Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de tressia
  • Le blog de tressia
  • : Politique, economie, société, sports, humour, pensées, crise ivoiriennes
  • Contact

Recherche

Archives

17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 14:27

Gaoussou-Toure-216.JPG

 

Objet : Réforme des transports terrestres selon Gaoussou : un retour en arrière pour quoi faire?

Monsieur le Directeur,

Permettez-moi d’intervenir, par le canal de votre journal, notre pachyderme bien aimé, sur ce qu’il est convenu désormais d’appeler « Affaire Quipux » puisque c’est elle qui occupe presque toutes les rédactions depuis quelques jours.

Mon cher Assalé Tiémoko, l’histoire retiendra que c’est votre canard, que dis-je, votre pachyderme bien aimé des Ivoiriens, qui a mis le doigt sur cette politique hasardeuse que le Ministre Gaoussou voudrait faire passer en force, sous le couvert d’une réforme pour la modernisation du secteur des transports.

A ce stade du débat, il faut devoir éclairer ou informer les Ivoiriens sur les raisons qui ont amené le Gouvernement ivoirien à externaliser, à un moment donné, la production des titres ou documents de transport, ce qui a entraîné la création de certaines structures publiques, parapubliques ou privées, auxquelles l’Etat a dû concéder ces activités dites de production, en conservant à travers la Direction des transports terrestres(DTT), aujourd’hui Direction Générale des transports terrestres et de la circulation(DGTTC), les activités dites régaliennes notamment celles relatives à la réglementation, à la formation, à la prévention de la sécurité routière, aux études et travaux de maîtrise d’ouvrage(à savoir la préparation des dossiers d’appel d’offres, leur lancement, la passation des contrats de marché et leur gestion), etc.

Avant cette véritable réforme qui a été décidée en 1998 par le Gouvernement BEDIE dirigé alors par le Premier Ministre Kablan Duncan, à la faveur de la préparation du Programme d’Ajustement et d’Investissement du secteur des Transports appelé CI-PAST, c’est la Direction des transports terrestres qui assurait aussi bien les activités régaliennes que les activités de production. Résultat, tout le monde à la DTT ne travaillait que pour le permis de conduire, les autorisations de transport, le code de la route, c’est à dire des activités génératrices de recettes directes à travers la parafiscalité, et les autres activités, notamment celles régaliennes, étaient délaissées alors que ces activités constituaient la partie la plus importante des missions de l’Etat à travers la DTT. Tous les Ivoiriens peuvent se rappeler le temps du règne des « margouillats » à la DTT. Donc les experts qui avaient étudié la question en son temps, et dont certains se retrouvent aujourd’hui comme conseillers à la Primature et même à la Présidence, s’étaient prononcés en faveur d’une séparation des activités régaliennes et des activités de production pour que la DTT se consacre exclusivement à ses principales missions de règlementation, de formation professionnelle, de maîtrise d’ouvrage délégué, de promotion de la sécurité routière, d’études, etc. Et cette réforme avait fait l’objet d’une loi, prise finalement par la suite en 2000 sous la forme d’une ordonnance, à cause du coup d’Etat intervenu en 1999. Cette réforme s’était donc fondée sur les résultats de l’évaluation ou du diagnostic du secteur des transports qui avait été effectué à cette fin ainsi que sur une évaluation de ses effets attendus.

Après ce bref rappel, la première question que les Ivoiriens se posent est de savoir pourquoi sous le même Premier Ministre Kablan Duncan, des mesures justifiées, proposées et jugées indispensables en 1998 pour assurer une meilleure productivité du secteur des transports ne le sont plus en 2014, sous le même Premier Ministre Duncan? Cette question mérite d’être posée d’autant que le Ministre Gaoussou, malgré ses nombreuses justifications de sa réforme par presse interposée, ne dit pas aux Ivoiriens en quoi le système actuel est improductif et que celui qu’il propose serait plus productif ou avantageux pour les Ivoiriens et rien que pour les Ivoiriens et pas pour quelques autres bénéficiaires? En quoi les problèmes actuels de transports, qui sont plus  nombreux depuis que le Ministre Gaoussou est à la tête de ce Département, sont essentiellement imputables à la gestion des documents pour qu’on demande le dépeçage des structures, dont l’expérience ou l’expertise est avérée au moins pour certaines, au profit d’une DGTTC qui n’a même pas encore fait la preuve de ses compétences dans la conduite de ses missions traditionnelles actuelles, et qui ne parvient pas encore, de l’avis général des concernés, à satisfaire les usagers? Quelle est, pour les Ivoiriens, la valeur ajoutée nette de la réforme avec Quipux par rapport à ses conséquences dont tout, ou le simple bon sens, indique qu’elles seront désastreuses, notamment au plan des emplois perdus et des investissements effectués par certains concessionnaires et qui ne sont pas encore entièrement amortis?

Plus de trois ans après son accession à la tête du Département des transports, le Ministre Gaoussou et ses collaborateurs peuvent faire avec nous et l’ensemble des Ivoiriens, les principaux constats suivants:

•le programme de renouvellement du parc promis par le Ministre Gaoussou dès sa prise de fonction aux transporteurs et aux Ivoiriens, avec tambours et trompettes et annoncé avec enthousiasme, est mort né depuis, suite à un accouchement difficile, ce qui montre tout simplement que ce n’était pas la bonne stratégie pour aborder cette question ;

•le foisonnement des woro-woro et des minibus gbaka entrant en désordre sur un marché totalement désorganisé, et auxquels l’on a donné un statut légal ou du moins comme tel, malgré leurs externalités négatives (pollution de l’air, insécurité routière, congestion de la circulation, nuisances sonores, etc.) supérieures à leurs avantages réels;

•un manque de vision prospective globale véritable, par rapport à la problématique d’une vraie solution de service de transport public, pour répondre à la demande de déplacements et soulager les abidjanais de leurs détresses quotidiennes; par contre, l’on assiste à un accroissement de l’insécurité routière et de la pollution de l’air urbain dû à un trafic parasite et indiscipliné de motos et de minibus parés pompeusement de l’effigie CEDEAO et qui gêne la circulation en particulier sur le bd VGE ;

•l’agonie des structures sous tutelle (AGETU, SONATT, OSER, OIC, OFT…voire SOTRA, etc.) abandonnées à leur sort, sans une vraie gouvernance administrative de la tutelle ministérielle pour leur assurer au moins un fonctionnement correct en garantissant leur marché ou leurs missions de service public, et auxquelles l’on voudrait maintenant donner le coût de grâce en leur enlevant, pour certaines, leur principale raison d’être, c'est-à-dire leurs missions premières ou statutaires.

Avec un tel bilan, à 75 semaines du terme du premier mandat du Président Alassane OUATTARA, le Ministre Gaoussou ne peut qu’ennuyer les Ivoiriens avec ses multiples publi-reportages payés avec l’argent du contribuable et qui n’ont aucun effet escompté sur les populations qui attendent des réponses concrètes à leurs problèmes de mobilité journalière qui ne semblent pas être la priorité du Ministre des Transports.

La seconde question que les Ivoiriens se posent légitimement est de savoir pourquoi aller aux fins fonds de la Colombie, en dépit de ce que le monde entier sait de ce pays que je respecte, pour chercher des experts censés nous apprendre à gérer une simple base de données de transport? Comme tous les Ivoiriens qui suivent l’actualité du monde, nous savons que la Colombie est principalement reconnue pour ses narcotrafiquants de cocaïne qui ont déclaré la guerre à leur propre pays et au monde, ainsi que, en ce qui concerne les transports,  pour son projet appelé BRT (Bus Rapid Transit) de Bogota (ou Transmilénio) qui est un exemple de réussite mondiale ou latino-américaine en matière de service intégré de transport public. Les Ivoiriens voudraient savoir quelle expertise le Ministre Gaoussou et ses collaborateurs ont exigé dans le cahier des charges de l’appel d’offres pour que des entreprises européennes, japonaises, canadiennes, israéliennes, et même Ivoiriennes, etc., notoirement reconnues dans le monde, comme spécialistes en matière de gestion de bases de données de transport, n’aient pas participé à l’appel d’offres ou aient été éliminées au profit des Colombiens de Quipux?

Enfin la troisième question que les Ivoiriens se posent est de savoir comment un Ministre du Gouvernement de la République, censé connaître et appliquer les lois de la République, et qui dispose dans son cabinet d’un conseiller juridique de niveau requis pour cette fonction, peut-il se laisser abuser en prenant des notes de service banales pour prétendre amender les statuts de sociétés régulièrement créées et leurs missions légitimement attribuées par décrets signés du Président de la République ou même par des lois?

De notre avis d’expert, et de par la connaissance que nous avons du secteur ivoirien des transports, il est de la clarté de l’évidence que le Ministre Gaoussou n’a pas posé le bon diagnostic, contrairement à ce qu’aurait fait tout bon médecin, avant de prescrire son remède Quipux. Sinon, il aurait constaté avec nous et beaucoup d’autres Ivoiriens que le problème fondamental du secteur des transports en Côte d’Ivoire, et nous parlons bien de services de transport, reste incontestablement la question de l’organisation du marché (notamment par des règles claires qui sont appliquées et respectées) et celle de la professionnalisation des opérateurs. Le principal défi à relever étant ici celui de sortir les transporteurs des griffes de la mafia des syndicats et les transformer en entrepreneurs du transport. Ni la construction d’infrastructures modernes à grands coups de milliards, ni la ‘’quipuxation’’ éventuelle de la gestion des bases de données, certes nécessaires, ne viendraient que par la suite, en aval et non en amont du processus de modernisation. Toujours de notre avis, il existe des chantiers beaucoup plus importants et urgents à explorer, et qui restent désespérément vierges! C’est le cas par exemple de toute la politique fiscale et parafiscale du secteur avec notamment des droits de douanes trop lourds sur les véhicules neufs, la multiplicité des prélèvements toujours pas justifiés (le cas de la vignette est édifiant), qui étranglent le secteur et pèsent sur son rendement et qui compromettent le bon renouvellement de l’outil de production (le parc). C’est également le cas de toute la problématique sur la substitution du biocarburant aux carburants fossiles, avec une attention de plus en plus accrue accordée de par le monde au transport en commun et la mise en œuvre de politiques dissuasives ou limitatives de l’usage de la voiture. C’est enfin toute la problématique de la tarification des services offerts dans un conteste de demande peu solvable, avec la question des compensations qui deviennent insupportables par les budgets publiques. Au lieu d’anticiper ces réflexions stratégiques, c’est plutôt la guerre du contrôle des revenus de la parafiscalité du secteur qui mobilise ou qui captive toute l’attention du Département des transports, ce qui éloigne de plus en plus le secteur des transports de l’atteinte de l’émergence visée légitimement par le Chef de l’Etat pour l’horizon 2020.

En conclusion, Quipux est un projet dont l’opportunité et l’utilité sont incertaines. Il est le résultat d’un processus de réflexion a priori ou conduit par le Ministre Gaoussou seul ou tout au plus en vase clos avec ses collaborateurs, sans inclusion des principaux acteurs du secteur, à en juger par la surprise et les réactions de rejet actuelles quasi générales que ce projet suscite. Or pour être efficacement appliquée et atteindre les objectifs visés, toute réforme doit être acceptée par ceux là mêmes auxquels elle est destinée et qui doivent se l’approprier. Quipux est un projet qui n’a pas obéi à un processus participatif et transparent, or c’est la clé de succès ou le passage obligé de toute réforme censée s’appliquer à des humains. Compte tenu de ces insuffisances conceptuelles et opérationnelles majeures, c’est donc sans le moindre doute un mauvais projet, un projet indigeste, et les Ivoiriens n’auront que raison de le rejeter en renvoyant le Ministre et ses experts à leur copie, car le secteur des transports et les Ivoiriens ont le droit d’exiger davantage et notamment le meilleur pour leur politique de transport.

Un fidèle lecteur du Pachyderme (L’Eléphant déchaîné) bien aimé.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by tressia - dans Société
commenter cet article

commentaires