caserne d’une attaque. Nous avons appris par la radio que les «Zinzins» et les «Bahéfoués» [les militaires engagés sous la période de transition dirigée par le général Gueï qui avaient appris leur prochaine démobilisation] s’étaient révoltés. Toute la journée du 19 septembre, nous sommes restés sur nos gardes mais nous n’avons pas été attaqués, alors nous sommes restés à l’intérieur de nos barrières. Le 20 septembre, des 4x4 se sont approchés de la clôture et des éléments armés se trouvant à bord de ces véhicules ont tiré en l’air. Nous n’avons pas répliqué parce que nous n’avions pas assez d’armement. Nous avons décidé de mettre un drapeau blanc sur la clôture et de ranger nos armes. Nous sommes ainsi restés dans notre caserne sans problèmes jusqu’au 6 octobre vers midi.»

Tous les gendarmes rencontrés par Amnesty International ont affirmé que le drapeau blanc n’avait cessé de flotter au-dessus de leur caserne et que, durant les trois premières semaines de l’occupation de la ville par le MPCI, ils n’ont eu aucun contact ni problème avec les éléments du MPCI. Certains gendarmes ont même pu quitter la caserne librement pour regagner leur domicile à Bouaké et des civils, parents ou amis, ont pu leur rendre visite à la caserne de la 3e légion.

Cette information qui montre bien que ces gendarmes ont cohabité sans problèmes avec les éléments du MPCI durant trois semaines a été confirmée à la délégation d'Amnesty International en décembre 2002 par un des hauts responsables du MPCI à Bouaké. Celui-ci a confirmé que «au lendemain de la prise de la ville par nos forces, les gendarmes ont laissé leurs armes et nous pensions que nous pouvions cohabiter. Tout s’est bien passé jusqu’à l’attaque de Bouaké par les forces gouvernementales le 6 octobre.»

Ce 6 octobre 2002 en effet, les troupes gouvernementales ont lancé une offensive pour reprendre la ville de Bouaké et les éléments du MPCI ont estimé que cette attaque n’avait été rendue possible que grâce à des « gendarmes infiltrés » dans la ville. Ils ont donc encerclé la caserne de la 3e légion et ont arrêté tous les hommes qui s’y trouvaient, à savoir une soixantaine de gendarmes accompagnés d’une cinquantaine de leurs enfants âgés de plus de douze ans et quelques civils qui se trouvaient à ce moment-là dans la caserne où ils rendaient visite à des parents ou des amis.

Plusieurs gendarmes ont raconté à Amnesty International les conditions dans lesquelles ils ont été arrêtés ce jour-là : «Le dimanche 6 octobre, entre midi et treize heures, nous étions en train de nous préparer pour le repas, lorsque la caserne a été encerclée et les ‘‘rebelles’’ nous ont demandé de sortir. Ils tiraient tout autour de la caserne. Ils ont demandé à tous les hommes de sortir et nous sommes sortis avec nos garçons et les civils qui se trouvaient avec nous. Les femmes sont restées dans la caserne et je crois qu’elles n’ont pas été molestées. Les ‘‘rebelles’’ nous ont dit qu’ils avaient appris que des agents de renseignement d’Abidjan seraient parmi nous et qu’ils voulaient vérifier cela. Certains nous ont accusés d’être des combattants envoyés par Abidjan. On nous a donc conduits au camp militaire.»

Un autre gendarme a raconté : «J'étais à la caserne avec ma famille. Je ne portais pas de tenue de combat. J'étais dans la tenue que je porte encore maintenant [un short et un T-shirt]. Les ‘‘mutins’’ sont arrivés en 4X4 le dimanche et ont encerclé le camp, ils ont tiré en l'air et un de nos collègues gendarme est sorti pour demander ce qui se passait. Les ‘‘mutins’’ lui ont répondu qu'il y avait des rumeurs de loyalistes infiltrés et qu'ils procédaient à des vérifications. Nous sommes tous sortis des maisons avec un drapeau blanc, ils nous ont fait asseoir sur le goudron pour vérification.»

La centaine d’hommes arrêtés et désarmés ont été conduits au camp militaire du 3e bataillon d’infanterie distant d’à peu près 7 kilomètres. Certains détenus ont été emmenés à bord de véhicules, d’autres ont dû faire le trajet à pied. Parmi ceux-ci, l’un d’eux a raconté à la délégation d'Amnesty International : «Nous avons dû marcher durant plus d’une heure sous les huées de la population. Vers la préfecture de police, il y avait un attroupement qui criait : ‘‘Egorgez-les, tuez-les’’. Des gens nous ont aussi jeté des cailloux et nous ont frappés.»

b) Le massacre dans la prison militaire du 3e bataillon d’infanterie

Une fois arrivée au camp militaire du 3e bataillon d’infanterie, la centaine de détenus a été conduite à la prison du camp. Comme ce centre de détention était relativement petit (à peu près 8 mètres de long sur 5 mètres de large avec trois petites cellules sans électricité), la plupart des détenus se sont assis dans la cour de la prison (voir dessin page suivante). Il était alors environ 14 heures.

Si le massacre lui-même n’a commencé ce jour-là que vers 20 heures, il a été précédé de plusieurs avertissements qui se voulaient être à la fois une justification des actes qui allaient être commis et une manière de torturer moralement les détenus en annonçant par avance le crime qui se préparait.

Tous les gendarmes rencontrés par Amnesty International se souviennent encore de ces menaces proférées à leur encontre quelques heures avant le début de la tuerie : «A plusieurs reprises, des hommes armés sont entrés dans la prison pour nous regarder et l’un d’eux nous a dit : ‘‘Souvenez-vous du Cheval Blanc(8), de la Mercedes noire(9), de Yopougon, moi j’ai été contraint de partir en exil, vous allez tous mourir.’’ Un autre est venu plus tard et nous a dit: ‘‘Rappelez-vous de Yopougon, maintenant ce sera votre tour. Ce qui doit arriver, arrivera.’’

En dépit de ces menaces, de nombreux détenus ne semblent pas avoir mesuré le danger qui les guettait. L’un des survivants a raconté à Amnesty International : «Nous étions incrédules, on pensait qu’ils disaient cela juste pour nous démoraliser, on ne pensait pas qu’ils allaient faire cela.»

Soudain vers 20 heures, deux hommes armés sont entrés dans la prison dont un Dozo(10) et là tous les témoignages recueillis par Amnesty International concordent : «Deux hommes sont entrés, un Dozo et un autre en tenue militaire. Ils sont restés sur le seuil de la porte d’entrée et nous ont lancé des menaces agressives. Puis soudain, contre toute attente, le Dozo a envoyé une rafale de kalashnikov touchant tous ceux qui étaient devant lui. Certains détenus étaient assis, d’autres couchés par terre, beaucoup ont été touchés. J’ai pu en réchapper parce que j’étais adossé au robinet qui se trouve près des WC, dans le coin gauche de la prison [voir dessin plus haut], j’étais donc hors de portée des tirs. Puis ils ont fermé la porte et sont repartis.»

Les détenus ont alors compris que ces hommes en armes allaient revenir et chacun a tenté de trouver désespérément une cachette, dans ce petit espace clos. Une demi-heure plus tard, un deuxième groupe d’hommes armés a ouvert la porte de la prison. L’un des survivants a raconté à Amnesty International : «Je me suis caché dans une des cellules du fond, d’autres plus agiles sont montés sous la toiture. Une demi-heure plus tard, des hommes armés sont entrés et ont continué à tirer de manière aveugle sur nous. J’ai entendu des enfants qui criaient : ‘‘Nous ne sommes pas gendarmes, ne nous tuez pas !’’

Vers 22 heures, un troisième groupe est entré et l’un des hommes a crié: «Tuez-les tous». Alors l’un des membres du groupe est entré dans l’enceinte de la prison en enjambant les corps des personnes tuées et blessées qui gisaient dans la cour. Un témoin a raconté à Amnesty International l’arrivée de cet homme en armes près de lui : «J’étais caché dans la cellule de gauche et le mur nous protégeait des tirs mais l’un des ‘‘mutins’’ s’est approché de nous et a jeté un coup d’œil dans notre cellule en disant : ‘‘Putain, ils sont encore beaucoup ici’’. Il a arrosé la chambre de balles, puis il a pris un autre chargeur et a tiré sans distinction. Quand il est parti, je me suis grimé de sang et je me suis caché sous un cadavre pour me protéger.»

Un autre témoin a eu la vie sauve en se cachant dans la cellule de droite qui a été épargnée par les éléments armés du MPCI car des membres des Forces nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) y étaient détenus apparemment depuis la prise de la ville par le MPCI, le 19 septembre 2002. Ce témoignage démontre bien que cette tuerie planifiée n’a pas été commise de manière incontrôlée. En dépit de la haine exprimée par les mots et la violence aveugle de ces tirs en rafales, les éléments armés du MPCI ont gardé à l’esprit dans leur fureur la distinction entre les différents corps des forces de sécurité.

Selon les survivants, ces trois vagues successives de tirs ont tué une quarantaine de gendarmes, une trentaine de leurs enfants et 5 civils arrêtés avec eux dont un instituteur et un vendeur travaillant dans la pharmacie «des 18 logements» à Bouaké.

Toute la journée du lendemain, le lundi 7 octobre 2002 et une bonne partie du mardi 8 octobre, personne n’est entré dans la prison et les survivants sont restés seuls sans nourriture avec les morts et les blessés dont certains ont succombé ce jour-là.

L’un des gendarmes rencontrés par Amnesty International a ainsi perdu trois fils dans ce massacre. L’un d’eux est mort sur le coup le 6 octobre au soir, deux de ses fils sont morts dans ses bras le lendemain : «J’ai été arrêté avec trois de mes enfants, l’un âgé de vingt et un an, a été tué sur le coup le dimanche soir. Mes deux autres fils, âgés de dix-neuf ans et de vingt-trois ans, ont été blessés. Je suis resté à côté d’eux tout le lundi mais ils sont morts ce jour-là des suites de leurs blessures.» (11)

L’un des gendarmes survivants a raconté à la délégation d'Amnesty International que des gens venaient régulièrement regarder par le trou de la serrure. Ce n’est que le mardi 8 octobre vers 17.00 heures que les portes de la prison se sont ouvertes à nouveau et que les éléments du MPCI ont demandé à certains détenus de sortir les cadavres pour aller les enterrer. L’un des gendarmes chargés de cette tâche a raconté à Amnesty International : «Certains cadavres étaient déjà en état de putréfaction, l’odeur était telle que les ‘‘mutins’’ sont entrés dans la prison en se couvrant le nez et la bouche…Nous avons fait trois chargements et nous sommes allés les enterrer dans des fosses collectives près du quartier appelé ‘Dar es Salaam’»

Les personnes qui ont enseveli les cadavres ce jour-là ont été ramenées en prison et les gardiens ont demandé aux survivants de laver les traces de sang qui maculaient les murs. Cependant, toute trace de ce massacre n’a pas été effacée puisque la délégation d'Amnesty International a pu voir de nombreux impacts de balles qui ont littéralement troué des pans de murs de la prison.

Dans la nuit du 8 au 9 octobre, sept autres blessés ont succombé à leurs blessures. Le mercredi 9 octobre, les gardes ont choisi quelques survivants pour aller enterrer ces nouveaux morts. Mais contrairement au jour précédent, aucune de ces personnes n’est revenue en prison. Tous les survivants du massacre de Bouaké sont convaincus qu’elles ont été abattues sur les lieux du charnier après avoir été obligées d’enterrer leurs camarades.

«Ils ont choisi les plus costauds, notamment Séry Sogor, Doua Gbongue, Brou Koffi Raymond et Obo Boni pour emmener ces cadavres. Ils ont aussi emmené trois blessés sous prétexte qu’ils n’avaient pas de médicaments. Aucun d’eux n’est revenu.»

Parmi ces trois blessés emmenés figurait Alain Messolo, un des fils de l’Adjudant chef Dosso Messolo. Ce dernier, qui avait déjà vu mourir sous ses yeux un fils, prénommé Ladji, le dimanche 6 octobre, n’a pas voulu laisser partir son fils, Alain, tout seul et a insisté pour l’accompagner. Personne ne les a plus jamais revus.

Ce même mercredi 9 octobre, vers 17 heures, plusieurs véhicules sont venus chercher les derniers survivants qui étaient une quarantaine. L’un d’eux a raconté : «Dans le camion, ils se sont moqués de nous et nous ont forcés à chanter ‘‘Jésus est bon’’, ‘‘Jésus est mauvais’’, pour bien nous faire comprendre que nous allions être tués et nous faire comprendre que Jésus allait nous lâcher. Nous sommes arrivés sur les lieux où certains de nos camarades avaient enterré les morts les deux jours précédents. Nous avons vu des puisatiers qui venaient de creuser un nouveau trou. Avant qu’on ne descende des camions, l’un d’eux nous a dit qu’ils allaient tous nous tuer. Puis ils nous ont dit que si nous voulions courir, nous pouvions le faire et qu’ils allaient ‘‘s’exercer’’. Soudain, quelqu’un est venu dire que ‘‘le colonel’’ avait demandé de ramener les prisonniers et on est rentré dans la prison.»

Quelques jours plus tard, les vingt-six enfants de gendarmes qui avaient survécu au massacre et un gendarme ont été libérés. Mais ces libérations n’ont pas mis un terme aux exécutions sommaires. En effet, le 14 novembre 2002, deux gendarmes, l’adjudant Vléi Déhé Paul et le maréchal des logis chef, Koué Bi Zanli, ont été extraits de leur cellule en compagnie d’un membre du MPCI, nommé Sékou, qui avait apparemment été sanctionné pour une raison inconnue. L’un des gendarmes survivants a confié à Amnesty International : «Ces trois personnes ne sont jamais revenues. On a demandé plus tard à des détenus d’aller les ensevelir. Alors la peur est revenue parmi nous, nous avons compris que rien n’était fini.»

c) La libération des derniers détenus au prix de très fortes rançons

Lorsque la délégation d'Amnesty International a pu avoir accès à la prison militaire du 3e bataillon d’infanterie, en décembre 2002, il restait dix gendarmes, un policier et un militaire détenus. Ces deux derniers avaient été arrêtés après les gendarmes.

Depuis lors, Amnesty International a obtenu confirmation que tous les gendarmes survivants de ce massacre ont été libérés après avoir payé de très lourdes rançons allant de 750.000 francs CFA à un million de francs CFA (entre 1.100 et 1.500 euros). Des membres du MPCI en charge des prisonniers ont en effet soumis les familles des gendarmes à un chantage, menaçant de tuer leurs parents détenus s’ils ne payaient pas la rançon demandée. En dépit de la terrible crise économique qui touche l’ensemble du pays depuis le début de la crise en septembre 2002, les familles des détenus ont pu réunir ces sommes au prix d’une grande solidarité familiale.

L’un des gendarmes libérés a dit à Amnesty International : «Toute la famille s’est cotisée, on a emprunté pour me libérer et lorsque je suis revenu à Abidjan, on me regardait comme un revenant.»

Il semble que le militaire encore détenu n’ait pas été libéré parce qu’il n’a pas pu contacter sa famille et demander à ses parents de réunir l’argent de la rançon. Ce militaire n’a pas été témoin des exécutions des gendarmes et de certains de leurs enfants commises entre le 6 et le 9 octobre 2002 car il a été arrêté après. Amnesty International a insisté auprès des autorités du MPCI afin que ce détenu bénéficie de la protection prévue par les Conventions de Genève.

d) La réaction du MPCI face aux informations d'Amnesty International

Fin janvier 2003, lorsque Amnesty International a rencontré à Paris trois des principaux représentants de ce mouvement, venus en France dans le cadre des négociations qui ont abouti aux accords de Linas/Marcoussis, ceux-ci n’ont pas nié les informations présentées par Amnesty International concernant le massacre de ces gendarmes tout en affirmant ne pas être personnellement au courant de ces faits. Il convient de souligner que, lorsque les représentants d'Amnesty International ont précisé qu’une trentaine d’enfants avaient été tués avec leurs parents gendarmes, l’un des responsables du MPCI s’est exclamé : «Les enfants aussi ?» Quant aux rançons exigées pour libérer les derniers gendarmes détenus, l’un des responsables du MPCI a reconnu avoir entendu parler de sommes d’argent exigées pour la libération de ces gendarmes mais a précisé que le montant évoqué lui avait semblé si élevé qu’il n’avait pas cru bon poursuivre ses investigations (…)

In L’Eléphant déchaîné N°233

 

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Published by tressia - dans Politique
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