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20 janvier 2008 7 20 /01 /janvier /2008 12:52

Universitaire doublé d'un mathématicien hors paire, ex-ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique du Président Henri Konan Bédié, on n'avait plus entendu le professeur Saliou Touré depuis de longues années. Que fait-il ? Que devient-il ? Ses rapports avec le Président Bédié et les autres militants du PDCI-RDA. Son regard sur l'enseignement supérieur en Côte d'Ivoire… C'est de tout cela que le professeur Saliou parle.

 

Quand on évoque votre nom, on pense tout de suite aux mathématiques, à l'enseignant, à la formation. Aujourd'hui, vous présidez les destinées de l'université internationale de Grand-Bassam. Qu'est-ce qui vous a amené à prendre les rênes de cette institution ?

Je vous remercie. Comme vous le savez, j'ai été pendant longtemps le ministre de l'Enseignement supérieur du président Henri Konan Bédié. D'après le discours programme du président Bédié prononcé à Yamoussoukro en 1995, le président avait formé bon nombre d'institutions en Côte d'Ivoire, en particulier dans le domaine de l'éducation et de la formation. C'est ainsi que le président Bédié m'avait permis d'aller aux Etat Unis pour nouer des contacts avec de grandes universités de recherche pour nous en inspirer. C'est à la suite de ce voyage que nous avons mis en place une recherche de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique dès septembre 1995. Cette reforme avait plusieurs objectifs. Il s'agissait de redéfinir plusieurs objectifs pour l'enseignement supérieur en Côte d'Ivoire. Il s'agit aussi d'associer à la formation des jeunes Ivoiriens des entreprises ivoiriennes parce que l'université n'est pas seule à se mettre au service du développement national. C'est ainsi que nous avons fait cette reforme avec la bénédiction du président de la République et du premier ministre Daniel Kablan Duncan. A la suite de cela, j'avais souhaité en Côte d'Ivoire une université du type américain parce que j'avais eu l'occasion de côtoyer des universités américaines pour voir la qualité des formations américaines. A l'époque, le gouvernement avait accepté de créer cette institution américaine en Côte d'Ivoire. Par la suite, nous avons dû partir voir et les choses ont continué. D'ailleurs, tous les gouvernements qui nous ont succédé ont continué à respecter l'orientation qui avait été définie. C'est à la suite de beaucoup de demandes avec le département d'Etat aux Etats-Unis, avec l'USD, avec la banque mondiale (La grande partie de ces démarches a été faite par le premier ministre Duncan) que l'université internationale de Grand Bassam avait été créée sur le modèle américain. Les formations sont données en anglais ; tous les cours sont donnés en Anglais. La gestion est une gestion américaine. Alors, vous me demandez pourquoi j'ai accepté de prendre la présidence de cette université. C'est simple, c'est qu'ayant été à l'origine de cette affaire avec la bénédiction de mes patrons de l'époque (Bédié et Duncan), l'université avait été dirigée par une dame américaine, Polan Dersel. Mais c'est qu'en 2006, Polan Dersel a préféré se retirer et se consacrer à ses activités aux Etats-Unis. Elle est allée voir le premier ministre Duncan pour que celui-ci me demande d'accepter de présider l'université. C'est donc ainsi que le premier ministre Duncan me l'a demandé ; il a été mon patron, je ne pouvais pas refuser ce service à la Côte d'Ivoire.

 

M. le ministre, ce qui surprend un peu, c'est que le style américain et le style francophone auquel avait adhéré la Côte d'Ivoire sont totalement différents. Est-ce que ça ne crée pas un problème? Et puis où est-ce que vous recrutez vos étudiants qui doivent accéder à cette université? Quel est le profil, et les enseignants qui dispensent les cours ?

Concernant la création de l'UIGB, il n'y a de conflit avec personne. Plusieurs systèmes peuvent coexister dans un même pays. Je prends le cas de la France, vous trouverez des Busness school, des centres de formation où les enseignements sont entièrement en anglais. Nous, Ivoiriens, ayant constaté la qualité de l'enseignement américain, nous avons souhaité créer ce type d'enseignement en Côte d'Ivoire qui cohabite avec le système francophone. Nous connaissons dans nos universités que j'ai eu à gérer pendant un certain temps, que ce soit l'université de Cocody, d'Abobo-Adjamé ou celle de Bouaké, le système francophone. Mais personne ne nous interdit de regarder ailleurs et c'est ce que nous avons fait en toute liberté. Concernant les cours, ils sont dispensés en anglais, la gestion est en anglais. Les cours sont dispensés par des enseignants qui ont fait leurs études soit aux Etats-Unis, soit en Grande Bretagne soit au Canada ou même en Europe. Nous avons des professeurs très qualifiés. Je recruterai un Ivoirien déjà professeur à Racheter Institut for Technology autour de New York, qui va diriger l'école de business à partir de septembre prochain. C'est le jeune N'Da Koffi. Et d'autres viendront. Il y a des Américains qui enseignent des Asiatiques. Nous recrutons nos enseignants parmi les meilleurs venant du monde entier. Il n'y a que des Ivoiriens qui ont fait leurs études aux Etats-Unis. Le seul critère, c'est la compétence et les cours en anglais. Voici nos critères. Quant aux étudiants, ils viennent de la sous région puisque le président Bédié avait voulu une université qui se mette au service du développement du pays et de la sous région. Donc est une université à vocation régionale. Vous y trouverez des Burkinabé, 1 Ghanéen, 1 Togolais, ainsi de suite. Des étudiants venant d'un peu partout.

 

Avec les outils que vous donnez à vos étudiants, notamment les cours en anglais, les outils pragmatiques, est ce qu'on peut dire que vous formez des travailleurs pour le monde entier et qui ont des compétences pour travailler dans le monde entier, qui arrivent à s'épanouir avec les outils que vous leurs donnez ?

C'est aussi l'un des objectifs premiers de notre université. Nous avions au départ voulu créer une université qui puisse former des élites du monde entier, des élites africaines qui pourront travailler n'importe où dans le monde. Vous savez que l'anglais est une langue incontournable dans tous les domaines économiques, de la science, même la littérature. Donc, les étudiants qui sont formés dans notre université pourront signer un peu partout dans le monde. Je suis en train de signer beaucoup d'accord avec beaucoup d'entreprises londoniennes de façon à ce que nos étudiants puissent commencer leurs études ici et aller les terminer aux Etats-Unis. De sorte qu'ils auront la bi-diplomation. Ils auront le diplôme de l'UIGB et ils auront le diplôme de cette autre université. D'ailleurs, très bientôt, je vais recevoir nos partenaires américains pour pouvoir finaliser tout ça. Nous allons faire un séminaire pendant toute la semaine prochaine à Grand-Bassam pour nous mettre d'accord sur le type de diplôme, sur les différentes formations que nous sommes en train de dispenser. Donc en moralité, nos Etudiants pourront travailler partout dans le monde.

 

Ancien ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, vous êtes aussi la cheville ouvrière de l'Institut de la Recherche mathématique. Aujourd'hui, quel regard portez-vous sur l'ensemble de l'enseignement supérieur en Côte d'Ivoire ?

Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, l'enseignement supérieur a été reformé par le gouvernement du président Bédié depuis septembre 1995. A l'époque, nous avions défini les grandes orientations de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique en Côte d'Ivoire. Tous les textes fondamentaux avaient été pris à cette époque. Aujourd'hui, je suis heureux de constater que le ministre Cissé Bacongo a pris la relève et qu'il est en train d'appliquer la reforme qui a été définie dès cette époque. Je crois que l'enseignement supérieur est sur la bonne voie. Il y a eu des difficultés, on ne peut pas le nier. Il y a eu les problèmes de machettes, des résidences universitaires, bref. Beaucoup de problèmes sont en train d'être résolus et je pense que je suis heureux et fier de constater que ceux qui nous ont succédé et particulièrement le ministre actuel, le ministre Cissé Bacongo est en train de mettre en application les reformes de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique définies dès 1995.

 

Aujourd'hui, l'enseignement supérieur, tout comme l'enseignement général est en perte de vitesse par rapport à certaines difficultés. Comment pensez-vous qu'on puisse les surmonter ?

Je pense qu'avec beaucoup de volonté et de moyens, il ne faut pas négliger les moyens, toutes les difficultés peuvent être surmontées… J'ai toujours eu la passion pour la formation de la jeunesse. Je suis convaincu que pour qu'un pays se développe, il faut qu'il dispose de cadres, bien formés dans tous les secteurs. Des cadres compétents et responsables et qui sachent développer la solidarité entre les êtres humains.

 

M. le ministre, vous n'avez cessé de faire allusion au président Bédié et au premier ministre Duncan, vos patrons d'alors. Ils sont toujours en politique, on les voit un peu partout. Par contre, on ne vous voit plus sur la scène politique. Pourquoi ?

C'est vrai qu'on ne me voit plus activement sur la scène politique, mais je garde mes convictions. Etant à la tête de l'UIGB, j'ai un statut de diplomate. Et à ce titre, j'ai le devoir de réserve. Par contre, je garde mes amitiés, je garde mes relations avec mes amis, avec le président Bédié, avec le premier ministre Duncan que je vois régulièrement. Donc, de ce point de vue, il n'y a absolument pas de problème. Seulement, je ne peux plus être véritablement actif comme il y a dix ans.

 

Mais les convictions restent ?

Absolument. C'est pour cela que je vous disais que je garde mes amitiés solides, je les développe, je les cultive. Il n'est pas question que je renie quoi que ce soit de mon passé.

 

M. le ministre, pensez-vous que les réformes initiées sous le président Bédié sont encore d'actualité et peuvent encore servir ?

Absolument. Je suis convaincu que les idées généreuses qui ont été émises à l'époque, rappelons le discours du président Bédié de 1995 à Yamoussoukro, à la fondation Félix Houphouët-Boigny, les grandes idées qui ont été émises, les orientations qui ont été définies restent d'actualité. Il suffit de les revoir un peu et de les modifier pour tenir compte de l'actualité. Et je suis convaincu que ça doit pouvoir servir de boussole à la Côte d'Ivoire.

 

M. le ministre, l'enseignement supérieur connaît aujourd'hui un véritable boom. Les grandes écoles se développent pour donner une formation pratique. Vous êtes à l'origine de la démocratisation de l'enseignement supérieur avec l'université de Bouaké. Comment pensez-vous que tout cela doit être réorienté pour que les Etudiants puissent être mieux formés et servir le pays?

Effectivement, c'est dès 1995 que les grands chantiers de la formation ont été définis. Je ne dis pas que rien n'a été fait avant, mais à cette époque, il était nécessaire de mettre de l'ordre et de redéfinir de nouvelles missions pour l'enseignement supérieur et la recherche scientifique, conformément aux programmes définis par le président Bédié, président de la République à cette époque. Cela a été fait. Les choses continuent aujourd'hui. C'est vrai, il y a eu des difficultés mais, ces difficultés seront résolues par les équipes actuelles. Nous avons fait ce qu'il était nécessaire de faire sous l'autorité du président Bédié, du premier ministre Duncan. Nous avons réussi à mettre les choses en route. Aujourd'hui, il s'agit d'appliquer véritablement la politique qui a été définie. Et encore une fois, je suis sûr que l'actuel ministre, Cissé Bacongo est en train de faire ce qu'il faut pour cela. L'enseignement supérieur privé et les universités doivent jouer un rôle important. Quand j'arrivais à la tête de l'enseignement supérieur, il y avait seulement quatre grandes écoles privées. Et quand nous partions du pouvoir, il y avait environ soixante établissements d'enseignement supérieur privé. Aujourd'hui, il y en a environ 145. Mais nous nous étions rendus comptes que l'Etat ne pouvait pas tout faire. En effet, pendant longtemps, la Côte d'Ivoire produisait seulement deux mille, trois mille voire cinq mille bacheliers. Mais à partir de 1995, le chiffre est monté à 15.000. Donc nous savions que le gouvernement ivoirien ne pourrait pas former toute la jeunesse. Il fallait donc permettre au secteur privé de se développer. Et c'est ce que nous avons fait. Et je me souviens, le premier ministre Duncan m'avait dit à l'époque, il faut rapidement renverser la tendance. Qu’il y ait plus d'étudiants dans le privé que dans le public. L'Etat ne pouvant pas tout faire, nous nous sommes décidés de mettre les moyens à la disposition des établissements privés sous le contrôle de l'Etat, de façon que la jeunesse puisse être formée dans de bonnes conditions. Encore une fois, à l'image du système américain auquel je me réfère très souvent. Vous savez qu'aux Etats-Unis, il y a très peu d'universités publiques. Toutes les universités sont privées. Chaque Etat à une université publique, mais les milliers d'universités qui sont aux Etats-Unis sont pour la plupart, des universités privées. Donc c'est vers cette tendance que nous devrions aller. L'Etat permet à des opérateurs économiques compétents des enseignants d'ouvrir des établissements privés sous son contrôle. C'est-à-dire que les programmes ne devraient pas être faits n'importe comment. Les enseignants devraient avoir les mêmes qualifications que dans le supérieur public et ainsi de suite.

 

Le professeur Saliou Touré et les mathématiques. Je veux dire, la Passion demeure. Que devient l'IRMA, après l'IRMA, que devient cette collaboration, cette amitié ?

Merci beaucoup ! Vous savez les mathématiques demeurent ma passion. J'avais créé l'Institut de recherche mathématique dans ce cadre là pour définir de nouveaux programmes pour l'enseignement secondaire. Nous avons créé des programmes, nous avons écrit des livres d'abord pour la Côte d'Ivoire sous la houlette du ministre Paul Yao Akoto qui nous avait permis de mettre en place la collection IRMA. Devant le succès de cette collection, nous avons créé en 1990 une nouvelle collection qui s'appelle la collection internationale de mathématique et cette collecte est actuellement en vigueur dans tous les pays francophones d'Afrique et de l'océan indien y compris bien sûr la Côte d'Ivoire. Donc, la passion demeure. Chaque deux ans, nous révisons les programmes de cette collection pour coller à l'actualité. En plus, dans la vision inter africaine, je suis toujours le président de la société mathématique de Côte d'Ivoire. J'ai voulu me retirer, mais mes jeunes filles et mes anciens étudiants ont décidé de ne pas me laisser partir afin que je continue de travailler avec eux. Nous avons créé récemment plusieurs prix : le prix Miss Mathématique. Pour encourager les jeunes filles qui ont peur des mathématiques. Nous voulons que les jeunes filles aient confiance en elles. Et nous en formons beaucoup. D'ailleurs, le Président Gbagbo leur donne des bourses pour aller étudier en France et aller dans les grandes écoles préparatoires françaises. Aussi continué-je de suivre quelques étudiants qui font leur doctorat.

 

On naît mathématicien ou on le devient?

On ne naît pas mathématicien, mais on développe les capacités qui sont innées, à condition de fournir beaucoup d'efforts. On peut devenir mathématicien.

 

La dernière question monsieur le ministre. Vous avez dit que vous ne ferez plus de politique de façon active. Vous n'en demeurez pas moins un citoyen observateur. Vous êtes un éminent cadre, votre jeune frère est à la primature. Quelle est votre lecture et la chance de la Côte d'Ivoire pour s'en sortir ?

Vous savez notre pays depuis septembre 2002 a connu d'énormes difficultés. Nous avons perdu beaucoup de choses sur le plan national et international. L'image de la Côte d'Ivoire a pris un coup. Avec l'accord politique de Ouagadougou, Soro a accepté de devenir le Premier ministre de Côte d'Ivoire pour tenter de ramener la paix. Cette paix pour laquelle notre père Houphouët-Boigny ne se lassait jamais de dire que " la paix n'est pas un vain mot, c'est un comportement ". C'est ce que Soro a compris. En mettant balle à terre et en acceptant ce poste difficile pour que notre pays puisse s'en sortir et retrouver sa place qui est la tienne. Une place de leader dans notre sous-région. Je suis convaincu que si les deux belligérants savent être raisonnables Côte d'Ivoire ira mieux.

 

Réalisée par Eddy Péhé

et Hervé Ahossy

Coll : JCA et FC (stagiaire)

 

 

 

 

 

Actualité/ Modernisation du passeport ivoirien : Tagro et Bictogo dans une affaire de 25 milliards ?

 

L'affaire est sérieuse. Même très sérieuse. Car elle touche directement à l'identité des Ivoiriens, pour ne pas dire à l'identification des Ivoiriens sur le plan international. Il s'agit du dossier de la conception, de la fabrication et  de la mise en circulation du passeport CEDEAO en Côte d'Ivoire. Un important marché autour duquel un véritable ballet politico financier a été organisé et mené de bout en bout par l'actuel ministre ivoirien de l'Intérieur, Désiré Tagro et l'ex-conseiller du Premier Ministre, Adama Bictogo. Du moins, selon les informations et documents en notre possession. Une affaire de gros sous sur fond d'intrique et de trafic d'influence.

C'est par une correspondance officielle datée du 27 octobre 2004 et adressée au Ministre d'Etat, ministre ivoirien des Affaires étrangères (en son temps, M. Bamba Mamadou) que le Secrétaire exécutif de la CEDEAO, le Dr Mohamed Ibn Chambas a rappelé à l'Etat ivoirien, contrairement à la décision A/DEC.1/5/2000 de la 23ème Session de la conférence des Chefs d'Etat et de gouvernements tenue à Abuja les 28 et 29 mai 2000, que le passeport CEDEAO "qui doit consacrer la citoyenneté communautaire et faciliter la circulation des ressortissants à l'intérieur et hors de la Communauté n'a pas encore été imprimé et mis en circulation par la Côte d'Ivoire". La date butoir pour le retrait des passeports nationaux est fixée au 31 décembre 2005. A partir d'octobre 2005, chacun sait les tiraillements politiques qui ont eu lieu. Le gouvernement a changé et le ministère des Affaires Etrangères a changé de mains. Ainsi que le Ministère de l'Intérieur… Mais Gbagbo est demeuré au pouvoir. On arrive donc en 2007 dans le contexte de l'accord politique de Ouagadougou, signé le 04 mars, qui initie un nouveau gouvernement dont Soro Guillaume est le Premier Ministre. La question de la modernisation du passeport ivoirien et du passeport CEDEAO à mettre en circulation était jusque-là en suspension, en dépit du fait que le marché aurait déjà été accordé de gré à gré à la SITEL (cf la lettre N° 192/MS/CAB-1/C du 06 mars 2007) et autorisé par lettre du Ministère de l'Economie et des Finances datée du 04 juin 2007.

Soro forme une nouvelle équipe gouvernementale dans le même mois de mars. Sur proposition du président Gbagbo, Désiré Tagro est nommé Ministre de l'Intérieur, en charge également de la sécurité. Le dossier de la mise en circulation du passeport CEDEAO est remis au goût du jour. Cette fois, sur le bureau du ministre de l'Intérieur, Désiré Tagro. Il s'agit de trouver un opérateur pour la confection de ce précieux document. Or, selon nos sources, c'est la SITEL qui avait ce marché d'une valeur de 25 milliards de francs CFA. Le 03 octobre 2007, le ministre de l'Intérieur Désiré Tagro écrit à son homologue de l'Economie et des Finance, Charles Koffi Diby. L'objet de cette correspondance N° 1408, marquée du sceau de la confidentialité est "La substitution de la SNEDAI à la SITEL. La SNEDAI est la Société Nationale d'Edition de Documents Administratifs et d'Identification. Elle est une filiale du groupe belge ZETES qui est, a-t-on appris, spécialisée dans la confection et l'édition des passeports et documents électoraux. Selon nos sources, La SNEDAI aurait pour un des gros actionnaires ou propriétaires Adama Bictogo, alors conseiller à la Primature. Voici ce que dit la lettre de Tagro à Diby : " (…) En raison du caractère sensible du projet et des graves réserves formulées à l'encore de ladite (NDLR, la SITEL) société qui s'est vu confier, sans succès, par le passé une convention de concession pour la modernisation de l'état-civil, il m'apparaît opportun, dans le cadre de la modernisation du passeport ivoirien, à une autre société présentant des garanties plus sérieuses tant financières que techniques (…) Aussi ai-je l'honneur de solliciter par la présente, la substitution de la Société Nationale d'Edition de Documents Administratifs et d'Identification dite "SNEDAI" à la SITEL (…) "

Le 08 octobre 2007, soit seulement 05 jours après, le ministre Diby répond favorablement et avec des réserves au ministre Tagro par courrier N° 4801. Voici ce que dit cette réponse implicitement révélatrice : " (…) A l'appui de votre requête de substitution, vous relevez d'une part, le caractère sensible du projet et d'autre part, de graves réserves formulées contre la SITEL relativement au projet de modernisation de l'état-civil ivoirien à lui confié par ledit ministère. Vous précisez de plus que la SNEDAI présente non seulement de garanties financière et technique, mais également est une filiale de la Société Belge ZETES Industries qui est une entreprise paneuropéenne de premier plan dans la production de documents de voyage sécurisés, depuis plus de trente ans…Après examen et compte tenu des arguments développés, je vous marque mon accord pour la substitution de SDENAI à SITEL conformément à la lettre d'autorisation sus indiquée. ".

Le 10 octobre 2007, soit deux jours plus tard, le ministre de l'Intérieur Tagro crée par arrêté N° 338 un comité ad hoc chargé de conduire les négociations et d'assurer le suivi du respect des termes de la convention de délégation de service public à la Société Nationale d'Editions de Documents Administratifs et d'Identification pour la modernisation du passeport ivoirien. " Le comité est chargé, en outre, de donner, à la demande de l'autorité compétente, son avis sur toute question intéressant ladite convention. " L'autorité compétente ici c'est Tagro Désiré. Le comité  ainsi créé par l'arrêté de Tagro est présidé par le Ministre de l'Intérieur ou son représentant. Il a pour membres : -3 représentants du Ministère de l'Intérieur ayant, respectivement, des compétences en matière juridique, en matière de télécommunication et système d'information et en matière de police de l'air et des Frontières ; 2 représentants du Ministère de l'Economie et des Finances ; -1 représentant du Ministère des Affaires Etrangères ; -1 représentant du Ministère de la Coopération et de l'Intégration Africaine. On le constate, les ministères de l'Intérieur et de l'Economie et des Finances ont au total 05 représentants sur les sept membres du comité. En cas de vote pour délibérer, Tagro l'emportera toujours. Ce qui revient à dire que le comité est juste là pour crédibiliser ce que décidera le ministère de l'Intérieur qui préside les délibérations. Voilà pour les méandres Techniques de l'affaire. Apparemment, il n'y a pas grand-chose à redire. Mais en réalité, c'est une véritable montagne politico financière. Et quiconque la contrôle tient l'identification ivoirienne. Et qui tient l'identification tient les élections à venir.

Eddy PEHE

 

 

 

 

 

Contrôler à la fois les milliards et le fichier électoral

 

Le côté financier est encore plus important. L'opération de modernisation du passeport ivoirien est un marché, selon nos sources d'environ 32 milliards de francs. D'où la bataille souterraine pour l'obtention de cet important marché. Dans les différentes démarches du Ministre Tagro, ont retient deux importants faits :

-D'abord, nulle part, il n'a été fait cas d'un conseil des ministres encore moins d'un conseil de gouvernement. Est-ce à dire que pour cet important dossier, on n’a pas besoin d'une communication et d'une délibération en Conseil des Ministres ? Si oui, pour quoi ne l’a-t-on pas fait? Si non dans quel cadre juridique s'inscrit alors le dossier et surtout l'opération que doit mener l'opérateur choisi ?

-Ensuite, la modernisation du passeport concerne avant tout les ministères des Affaires Etrangères et de la Coopération qui sont les premiers interlocuteurs de la communauté internationale. Mais, dans les tractations et échanges de courriers qui ont abouti à la substitution de la SNEDAI à la SITEL puis à l'arrêté du ministre Tagro, aucune allusion n'a été faite à ces ministères qui sont la porte de sortie. Ce n'est que dans le comité ad hoc qu'une place a été offerte à chacun d'eux juste pour la configuration. A quel dessein?

On se rend compte aussi que c'est une fois la substitution réussie par Tagro que Bictogo a démissionné de la Primature. Pourquoi ? Et pourquoi cette célérité avec laquelle le ministre Tagro a-t-il demandé et obtenu cette substitution? Comment expliquer qu'il ait créé un comité ad hoc à la limite du déséquilibre ?

Au-delà de tout cela, il y a une autre bataille que Tagro a engagée. C'est celle du contrôle du fichier d'identification. On sait que les informations que l'on fournit pour l'obtention d'un passeport sont les plus complètes. Aussi, dans le cadre de la modernisation du passeport pour en faire un document de la CEDEAO, il va sans dire que les données traitées seront envoyées à toutes les chancelleries pour les besoins de la cause.

La SAGEM a été retenue comme opérateur de l'identification avant les élections. SITEL c'est la SAGEM et Tagro a de bonnes raisons de ne pas laisser la SAGEM tout avoir, à moins qu'il ne s'agisse d'un jeu dont nous pourrons découvrir les motivations par la suite. Toujours est-il que le ministre Tagro et Bictogo sont dans une lubie  qui vise à la fois les sous et les données électorales pour le compte de qui l'on sait. Pour le reste, nos investigations continuent.

E. P.

 

 

 

 

 

Le curieux silence de la SITEL et de Bakou

 

Dans cette sorte de corrida politico financière, le plus gros perdant dans l'affaire jusque-là est la SITEL à qui on a arraché cet important marché de 25 milliards de francs CFA sans coup férir. François Bakou, patron de la SITEL s'est curieusement muré dans un mutisme déconcertant. Pourquoi, cet homme d'affaires d'ordinaire si prompt et si alerte s'est-il aussi facilement laissé souffler un si important marché sans qu'il ne bronche ? Est-il vrai qu'il n'a pas l'expertise et la carapace financière nécessaires à la conduite de l'opération, comme le soutiennent les services de Tagro Désiré? Aux dernières nouvelles, on apprend que Bakou n'est même pas en Côte d'Ivoire. Mais on apprend également qu'un chargé de missions du Ministre Tagro et Adama Bictogo viennent de séjourner une semaine durant en France. A la rencontre de leur partenaire technique qui doit sous traiter les documents. Bakou est-il au courant de cette autre course? A-t-il fait un dernier tour à Paris ? Mystère. Ce marché qui devrait redorer le blason de la SITEL lui a été soufflé. Sans autre forme de procès. Sans un mot en face.

E. P.

 

 

 

 

 

 

Economie/ Hausse régulière du prix du blé, désorganisation…/François Ahuili, président de la FIP-BPCI: “Nous ne saurions garantir le prix du pain à 150 Fcfa”

 

Le président de la fédération interprofessionnelle des patrons boulangers et pâtissiers de Côte d'Ivoire (FIP-BPCI), François Ahwili Naylor fonde un grand espoir sur la réorganisation de la corporation. Il interpelle donc de toutes ses forces l'Etat de Côte d'Ivoire, afin qu'il joue, enfin, son rôle.

 

Comment va, aujourd'hui, votre secteur ?

Nous vivons une situation très difficile, à l'image de l'économie du pays. Il y a également l'augmentation du prix du blé qui nous installe dans une très mauvaise situation et cela a une incidence défavorable sur le prix de la matière. Finie dans nos boulangerie et pâtisseries. Nous avons donc beaucoup de problèmes compte tenu du prix de la baguette de pain maintenu à 150f.

 

En sus des difficultés énumérées ci-dessous, vous parlez aussi de désorganisation du secteur …

Oui, le secteur souffre également d'une désorganisation, nous n'avons pas la liste exacte de tous les professionnels (boulangers et pâtissiers, ndlr). Dans les rues du pays vous voyez des gens qui transportent le pain sur la tête, du pain exposé sur des étals comme s'il s'agissait de banane ou de l'igname. La qualité du pain laisse donc à désirer. L'outil de travail est obsolète. Nous ne saurions ignorer les impôts que nous payons alors que nous travaillons dans des conditions difficiles : le prix de l'énergie a augmenté (le gasoil), l'eau également, le personnel n'est pas adapté parce que le fait qu'il n'existe pas d'école pour la formation et le recyclage des travailleurs constitue une problème à résoudre.

 

Votre fédération pense-t-elle à des solutions à toutes ces difficultés ?

Je crois que la naissance de la fédération a été suscitée par l'ensemble des professionnels. Face aux difficultés, nous voulons voir dans quelle mesure, nous pouvons demander à l'Etat de nous aider, pour la réorganisation du secteur. Pour nous, le mot réorganiser regroupe tous ce que je viens de citer comme problèmes. C'est une opération qui nous permettra de maintenir l'équilibre au niveau de la corporation. On aura bientôt un séminaire qui va rassembler l'Etat, les professionnels de la corporation et les consommateurs. Nous allons y proposer des solutions et l'Etat pourra prendre une décision, surtout au niveau de la présidence de la République. Une bonne organisation nous permettra d'avoir une bonne lisibilité et créer des emplois. La réorganisation nous permettra de savoir qui fabrique ce pain, qui l'a vendu et à qui nous pouvons nous plaindre si le produit manque de qualité et de sécurité et voir les moyens de distribution. Cela permettra le prolongement des guichets dans les quartiers ou les boulangeries ne sont pas installées…

 

Aucun Etat ne saurait ignorer le rôle du secteur privé dans l'économie nationale. Comment doit-il se comporter vis-à-vis de vous ?

Nous estimons que l'Etat ivoirien a un rôle d'organisateur ; il doit avoir un regard régulier sur tous les secteurs et ne doit pas attendre que nous ayons des difficultés avant de ce sentir interpellé. Il doit permettre la création d'emplois et veiller sur la régulation des impôts sur la qualité des produits que nous proposons aux Ivoiriens. Mais dans la situation de crise actuelle, nous sommes allés vers les autorités pour solliciter leur aide. Si nous sommes organisés l'Etat y gagnera avec la création d'emplois, l'arrivée des investisseurs, la qualité des produits…J'ai parlé du blé, des fours. Qui ne sont pas ivoiriens. Chaque jour, ce sont plusieurs baguettes de pain qui sont jetées à la poubelle. Cela fait des milliards quand on multiplie le nombre, à 150f. Et c'est là que nous parlons d'épargne. Si l'Etat nous accompagne, on peut éviter cette perte.

 

Le blé n'est pas ivoirien, il est européen, américain…A quoi devons-nous nous attendre avec la nouvelle hausse annoncée de ce produit ?

Pour nous-mêmes, il est assez difficile parce qu'aujourd'hui, si nous étions une bonne organisation, nous devrions avoir la possibilité d'anticiper une année avant par rapport à l'augmentation prochaine du prix. Malheureusement, c'est maintenant que nous sommes en train de mettre en place l'organisation. Il est encore difficile de dire quelque chose. Le blé est utilisé en biocarburant et donc, il faut s'attendre à une augmentation de son prix à la tonne dans le monde entier et que ce que cela puisse ici influencer négativement le prix à la consommation. Pour nous, le prix du blé ne nous garantit pas le prix du pain à 150f à la longue. C'est pourquoi nous demandons à l'Etat de nous aider parce qu'une bonne organisation permettrait de mettre en place une bonne structure pour anticiper et voir effectivement quelles sont les dispositions à prendre pour maintenir le prix du pain relativement adapté au pouvoir d'achat des Ivoiriens.

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Published by tressia - dans Politique
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