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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 15:22

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Détention de cannabis en vue de la consommation, tels sont les faits reprochés à Atta Charles Béranger. Agé de 19 ans seulement, il a été interpellé par la police des stupéfiants et drogues le 30/01 dans la commune de Yopougon et placé ensuite sous mandat de dépôt à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), le 03/02 en attendant de répondre de son acte devant le tribunal correctionnel. Il a donc comparu le 12/02 devant le juge répressif de ladite juridiction de Yopougon.

-Interrogé au Parquet, vous avez déclaré, rappelle le juge, «je reconnais les faits qui me sont reprochés ». Reconnais-tu les faits devant le tribunal ?

-Non, répond le prévenu.

-Mais pourquoi  as-tu reconnu cela au Parquet ?

-Je n’ai pas dit cela, rétorque-t-il.

-Donc, le procureur est un menteur ?

Le prévenu reste figé et garde le silence.

-Comment ça s’est passé ? Réplique la présidente.

-On m’a envoyé acheter du papier rame  et c’est comme cela que j’ai été interpellé devant le commissariat du 17ème Arrondissement.

-Monsieur le procureur, avez-vous des questions ?

-Oui, réagit-il. Comment, poursuit-il, de la Cité verte, vous vous êtes retrouvé aux environs du commissariat du 17ème Arrondissement ?

-La personne qui m’a envoyé se trouvait là-bas.

-Mais le papier rame, on peut le trouver ailleurs ? Et lui (la personne en question), il dit quoi ? Il n’est pas venu pour témoigner ?

-Non, il a informé mes parents de ma mise aux arrêts.

-Ce qui veut dire, fait remarquer la présidente, que ce n’est pas vrai. Tu fumes la drogue ? Redemande-t-elle.

- Non, persiste le prévenu.

-Allez-y, monsieur le procureur, avec votre réquisition.

-Il ressort des faits que les agents de la Direction de la police des stupéfiants et des drogues l’ont interpellé en possession de 12 grammes de cannabis. Devant les agents, il a reconnu les faits et devant vous, il déclare une histoire de papier rame. La personne qui l’a envoyé, selon ses dires, n’est pas venue pour témoigner en sa faveur. Nous disons que les faits qui lui sont reprochés sont établis. Vous voudriez bien le déclarer coupable et en répression, vous le condamnerez à 24 mois de prison et au paiement d’une amende de 100000 FCFA.

Après ce réquisitoire, le mis en cause est prié par la présidente de regagner  le box des accusés, juste le temps pour le tribunal de juger d’autres prévenus avant de le situer sur son sort.  Après quelques minutes d’attente insupportable, il est de nouveau convoqué à la barre.

-Vous êtes coupable, déclare le juge, mais on va vous laisser partir pour changer.

Emu par cette générosité inespérée du tribunal, l’adolescent a quitté la salle d’audience en exécutant un signe de croix. Certainement en guise de reconnaissance à Dieu.

 

Les prévenus connaissent des fortunes diverses devant le juge.

L’un s’appelle Ehouan Bilé Lazare  et l’autre se nomme Karamoko Sinaï. Le premier est accusé de vol de 26 cartons de beurre et le second, de complicité dudit vol. L’infraction reprochée aux prévenus a été commise dans l’enceinte d’une usine sise dans la commune de Yopougon, le 03/02. Pour répondre des faits mis à leur charge, ils ont également comparu devant le même juge.

Devant la présidente, le présumé auteur du vol, interrogé par celle-ci, n’a pas eu du mal à confesser son forfait.

-Je reconnais les faits, a-t-il avoué, en réaction à la question suivante du magistrat : «Reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés devant le tribunal ?».

Quant à son acolyte, Karamoko Sinaï, questionné à son tour par le juge, il a déclaré :

-Je ne reconnais pas les faits de vol et de complicité de vol. Je ne savais pas, justifie-t-il, que c’était un colis volé. C’est après que je l’ai su.

-Quel service Ehouan Bilé Lazare  t’a-t-il demandé ?

-Il m’a dit ceci : « Comme tu sors vite de l’entreprise, tu vas prendre un colis pour moi et le soir à la descente, je vais récupérer ça avec toi.»

-Mais tu sais ce que la société fabrique?

-Je travaille (il est chauffeur) là-bas, mais je ne sais pas.

-Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?

-Il (Ehouan Bilé Lazare) était en train de charger les cartons de beurre dans la voiture. Il faisait des va et vient et après, je l’ai vu revenir à la voiture avec un vigile.

-Mais est-ce que ces choses sortent habituellement de l’usine ?

-Habituellement ce sont les barriques. Je n’ai jamais pris de carton. Et au portail, les personnes propriétaires d’objets qui sortent de l’usine, présentent un papier aux vigiles postés là.

-Mais il dit que tu lui as dit de s’arranger pour ne pas qu’on te prenne.

-Non, je n’ai pas dit cela.

Après cette franche coopération du mis en cause, la présidente décide de convoquer la victime à la barre. Représentée par deux personnes, c’est le responsable de la sécurité au sein de l’entreprise qui se lève et se dirige à la barre.

-Et le monsieur assis là-bas, vous êtes ensemble ? Demande le juge, curieux.

-Oui, répond ce dernier.

-Venez à la barre. On veut vous entendre sur les circonstances du vol mais aussi en ce qui concerne la constitution de partie civile.

-Monsieur Diakité(le responsable de sécurité), qu’est-ce qui s’est passé ?

-On m’a appelé pour m’informer de ce qu’Ehouan Bilé vient d’être pris en flagrant délit de vol. Le chauffeur du car arrêté également, ils ont été gardés à l’usine et conduits le lendemain à la police.

Monsieur Soro, le second représentant de l’entreprise, répondant à la même question du juge, dit :

-Je confirme ses propos.

-Les deux prévenus, revenez à la barre! Monsieur Ehouan, vous dites que vous reconnaissez les faits ?

-Oui.

-Mais, c’est le seul chauffeur dans l’entreprise ?

-Non.

-Mais vous avez quelle relation particulière avec lui ?

-Je n’ai pas de relation particulière avec lui.

-Vous lui avez dit quoi alors ? Ou bien vous lui avez promis quoi ?

-Le prévenu reste de marbre.

-Les cartons étaient destinés à quoi ? Réplique le magistrat.

- A la vente.

-Tu sais ce qu’on fait avec ça (le beurre)?

-Je ne sais pas.

-Cela fait la quelle énième fois ?

-c’est la première fois.

-Quels sont ceux qui s’adonnent alors à ce vol au sein de l’usine ?

-Ce n’est pas moi, se défend-il.

-Monsieur le procureur, vous avez des questions pour les prévenus ?

-Non.

-Vous avez alors la parole pour votre réquisition.

-Pour sortir 26 cartons de beurre (illégalement) d’une usine, il faut de l’aide. C’est ainsi que monsieur Ehouan est allé vers Karamoko Sinaï pour qu’il lui facilite la sortie de ces cartons. S’il n’y a pas de doutes sur la responsabilité du principal auteur dans le vol, des doutes persistent quant à celle de Karamoko Sinaï, en tant que complice. Il dit qu’il ne savait pas que les cartons de beurre provenaient d’un vol. Nous requérons que vous déclariez Ehouan Bilé coupable du vol qui lui est reproché. En répression, vous le condamnerez à 12 mois de prison. Quant à Karamoko Sinaï, vous voudriez bien le déclarer non coupable pour complicité de vol.

 D’avis avec le réquisitoire du procureur, le tribunal, néanmoins plus clément, a infligé une sanction de 6mois de prison à Ehouman Bilé et le paiement d’une amende de 50000 FCFA.. Déclaré non coupable par le juge,  Karamoko Sinaï a été relaxé.

Noël Konan (L’Eléphant déchaîné N°234)

 

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Published by tressia - dans Société
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