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20 janvier 2008 7 20 /01 /janvier /2008 13:49

Monsieur le Président de la République,

Le 31 décembre est une date très importante dans l'année en ce qu'elle marque dans la vie d'un individu comme dans celle de toute entreprise moderne un temps d'arrêt. Un temps d'arrêt d'abord pour dresser un bilan de sa vie et des activités de l'entreprise, un temps d'arrêt ensuite afin de tracer les perspectives pour l'année à venir. C'est dans cette optique que s'inscrit le traditionnel discours de fin d'année du Président de la République à la nation.

Ce lundi 31 décembre 2007, le peuple ivoirien attendait particulièrement ce discours. La question récurrente sur les lèvres était quelle serait la teneur du message du Chef de l'Etat en cette période de grisaille et de précarité.

Monsieur le Président de la République, j'ai suivi le discours de bout en bout et permettez moi de dire que je suis resté sur ma faim. De tous les discours de fin d'année depuis votre accession au pouvoir, ce discours est certainement, excusez mon outrecuidance, celui qui aura été très évasif sur les aspirations des Ivoiriens.

Monsieur le Président de la République, vous avez dit tout sauf l'essentiel dans ce message. Vous n'avez dit que ce que le peuple ivoirien ne sait que trop bien déjà. Le peuple ivoirien et la jeunesse particulièrement n'attendaient pas que vous leur parliez du Dialogue direct, de l'Accord politique de Ouagadougou, de ses avancées, de la nomination d'un nouveau premier Ministre, de l'enclenchement du processus de sortie de crise qui font désormais partie de leur quotidien. Le peuple ivoirien et la jeunesse attendaient que vous leur parliez de ce qu'ils ne savent pas et qu'ils sont en droit de savoir. La jeunesse attendait que vous lui disiez quels étaient vos projets et vos ambitions pour elle, ce qui a été fait concrètement et ce qui reste à faire.

Pour comprendre les raisons de mon insatisfaction et de cette adresse, qu'il me soit permis Monsieur le Président de la République, de faire avec vous une rétrospective pour analyser ensemble votre discours de novembre 2004 lors du lancement du Fonds National de Solidarité. Vous vous adressiez ce jour là aux jeunes ivoiriens dans un discours qui a dévoilé vos ambitions pour cette jeunesse. A la relecture dudit discours, je ne peux m'empêcher d'apprécier la pertinence de vos propos, la justesse de vos analyses et surtout la grandeur de vos projets pour la jeunesse. Un tel discours ne pouvait que susciter l'espoir au sein de cette jeunesse et apporter un tout petit peu de baume à leur cœur meurtri par la misère quotidienne, la pauvreté et l'absence de perspectives. Mais hélas ! La traduction de ces promesses en réalités concrètes tardant à se manifester, la jeunesse est aujourd'hui aux abois, désabusée et désorientée face à cette situation d'absence de perspectives et de manque de véritable politique de l'emploi. Monsieur le Président de la République, votre adresse de novembre 2004, rapportée par Fraternité Matin dans son supplément gratuit intitulé Spécial Fonds Jeunes du mardi 23 novembre 2004, a suscité de réels espoirs et de nouvelles espérances au sein de cette jeunesse. Dans ce discours Ô combien fort, vous disiez ceci : " … A eux comme à tous les jeunes de ce pays, je voudrais dire que si la guerre nous a retardés, elle n'a ni contrarié nos projets, ni compromis nos ambitions. Au contraire, elle a montré que le destin d'un pays dépend du sort qu'il réserve à sa jeunesse. "

Monsieur le Président de la République, je voudrais croire que la guerre n'a pas vraiment compromis vos projets et vos ambitions. Mais au regard de la situation sociale actuelle de la jeunesse, un certain nombre de questions méritent d'être posées :Quels étaient concrètement ces projets ? Quel est l'impact de la réalisation de ces projets, si réalisation il y a eu, sur le quotidien des Ivoiriens en général et des jeunes particulièrement si tant est que la guerre n'a rien compromis ? Dans ce discours, d'entrée de jeu, vous faisiez un point d'honneur à la jeunesse en disant : " Vous avez été de tous les combats. Vous avez contribué de façon essentielle à mon accession au pouvoir. Naturellement, ainsi que je l'ai promis pendant la campagne électorale et rappelé dans mon message à la nation le 6 août 2002, j'avais choisi de dresser pour vous, jeunes de Côte d'Ivoire, les voies nouvelles de la prospérité, de parler de votre situation face à l'emploi, de dire ce que vous êtes en droit d'attendre de votre pays. "

Fort heureusement, et cela est à votre honneur, vous reconnaissez le rôle important et déterminant joué par la jeunesse dans tous les combats et particulièrement dans votre accession et votre maintien au pouvoir. Vous avez cristallisé à un moment donné de l'histoire de notre pays l'espoir d'une population tout entière assoiffée de liberté et de mieux-être. En témoignent les affiches de votre campagne électorale en 2000 : " Laurent Gbagbo : L'espoir de tout un peuple ". Cela explique le sacrifice sans compter de la jeunesse en octobre 2000, en novembre 2004 et sa mobilisation extraordinaire pour éviter l'effondrement de la République. Cette jeunesse méritait mieux que ce auquel elle a droit actuellement. Et on peut même dire, trois (3) ans après ce discours mémorable, qu'en lieu et place des voies nouvelles de la prospérité que vous avez fait miroiter, c'est la paupérisation doublée d'une clochardisation criante. Quant à leur situation face à l'emploi, il faut dire que c'est la misère et la désolation. C'est pourquoi, cette jeunesse n'attend plus rien de son pays ; elle a même perdu tout espoir en elle-même. Désorientée et désabusée, elle se contente d'errer dans une société en pleine déconfiture et dans laquelle on assiste à un ébranlement du système de valeurs. Et vous ne croyez pas si bien dire en déclarant dans ce même discours : " Une nation qui ne sait quoi faire ni avec sa jeunesse, ni pour sa jeunesse, court à sa perte. Un pays qui laisse les jeunes au bord du chemin prépare la guerre. Si l'on se contente de mettre les enfants à l'école et qu'on ne leur offre pas des perspectives d'emplois, ils deviennent des bombes à retardement."

Au regard de la situation sociale et des perspectives peu lumineuses, peut-on encore se demander dans le cas de notre pays si la nation court à sa perte ? Il est judicieux de dire qu'elle est en pleine désintégration. Et on sent de loin l'odeur suffocante de sa décomposition. Il y a un peu plus de trois (3) ans, les statistiques de l'AGEPE estimaient à 70% de jeunes au chômage sur une population de trois (3) millions de personnes. Aujourd'hui, il faut multiplier ce chiffre par 2 ou 3 pour être plus proche de la réalité. C'est dire qu'on n'a su quoi faire ni avec la jeunesse, ni pour la jeunesse et que cette jeunesse est laissée au bord du chemin. En témoignent les étudiants déplacés de Bouaké, de Korhogo qui végètent à Abidjan, à la recherche d'hypothétiques salles de cours et d'amphithéâtres. Ceci est une preuve du délaissement des jeunes au bord du chemin et qui en à point douter constitue pour un pays une manière de préparer la guerre. Le fait est que dans ce cas précis, on ne parle plus de mettre les enfants à l'école encore moins de leur offrir des perspectives d'emplois, mais mieux de fabriquer des déchets sociaux qui deviendront des bombes à retardement.

Tous ces faits ainsi relevés, Monsieur le Président de la République, vous renvoient le bilan de sept (7) années de gestion et exigent de vous une introspection. Vous devriez vous poser la question de savoir si cette jeunesse a encore des raisons de croire en vous. Vous avez un défi à relever et vous le reconnaissez vous-même en affirmant : " L'emploi des jeunes représente donc un défi lancé à notre génération. La guerre vient de nous révéler que les enjeux peuvent être dramatiques. Je ressens ce défi comme une double dette envers la jeunesse : une dette pour l'histoire de la Côte d'Ivoire et une dette personnelle dans mon histoire. " Pourvu que cette fois-ci cela ne se limite pas à des déclarations d'intentions mais se traduise plutôt en réalités concrètes pour faire mentir nombre d'Ivoiriens qui ont perdu toute crédibilité en votre parole. Et cela exige des mesures vigoureuses dont :

-l'assainissement et la transparence dans les concours de la Fonction Publique que les Ivoiriens ne cessent de dénoncer de façon quotidienne,

-tracer un avenir pour la jeunesse qui est en train de se consumer dans la débauche et l'alcool,

-définir une réelle politique de développement en lieu et place des opérations de charme,

-une promotion humaine, économique et culturelle de la jeunesse,

-la relance de l'emploi par l'entreprise, la création d'emplois nouveaux et la mobilité sociale.

Telles sont les missions essentielles d'un Etat moderne et les conditions sine qua non pour que le développement de ce pays repose effectivement sur le dynamisme de sa jeunesse comme vous l'ambitionnez. Monsieur le Président de la République, si vous dénoncez les difficultés des conditions sociales d'existence de votre époque en déclarant : " Appelé à me présenter devant le forum de la Nation, j'ai dit les difficultés d'être enfant puis adolescent dans une famille modeste, avec un père fonctionnaire moyen et une mère au foyer, dans un contexte politique troublé… Oui ! je sais ce qu'un jeune éprouve quand les parents ne peuvent pas subvenir aux besoins essentiels… ", qu'allons-nous dire, nous jeunes d'aujourd'hui, à qui on exige de payer 3 millions, voire 4 millions de francs pour réussir un concours de la Fonction Publique et plus encore nos parents quand on sait que les salaires sont bloqués depuis de nombreuses années et qu'ils sont contraints à faire face aux nombreuses charges sociales dans un contexte d'inflation marqué par la hausse des prix des produits de première nécessité ?

Voilà, Monsieur le Président de la République, les points essentiels qui devaient constituer la trame de votre discours du soir du 31 décembre et que les Ivoiriens dans leur majorité attendaient. Tout le reste n'a été que politique politicienne.

 

Bonne et heureuse 2008 !

 

  SERI  Hervé

Jeune diplômé sans emploi très déçu…

hansroyce@hotmail.com

(225) 05 47 45 18

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Published by tressia - dans Politique
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