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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 07:57

victimes-dechets-toxiques-manifestent-pour-indemnisation.jpgSi ce n’est pas de la pollution, ça y ressemble étrangement. En tout cas des populations vivant dans les environs de la société « Natour » située en zone industrielle de Koumassi, soupçonnent fortement cette entreprise de causer du tort à leurs poumons.  Face à leurs cris, « L’Eléphant » s’y est rendu pour se faire une petite idée du problème.

 

« Natour et frère » dans l’œil des populations

Cette entreprise a pour principale activité, la collecte, le stockage et le recyclage des huiles usagées (huiles de vidange). Activité qui est constamment l’objet de plaintes de la part des populations et même de certaines sociétés voisines.

Ce qui écœure un peu plus les riverains, c’est qu’à l’emplacement actuelle de la société « Natour », se trouvait une autre, fermée par une décision ministérielle sur plainte, en avril 2010, de la société « Outré Hair », en raison du caractère douteux (précisément pour nuisances sonores) de ses activités.  Cette entreprise avait pour nom : « Ivory Coast Oil » et avait des activités qui ressemblent comme deux pollutions à celles de « Natour ». Chose plus étrange, les populations ont l’impression que le personnel de «Natour » est exactement le même que celui de « Ivory Coast Oil ».  Une coïncidence ?

 

« Ivory Coast Oil » ressuscitée ? 

 Un an après la fermeture d’«Ivory Coast Oil», une autre société s’installe dans les mêmes locaux, avec quasiment le même personnel, pour la même activité qui est le recyclage d’huiles usagées, et pour produire les mêmes nuisances. Son nom ?  « Natour et frère SARL ».

Autre curiosité, Jichi Abdallah, anciennement responsable de service commercial à « Ivory Coast Oil » devient, par pur hasard bien sûr, l’assistant du gérant de « Natour et frère ».

Tous ces petits miracles vont finir par convaincre « Outré Hair » que « Ivory Coast Oil » a juste changé de nom pour tromper la vigilance des autorités.

Aussi, le 29 août 2012, elle va porter une autre plainte avec le même objet, contre « Natour… », auprès du Ciapol (Centre Ivoirien Anti Pollution).

Parcourons quelques lignes de cette plainte dont « L’Eléphant » s’est procuré une copie : «Monsieur le directeur, ce mercredi 29 août 2012, des odeurs pestilentielles et irrespirables émanant de la société « Natour et frère SARL », société qui exerce dans le recyclage d’huiles usagées sise à Koumassi, nous ont contraints à fermer nos ateliers de travail. Aux fins de protéger la santé de nos travailleurs et par conséquent préserver notre outil de production, nous vous demandons par la présente de bien vouloir prendre les mesures idoines pour faire cesser lesdites nuisances avant qu’elles ne conduisent à des catastrophes dont les conséquences seraient fâcheuses pour tous et que nous avons connues avec la société «Ivory Coast Oil » par le passé qui exerçait dans le même domaine… »

 

La réaction du CIAPOL

Le 19 mars 2013, le CIAPOL, à travers un instructif rapport, répond à la société « Outré Hair ».

Selon ce rapport, l’activité principale de la société « Natour et frère » est la collecte, le stockage et le recyclage des huiles usagées. Au cours de cette activité, la principale nuisance constatée est le dégagement d’odeurs nauséabondes et insupportables qui gênent le milieu environnemental et la population.

Puis, le Ciapol de s’appesantir, dans un langage savant, sur la technologie utilisée par la société «Natour et frère» qui est «le procédé de distillation qui est utilisé pour le recyclage  des huiles usagées suivi du raffinage simplifié pour obtenir de l’huile base. Au cours de la distillation, la température dans la cuve s’élève jusqu’à 270 degrés Celsius. La pression dans la cuve augmente aussi. La vapeur composée d’huile usagée distillée et de gaz sort de la cuve. Par le biais d’une canalisation, cette huile va tomber sous forme de gouttelettes dans une seconde cuve pendant que le gaz (le soufre) est acheminé dans un système de brûleur installé à cet effet pour être brûlé. Le distillat (résidu) est déposé au fond de la cuve : c’est de l’asphalte qui est utilisé pour le revêtement des voies. Deux autres liquides issus de la distillation, le DDO (combustible) et les eaux usées sont récupérés dans deux différentes cuves… »

Aucun danger pour les populations alors ?

Ecoutons les experts du Ciapol ! «Les différentes visites des inspecteurs ont permis de découvrir des dysfonctionnements du système de brûleur de gaz ainsi que celui du circuit de circulation du DDO. C’est pourquoi, l’arrêt de l’usine a été ordonné par le CIAPOL pour la mise en place d’un nouveau système de brûleur et l’installation de tuyaux pour la circulation du DDO en circuit fermé afin d’éviter l’émanation des odeurs insupportables. Ce qui fut fait… » C’est sûr ?

 

 « Natour et frère », bon élève ?

Toujours selon le rapport du Ciapol, le gérant de « Natour et frère », suivant deux lettres, les avait invités à aller constater de visu, combien, « Natour et frère » a suivi à la lettre les recommandations qui ont été faites à la suite de l’inspection.

Et, à la suite de cette invitation, les agents du Ciapol, ont conclu que toutes les recommandations, paraît-il, ont été suivies.

Pourtant, malgré l’amélioration du process de recyclage,  les plaintes, par téléphone, malgré ce rapport, continuaient à pleuvoir sur le bureau du Ciapol. Au sujet des activités de la même société.

 

 « Koumassi Campement » n’en peut plus !

Le 20 mars 2013, le CIAPOL reçoit une autre plainte physique. Elle émane cette fois-ci, de quelques populations regroupées au sein d’une organisation au nom clair : «  Mouvement pour le Développement et la Cohésion sociale contre Natour et frère » (MDCS)

Et que reprochent ces populations à « Natour et frère » ?

«Monsieur le directeur, les populations du quartier Houphouët-Boigny, communément appelé campement, ont l’honneur de vous saisir par la plainte relative aux activités de la société «Natour et frère» qui exerce dans le recyclage des huiles usagées. En effet, depuis l’installation de cette entreprise dans notre quartier, les populations riveraines souffrent de nuisances occasionnées par cette société. Ces nuisances vont des fumées  asphyxiantes aux odeurs pestilentielles en passant par les émissions de gaz dont nous ignorons la nature de la dangerosité. Pour rappel, nous voulons vous indiquer, Monsieur le directeur, qu’une ancienne société nommée « Ivory Coast Oil » avait, par des activités identiques, troublé pendant des mois la tranquillité et la quiétude des braves populations, avant de fermer ses portes pour des raisons que nous ignorons.  D’ailleurs « Natour et frère » n’a fait que reprendre les locaux d’ « Ivory Coast Oil » et poursuivre ses activités. Au regard de nombreux cas de maladies de plus en plus récurrentes liées à l’inhalation des fumées, des odeurs et autres gaz dont souffrent les populations depuis la mise en activité de «Natour et frère», nous exigeons sans délai la suspension des activités de cette société avant que le pire ne se produise en attendant sa délocalisation… ».

La même lettre sera adressée, à la même date, au maire de Koumassi, à l’Agence Nationale de la Salubrité Urbaine (ANASUR).

Mais les destinataires resteront de marbre. Pas de réponse.

Devant ce silence polluant, le « MDCS » décide de prendre les choses en main. Il  adresse un autre courrier, le 28 juin 2013, cette fois au ministre de l’Intérieur pour l’informer de la manifestation qu’il compte organiser pour protester contre les activités de cette entreprise : «… Depuis l’installation de cette entreprise dans le quartier, les populations riveraines souffrent de nuisances. Ces nuisances vont de fumées asphyxiantes aux odeurs suffocantes en passant par des émissions de gaz qui provoquent chez les populations des saignements de nez, des convulsions, des vomissements, des migraines atroces, des diarrhées, etc. Au regard de ces nombreux cas de maladies de plus en plus récurrentes liées  à l’inhalation de tous ces gaz toxiques, nous avons formulé des plaintes précédées par des pétitions adressées aux autorités compétentes dans ce domaine telles que la mairie de Koumassi, l’ANASUR, l’ANDE, le CIAPOL (…) au vu de toutes ces démarches sans suite, la population meurtrie, décide d’agir dans le but de déloger ces pollueurs …»

Une copie de ce courrier a été déposée à la mairie de Koumassi, au camp Commando de Koumassi, puis aux 6ème et 20ème arrondissements de police de Koumassi.

Mais il ne se passera pas grand’chose de ce côté aussi. Finalement, le 25 juillet, subitement le Ciapol se réveille et adresse une mise en demeure de suspension d’activité à «Natour et frère »: «Votre établissement a sollicité le Groupe « Effort » pour la réalisation de son Plan de Gestion Environnemental-Audit, dont les termes de référence ont été élaborés par l’Agence Nationale de l’Environnement (ANDE). En attendant la validation de ce plan par le comité interministériel qui a en charge la mise en œuvre de ces recommandations, je vous demande de suspendre toute activité de recyclage des huiles usagées sous peine de fermeture définitive de votre établissement…» Ecrit le gendarme de l’environnement en Côte d’Ivoire. 

Sauf que cette mise en demeure sera piétinée par « Natour et frère » qui continuera d’exercer gaiement son activité.

Devant cette attitude, le 5 novembre, profondément outré, « Outré Hair » saisit le parquet d’Abidjan d’une plainte pour «  pollution, risque d’intoxication et d’empoisonnement».

En s’appuyant sur un rapport d’analyse du bureau d’étude « EMEC-CI ». Lequel, après avoir réalisé les mesures des concentrations des gaz dangereux dans l’air pendant sept (7) jours  (jeudi 17 octobre au mercredi 23 octobre 2013), a donné des conclusions différentes de celles du cabinet « Enval Laboratoire » qui avait déclaré que les valeurs d’émissions respectaient les normes environnementales. «EMEC-CI» dit pour sa part que «les concentrations des gaz (NO, CO) enregistrées dans l’air durant les sept (7) jours sont conformes à la réglementation. Il en est de même de celles des SO2, NO2, COV et  H2S mesurées les 17, 18, 20 et 23 octobre 2013. En revanche, les concentrations des gaz (SO2, NO2, COV et H2S) mesurées les 19, 21 et 22 octobre 2013 sont au-dessus de la valeur limite d’exposition, donc non-conformes aux seuils réglementaires selon l’OMS. Le dépassement des seuils réglementaires dans l’air du gaz SO2 peut entraîner une bronchiolite oblitérant ou un œdème pulmonaire hémorragique rapidement mortel soit une atteinte respiratoire obstructive sévère partiellement réversible, une irritation des muqueuses (rhinite, laryngite, bronchite et conjonctivite). Par ailleurs, pour le NO2, l’on peut constater une réaction inflammatoire au niveau des voies aériennes, les asthmatiques constituant le groupe de personnes le plus sensible, des affections respiratoires (tous chronique, dyspnée). De plus, pour le H2S les signes observés ne sont pas spécifiques et intéressent divers organes, en particulier : le système nerveux (céphalée, fatigue, insomnie, perte de libido, trouble de mémoire…), le système digestif (nausée, anorexie, douleurs abdominales et éventuellement diarrhée… ».

Des maux dont continuent de souffrir les populations ne sachant plus à quel saint se vouer…

Mais du côté de la justice, en raison de ce qu’il n’y a pas de « céphalées, de fatigue, de perte de libido » et autres joyeusetés, on se presse lentement pour réagir.

 

« Je connais à présent l’origine de mon mal ! »

Le jeudi 07 novembre 2013, « L’Eléphant» s’est invité à une manifestation de protestation des habitants de « Koumassi campement ».

«On veut respirer, on ne veut pas mourir», clamait haut et fort, un homme qui avait en main un mégaphone, soutenu par toutes ces personnes, qui visiblement, manifestaient contre les responsables de cette entreprise, qui dit-on, appartiendrait à un Libanais.  «On veut respirer. On ne veut pas mourir. Cette entreprise veut nous tuer. Il y a des odeurs qui sortent de sa cheminée quand leurs employés commencent à travailler. Dès que je respire cette odeur, je suis grippée.  J’ai en ce moment-même très mal à la tête et c’est comme ça depuis que cette usine est là», lance A.O., une habitante de la zone industrielle. «Moi je n’ai pratiquement plus de clients à cause de cette usine. Mes clientes ne viennent plus. Plusieurs parmi elles ont eu des malaises ici à cause de cette odeur. Et elles ne sont plus revenues...». Confie M.B. couturier à Koumassi-campement. L.K., elle aussi habitante dans les environs et présente à cette manif a tenu à conter à « L’Eléphant », son calvaire : « J’étais en voyage pendant 3 mois à Abengourou. Tout allait bien quand j’étais là-bas. Mais depuis que je suis revenue, cela fait 2 mois maintenant que mes problèmes ont recommencé à cause de cette odeur. J’ai tout le temps la nausée et mes menstrues ne viennent plus. J’avais ce problème-là, avant que je ne parte en voyage. Je suis allée à l’hôpital, le médecin m’a mise sous traitement. Mais rien. C’est lorsque j’étais en voyage que j’ai recouvré la santé. Maintenant que je suis revenue et que j’ai respiré cette odeur, tout est bloqué… Je crois que je connais maintenant l’origine de mon mal. C’est cette usine et nous protestons pour qu’elle arrête de nous détruire...».

Le délégué du personnel d’une structure exerçant dans les environs de « Natour et frère », a tenu à en rajouter une couche: «Nous avons aussi des problèmes de cycle.  Il y’en a même qui ont fait de  fausses-couches. D’autres font des crises après avoir respiré cette odeur, provocant même des palpitations, des vomissements accompagnés de sang, des vertiges, des évanouissements, des maux de tête … Moi je suis dans cette entreprise depuis sa création en 1988 ; on n’a jamais eu ce problème et les voisins composés d’autres entreprises et des habitations ne se sont jamais plaints, mais depuis que l’autre est là, nous sommes tout le temps malades…»

Messages transmis à tous ceux qui ont reçu des lettres depuis…

 

« J’assume toutes les conséquences si c’est moi ! »

Le 23 décembre, « L’Eléphant » a passé un amical coup de fil à  M. Abdallah ,l’un des responsables de « Natour et Frère », histoire d’avoir sa version des faits.

«Ce que je veux que vous disiez tout simplement, c’est que moi je ne pollue pas. J’ai la preuve scientifique que je ne pollue pas. Des analyses  et des contre-analyses ont été faites chez moi qui démontrent que je ne produis pas de gaz à partir de mon usine. Quand on me dit que « Outré Hair » m’accuse d’être à l’origine des pathologies dont souffrent ses employés, je dis simplement qu’à « Natour et frère », il existe des résidences où résident des expatriés coréens. Et que parmi eux, qu’on me montre une seule personne qui est malade ! Qui n’est pas en contact avec leur production et qui est malade. A la direction générale, du directeur au chef du personnel et tout le staff de la direction, jamais personne n’a été malade. Et si on accuse « Natour et frère » d’être à l’origine, les personnes soit disant malades où souffrant de pathologie dont l’origine provient de mon usine se présentent à moi officiellement pour que je fasse une  contre-analyse de leur santé pour vérifier si leurs maladies proviennent de chez moi ; j’endosse toutes les responsabilités. Même si au Campement (quartier précaire non-loin de la zone industrielle), s’il y a des gens qui sont malades et qui pensent que l’origine de leur mal provient de mon usine, qu’ils viennent pour que j’analyse et fasse une contre-analyse. Les résultats de la contre-analyse, j’en assume entièrement la responsabilité ». 

C’est ce qu’on appelle « un homme sûr de son fait ».

Pourtant, le Ciapol, le 12 décembre 2013, avait, de nouveau, mis « Natour et Frère », en demeure dans une lette dont « L’Eléphant » s’est procuré une copie :

« (…) Le Plan de Gestion Environnementale-Audit (PAGE-A) qui, par la suite, a été validé par le Comité interministériel présidé par l’ANDE ne donne pas droit à une poursuite d’activité. Or, il s’avère que vous avez repris votre activité de recyclage d’huiles usagées sans l’accord préalable de l’Autorité environnementale. Sur cette base, je vous mets en demeure, dès réception de la présente, de suspendre votre activité de production d’huiles recyclées sans l’Arrêté d’autorisation d’exploiter vos installations ; faute de quoi, vous vous exposez aux sanctions prévues par les textes en vigueur… » A menacé le patron du Ciapol.

Depuis, Abdallah est revenu à de meilleurs sentiments. Mais les populations le soupçonnent de continuer à ruser avec le Ciapol en mettant de temps en temps les machines en route.

 Il ne reste plus qu’à la justice à dire sa part de vérité !

 

SABINE KOUAKOU (L’Eléphant déchaîné N°233)

 

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Published by tressia - dans Société
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