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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 12:26

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Ils ne sont battus pendant des décennies contre les pouvoirs en place. Ils avaient juré de faire de leurs pays des modèles de démocraties apaisées et de bonne gouvernance. Malheureusement, ils ont géré leurs pays avec tout le contraire de ce qu’ils  avaient dit étant dans l’opposition.

 

Si, dans certains pays, les opposants devenus présidents ont apporté une certaine démocratisation et une alternance au pouvoir, dans d’autres, les conséquences de leurs accessions au pouvoir sont la mal-gouvernance avec des pillages des biens communs, des conflits déclarés ou latents de confiscation des libertés et de non respect des Droits de l’Homme etc. Un des héritages des luttes pour le multipartisme et la démocratisation, c’est la génération d’«opposants historiques» devenus des présidents conspués. Parce qu’ils ont vite fait d’oublier, dès leur accession au pouvoir, les belles promesses d’opposants. Chaque pays africain a son combattant de la liberté, qui au prix de marches de protestation et d’exil forcé, s’est fait une place sur l’échiquier politique national voire international.  

 

LA COTE D’IVOIRE ET LAURENT GBAGBO

La majorité des Ivoiriens s’interroge encore  au sujet de Laurent Gbagbo. Qu’est-ce qui a pu détourner Laurent Gbagbo de ses belles idées de l’opposition ? L’ancien président de la République qui a été l'icône de l'opposition ivoirienne dès les années 1990 est parti du pouvoir par la force des armes, le 11 avril dernier. Contrairement à Abdoulaye Wade, Gbagbo n'a jamais voulu faire partie d'un quelconque gouvernement de Félix Houphouët-Boigny, le premier Président de la Côte d'Ivoire, ou d’Henri Konan Bédié, le successeur du "Bélier de Yamoussoukro". Le Front populaire ivoirien (FPI), le parti d'obédience marxiste-léniniste qu'il a fondé en 1982, a été le fer de lance de la contestation du pouvoir du «Père de la Nation». Pendant quasiment deux décennies, Laurent Gbagbo, qui n'aura pas de mots assez durs pour dénoncer le régime du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), s’est battu pour le pluralisme politique et la démocratie dans son pays. Il avait accusé Houphouët-Boigny -non sans raison- d'être un autocrate avant de s’identifier à lui. "Je suis un Houphouëtiste", a-t-il dit avant l’ouverture de la campagne présidentielle dernière. Il a même traité le PDCI-RDA, alors parti unique fondé par Houphouët-Boigny, de «vaste quiproquo où chacun croit trouver son compte». Mais dès qu'il accède à la magistrature suprême en 2000, dans des «conditions calamiteuses», comme il l'avoue lui-même, Docteur Laurent se mue en Mister Gbagbo. Sa sortie par la petite porte le 11 avril 2011, dans les conditions que l'on sait, est à l'image de la situation dans laquelle il laisse son pays après dix années passées à sa tête: désastreuse. La Côte d'Ivoire n'a jamais été aussi divisée. Les haines ethniques se sont exacerbées. Son économie, la première de l'Union économique et monétaire des états de l'Afrique de l'Ouest (Uémoa) est au bord de l'apoplexie. Les Ivoiriens se sont terriblement appauvris. Les droits de l'homme dont il devait être le champion n'ont jamais été autant malmenés. Quant à la corruption, elle n'a pas reculé. Bien au contraire. En mars 2009, les pages de la presse ivoirienne, dans sa grande majorité, fourmillaient de révélations sur de graves malversations, détournements et fraudes à grande échelle dans les télécommunications. Un secteur pourtant censé être régulé par l'Etat. En 2008, des poursuites avaient été lancées contre des «barons» de la filière café-cacao. Leur procès n'a jamais eu lieu. Pire, interrogé à la télévision nationale sur l'enrichissement soudain des dignitaires de son régime, Laurent Gbagbo a répondu tout de go: «La roue tourne. Il y avait des gens qui n'avaient rien et qui sont devenus brusquement riches. C'est pareil aujourd'hui. Mais il n'y a pas que mes proches qui volent». Le démocrate de 1990 n’a pas voulu respecter la volonté du peuple souverain de Côte d’Ivoire en novembre 2011. S’en suit la crise postélectorale qui a fait plus de 3050 morts et autant de portés disparus. Il est actuellement assigné en résidence à Korhogo, dans la Nord de la Côte d’Ivoire. De l’opposant prisonnier, il devient l’ex-président prisonnier.  

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LE SENEGAL ET ABDOULAYE WADE

La rue a fait reculer Abdoulaye Wade. Devant l'ampleur des manifestations du 23 juin dernier à Dakar et dans toutes les grandes agglomérations du pays, le chef de l'Etat sénégalais a décidé de retirer son projet de loi controversé. Ironie du sort. Abdoulaye Wade avait été surnommé par la presse sénégalaise, le «président de la rue», toujours «sublimé» dès qu'il se trouvait au milieu d'une foule, maître dans l'art de captiver un auditoire à coups d'«incantations oratoires». Concrètement, le projet de loi adopté le 16 juin 2011 en Conseil des ministres, et qui aurait du être voté par le Parlement, devait instituer un ticket présidentiel. Un président et un vice-président devaient être élus au suffrage universel. De plus, indiquait le porte-parole de la présidence, «si un ticket obtient 25% des suffrages exprimés, il remporte le scrutin dès le premier tour». En juin 2009, Abdoulaye Wade avait déjà modifié la Loi fondamentale sénégalaise en créant la fonction de vice-président -un poste resté vacant. Il comptait lui donner un visage sans consulter le peuple sénégalais, qui le soupçonne de vouloir se faire réélire avec peu de voix pour ensuite céder le fauteuil à son fils Karim. Le Sénégal était naguère souvent cité en exemple pour sa stabilité politique et sa démocratie. C'est l'un des rares pays africains où s'est opérée, ces dernières années, une transition démocratique sans heurt. Elle a eu lieu en 2000. Et son principal bénéficiaire est justement un certain Abdoulaye Wade. Après 26 ans passés dans l'opposition, il a battu dans les urnes l'ancien président Abdou Diouf. Vingt-six années qui ont permis à «Ndiobor», («lièvre», un animal réputé rusé dans le bestiaire sénégalais) comme l'avait surnommé Léopold Sédar Senghor, le premier Président sénégalais, de se forger un solide statut d'opposant historique. Abdoulaye Wade a été un opposant dur, agressif, parfois violent. Et qui a fait beaucoup de promesses. Il voulait changer le Sénégal, le démocratiser encore plus et mieux le gouverner. Son slogan de campagne, le «Sopi» («changement» en Ouolof, la principale langue du pays), est encore dans toutes les mémoires. En 2000, il a été élu dans l'euphorie et dans une liesse populaire sans précédent. Aujourd'hui, les Sénégalais se sentent floués. Ils reconnaissent de moins en moins l'homme qui leur avait promis la lune et les avait fait tant rêver. «Abdoulaye Wade était-il sincère quand il prônait dans l'opposition la démocratie, les droits de l'homme et la bonne gouvernance?», s'interroge Comi Toulabor, chercheur franco-togolais à l'Institut d'études politiques de Bordeaux et ancien rédacteur en chef de la revue Politique africaine. Doudou Diène, ancien ambassadeur du Sénégal à l'Unesco et fin connaisseur de la vie politique de son pays, semble en douter: «Abdoulaye Wade a été pendant des années membre de plusieurs gouvernements d'Abdou Diouf avant de démissionner et de se présenter comme candidat de l'opposition. Ce qui le décrédibilise quelque peu comme opposant historique.» Aujourd’hui, Abdoulaye a aussi dévié de sa ligne d’opposant historique du Sénégal.  

 

LA ZAMBIE ET CHILUBA

La lutte contre la corruption était aussi le cheval de bataille de Frédérick Chiluba, président de la Zambie de 1991 à 2001 et décédé le 18 juin dernier à l'âge de 66 ans. Jeune conducteur de bus et employé agricole devenu dirigeant syndical et opposant historique, il a remporté l'élection présidentielle en 1991 en faisant campagne pour le multipartisme et contre la gestion économique de Kenneth Kaunda, le père de l'indépendance, qui dirigeait le pays depuis 27 ans. En mai 2007, la Haute Cour de Londres a gelé les avoirs de Chiluba à Londres après l'avoir déclaré coupable de conspiration avec des conseillers pour le détournement de 46 millions de dollars (31,8 millions d'euros) de fonds publics. La Zambie avait intenté une action à Londres. Les fonds détournés y étaient blanchis dans deux sociétés passant par des comptes bancaires de la capitale britannique.

 

LA GUINEE-CONAKRY ET ALPHA CONDE

Autant de retournements de veste qui écornent l’image le blason de ces «héros». A moins qu'Alpha Condé qui, il y a sept mois, a été «démocratiquement» élu président de la Guinée-Conakry après avoir passé près de 40 ans dans l'opposition, ne le redore le blason de ces ‘’messies’’. Mais certaines nouvelles du pays de Sékou Touré, son premier président, laissent perplexes. Tout en reconnaissant que son gouvernement a créé «une nouvelle dynamique de progrès dans le pays», une coalition d'ONG locales guinéennes dénonce ses «dérives autoritaires».

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LA FRANCE ET FRANÇOIS MITTERRAND

Trahir les idéaux pour lesquels on s'est battu quand on était opposant n'est pas une spécificité africaine, tempère Comi Toulabor. Et de citer l'exemple de François Mitterrand en France: «Il avait promis de rompre avec la politique africaine de ses prédécesseurs, mais il n'en a rien été. Il voulait également en finir avec le capitalisme. Non seulement il y a renoncé très vite, mais il a fait de Bernard Tapie, l'incarnation la plus vulgaire du fric facile et mal gagné, par un ministre de la République.» Mieux, à la dernière campagne présidentielle française de 2007, Nicolas Sarkozy a dit à Sogolène Royal la candidate socialiste : "La dette de la France date d’il y a 25 ans". Et il y a 25 ans, c’était les socialistes conduits par François Mitterrand qui étaient au pouvoir. L’écrivain Jean Montaldo n’a pas manqué d’écrire ses livres intitulés "Mitterrand et les 40 voleurs" et "rendez l’argent de l’Etat". Deux livres qui ont un boom en 1995. Et pourtant, dans les années 1970 avant d’accéder au pouvoir Mitterrand avait désavoué la Constitution française en écrivant son fameux livre "L’abeille et l’architecte" qui promettait le quinquennat à la place du septennat. Il a lui-même gouverné pendant deux septennats.  

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Guy Tressia

 

ABSENCE DE CONTRE-POUVOIRS ?

Pour Comi Toulabor, le phénomène est plus accentué dans les pays africains parce qu'il n'y existe pas de véritable contre-pouvoir. «Les institutions censées jouer ce rôle -le Parlement, la Cour constitutionnelle, la Cour des Comptes.- sont soit inexistantes, soit trop faibles, soit totalement inféodées au pouvoir. De sorte que, l'ivresse du pouvoir aidant, les opposants, dès qu'ils goûtent à ses délices, ont tôt fait d'oublier leurs belles promesses». «Il est très important dans une démocratie que les institutions soient fortes. Comme il est tout aussi important qu'il y ait un équilibre dans la force des institutions. Pour cela, nous devons nous inspirer de l'exemple des Etats-Unis, avec une justice et un parlement totalement indépendants et forts», renchérit Doudou Diène.

GT

 

LE «SYNDROME DE L’OPPOSANT HISTORIQUE»

Le problème est qu’une fois installé dans le fauteuil tant convoité, nos « leaders de l’opposition » rejouent le scénario de ceux qu’ils auront longtemps combattu. Népotisme, gabegie, et surtout soif de pouvoir font alors verser des larmes amères à leurs partisans qui voient les promesses et grands serments d’hier jetés aux oubliettes. Ces chantres de la démocratie deviennent les pires ennemis de la liberté d’expression. Ils sont prêts à faire autant de mandats voire à mourir au pouvoir et surtout, ils font vivre à ceux qui sont à leur place d’hier, c’est-à-dire les opposants, pire que ce qu’ils auront eux-mêmes traversé. Alors, devons-nous prier pour que Dieu nous protège des « opposants historiques » ? Oui, en tout cas, au vu de ce que nous montrent Gbagbo et Wade (qui malgré la maladie et ses 85 printemps, s’accroche), on se demande si on n’a pas plutôt intérêt à garder nos bons vieux despotes. Avec eux au moins on sait à quoi s’en tenir !

« Le statut d'opposant historique ne garantit pas une équité et une gestion démocratique du pouvoir. En politique, la notion d'éthique me paraît essentielle. Une éthique qui doit être analysée au travers de paramètres bien précis. Comme par exemple la manière dont un opposant gère son propre mouvement politique»,  selon Doudou Diène. Mais, comme l’homme vit d’espoir, nous allons quand même laisser le bénéfice du doute aux nouveaux-présidents-anciens-opposants-historiques. En effet, il y a quelques mois, la Guinée a récompensé le combat du Pr Alpha Condé, les nigériens ont élu Mahamadou Issoufou, qui s’est présenté à toutes les élections du temps de Tandja. Ces deux peuples, riches de ressources naturelles et pauvres parmi les plus pauvres de la planète, ont donc choisis de confier leur destinée à deux hommes qu’ils connaissent et dont le combat pour la justice et la liberté a duré des années. Il ne nous reste plus qu’à prier qu’ils nous fassent oublier les expériences malheureuses et que sur la page blanche qui vient de leur être remise, ils écrivent une histoire nouvelle, un demain plus beau pour ceux qui ont mis en eux leur dernier espoir.

GUY TRESSIA

Sources : slateafrique.com, lebanco.net et wikipedia.org

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Published by tressia - dans Politique
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