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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 22:19
Venance-Konan.JPGVenance Konan, journaliste écrivain

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Vous avez fait récemment l'objet d'une convocation à la police criminelle, a-t-on appris. Malgré cette convocation, vous êtes rentré au pays, puisque vous étiez en mission hors du pays. Depuis lors, qu'est-ce que vous devenez et que devient cette convocation ?

D'abord, c'est à travers votre journal que j'ai appris l'existence de cette convocation. On en a parlé à l'époque, j'étais en Guinée Bissau. Je suis revenu et je n'ai pas vu cette convocation. On m'a dit qu'elle avait été déposée à "Fraternité-Matin", mais je ne l'ai pas vue. Je ne vis pas caché. Je vis ma vie normalement. Je n'ai pas reçu de convocation. Le jour où je la recevrai, j'y répondrai. Mais n'habitant pas et ne travaillant pas à "Fraternité-Matin", je ne me sens pas concerné par ce qui est là-bas.

 

Depuis lors, comment vit Venance Konan ? Apparaît-il au grand jour ?

Je ne me cache pas du tout. Je vis ma vie de tous les jours. J'ai voyagé après cette histoire, je suis allé au Bénin. Mais je ne me suis pas caché. Du Bénin, j'ai fait un papier dans lequel j'ai précisé que j'étais au Bénin. Je suis revenu par l'aéroport. Il n'y a pas longtemps, j'étais à la cérémonie de lancement de "Frat-Mat" Editions, qui édite mon dernier livre. C'était une cérémonie publique. Je fréquente les mêmes endroits qu'avant, les mêmes personnes.

 

D'aucuns disent que cette convocation vous a refroidi puisque depuis lors vous avez temporisé dans les écrits.

Je ne sais pas comment les gens apprécient cela. Mais, quand j'étais en Guinée Bissau, je vous ai envoyé un papier que vous avez publié. Au Sénégal, je vous en ai envoyé un. Il se trouve qu'en ce moment, je suis très handicapé parce qu'on m'a volé mon ordinateur. Maintenant, on est devenu tellement esclave des machines que quand on ne les a pas, on est désemparé. En attendant que je m'en trouve un autre, je suis assez handicapé. Si les gens pensent que j'ai baissé les bras, je suis désolé, mais ce n'est pas ça. Mais ce n'est pas tout le temps aussi qu'il faut écrire. Je n'ai pas une obsession pour dire que chaque jour, il faut que je dise quelque chose à M. Gbagbo ou à M. Affi N'guessan. Non. C'est en fonction de l'actualité, en fonction des actes qu'ils posent que je réagis ou non. Donc, même si mon ordinateur était là, peut-être que je n'aurais rien à écrire parce que je n'avais rien à dire. Mais, dire qu'à cause de cette convocation, j'ai baissé les bras, si c'est ce que certains croient, ils se trompent.

 

 

Ne pensez-vous pas que cette affaire de convocation a été un gros bluff ?

C'est possible. Mais ce qui est sûr, c'est que la convocation existe. Je ne l'ai pas vue, mais il y a des gens qui l'ont vue. "Fraternité-Matin" a publié des extraits de cette convocation donc, elle existe effectivement. Il se trouve que la convocation a été lancée sans qu'ils sachent que je partais à l'extérieur. C'est à l'extérieur que j'ai su. Donc, si j'avais été là, j'aurais sans doute répondu. En tout cas, si elle m'avait été adressée en bonne et due forme. Je pense que le bruit qui a été fait par la presse et beaucoup de personnes anonymes, a contribué à refréner les ardeurs de ceux qui tenaient absolument à me faire du mal.

 

Ainsi que cet accueil chaleureux à l'aéroport ?

Il y a eu tout cela. Je profite encore de l'occasion pour remercier tous ceux qui se sont mobilisés, à commencer par votre journal. D'autres journaux, les écrivains, beaucoup d'amis… toutes ces personnes. Je veux profiter de l'occasion pour les remercier.

 

 

Une convocation déposée à "Fraternité-Matin" contre Venance Konan, et après il y a un silence. Ne craignez-vous pas pour votre vie ?

Tout est possible. Comme je ne sais pas ce qui était derrière cette convocation, je ne peux rien dire. Mais, je ne vais pas me terrer non plus. Que je perde la vie, c'est possible. On a vu des gens la perdre ici. On a vu Jean Hélène qui a été abattu. Kieffer a disparu et les escadrons de la mort ont tué beaucoup de personnes. C'est quelque chose qu'on ne peut pas exclure. Cela dit, je ne vais pas vivre reclus tout le reste de ma vie à cause de cela. C'est vrai que je fais attention. Il y a un certain nombre d'endroits que je fréquente de moins en moins. Mais, je tente de mener une vie normale.

 

Au cours de cette crise, les Ivoiriens ont découvert en vous quelqu'un de révolté, un homme déterminé à en découdre avec tout un régime, tout un système mis en place par M. Laurent Gbagbo. Pourquoi cet acharnement ?

D'abord, il n'y a pas d'acharnement. Le pourquoi, c'est que je suis témoin et victime d'un régime dictatorial. Quand on est victime d'un régime dictatorial, soit on subit, soit on combat. Moi, je ne veux pas subir. Mon fils a seize ans et ma fille en a huit. En tant que père, mon souci, c'est leur avenir. Quel avenir M. Gbagbo leur réserve ? Aucun ! Regardez l'école. Elle est sinistrée. Les enfants s'entassent par centaine. Je sais qu'au lycée de Daoukro, ils sont plus de 100 en classe de seconde. On m'a dit qu'à Yopougon, c'est pareil. Vous voyez l'état dans lequel se trouve l'université ? J'ai mon petit frère qui est avec moi, il a une maîtrise et deux DSS, mais il n'a pas de travail. Alors, comment voulez-vous qu'on accepte une telle situation ? Même M. Gbagbo Laurent, lorsqu'il était dans l'opposition, il n'acceptait pas beaucoup de choses. Pourquoi voulez-vous qu'il fasse cela et que nous l'acceptions ? On l'a vu marcher dans ce pays contre Houphouët-Boigny, contre M. Bédié. Parce qu'il n'acceptait pas ceci ou cela. Moi, je parlerai. Quand les hôpitaux sont vides, qu'ils sont devenus des mouroirs, lorsque depuis 7 ans, on n'a pas construit un seul kilomètre de route, on n'a pas construit une seule école, on n'a pas construit un seul centre de santé, et qu'on veut se proclamer démocrate, lorsqu'on a, pour le moins " sponsorisé " les escadrons de la mort et les escadrons de la FESCI qui n'hésitent pas à tuer leurs camarades, je suis désolé, notre devoir en tant que citoyen, c'est de nous battre.

 

Vous avez dit "sponsoriser" les escadrons de la mort " ?

Je mets cela entre griffes. En tout cas, il a été accusé d'être derrière les escadrons de la mort. Donc, je retire le mot "sponsoriser". Je ne peux pas le prouver, mais il a été accusé de cela. Ce qui est sûr, c'est que sous son régime, on a vu les escadrons de la mort qui ont tué des gens et n'on a pas vu de sanction. Ça, c'est une réalité.

 

Tout ce que vous évoquez peut être mis sur le compte de la guerre

C'est l'argument qu'ils utilisent. Mais, je ne vois pas en quoi la guerre autorise la FESCI à aller tuer des étudiants. Je ne vois pas en quoi la guerre autorise le pouvoir à semer les policiers tous les kilomètres pour racketter les gens. Je ne voix pas en quoi cette guerre autorise quelqu'un à détourner 100 milliards des planteurs de cacao. C'est un argument facile qu'on veut utiliser. Je suis désolé. Mais moi, je refuse cet argument. Je me dis que quand il y a une situation pareille, là où la légalité doit s'exercer, c'est là où se trouve le gouvernement légal. Que les rebelles pillent, à la limite, on dirait, c'est normal, c'est des rebelles. Mais, qu'on fasse la même chose ici, on ne peut pas l'accepter. Le pouvoir légal ne peut pas se transformer en bandit. Or, on a vu ici beaucoup d'argent qui a disparu des caisses de l'Etat. On peut citer. Il y a eu les 100 milliards de café-cacao de Fulton. Il y a eu l'argent de la Coopération Belge. Il y a eu cette histoire de faux billets dans laquelle un proche du chef de l'Etat était impliqué. Une histoire de voitures volées en France et qui se retrouvent à la Présidence. Il y a un certain nombre de scandales, comme cela, que rien ne peut justifier. On ne peut pas nous dire non plus que c'est à cause de la guerre qu'il n'y a pas d'argent. Je suis désolé. Quand on va construire des palais dans son village, des palais à Yamoussoukro de la plus totale inutilité, on ne peut pas nous dire après qu'il n'y a pas d'argent.


A vous entendre parler, la Côte d'Ivoire est aux mains de deux rébellions…

On pourrait le dire. Puisque le pouvoir légal se comporte pire que les rebelles. Il y a eu des moments où on était plus en sécurité à Bouaké qu'à Abidjan. Parce qu'on a vu les escadrons de la mort ici et ce n'est pas une vue de l'esprit. On a vu les 25, 26 et 27 mars 2004, des bandes parallèles tuer plusieurs centaines de personnes ici. En tout cas, l'ONU a compté plus de 120 morts, mais beaucoup d'autres personnes disent qu'il y en a eu plus de 300 ou même 500 morts. On n'a jamais accusé Mugabé d'avoir tué autant. On a vu des marches interdites. On a vu des étudiants de la FESCI s'entretuer. On a vu Jean Hélène tué. Et puis, on voit les pillages. Quand on parle de la rébellion, c'est vrai il y a des atteintes aux droits de l'homme, mais il y a aussi l'économie qui est pillée. Au nord là-bas, les gens pillent l'économie. Mais, quand on détourne 100 milliards de la filière cacao, c'est aussi un pillage qui est effectué par des gens proches du pouvoir.

 

Pensez-vous que Laurent Gbagbo est un dictateur dans l'âme ? N'est-ce pas un dictateur malgré lui ?

Malgré lui ou dans son âme, je n'en sais rien. Mais le fait est que c'est un dictateur. Un homme qui fait tirer sur son propre peuple ! Qui saccage l'école et qui préfère construire des agoras à la place d'amphithéâtres à l'université ou des salles de classe ! Un homme qui bafoue les droits les plus élémentaires de l'homme ! Un homme qui couvre les crimes, les plus odieux tels que ceux de la FESCI, les détournements massifs d'argent, qui couvre des gens qui viennent déverser des déchets toxiques sur son pays, pour moi c'est un dictateur. Est-il un dictateur dans l'âme, l'est-il devenu ? Peu importe ! Le résultat, pour moi, est qu'il est aujourd'hui un dictateur.

 

 

 

A vous entendre parler, on a l'impression que c'est maintenant que la Côte d'Ivoire découvre tout cela. Est-ce que par le passé, les régimes, que vous avez soutenus, n'étaient pas aussi comme celui-ci ?

L'histoire d'Houphouët-Boigny a été écrite par plusieurs personnes. On a parlé du problème des Guébié. J'ai un livre qui a été écrit par M. Joseph Gadji qui est lui-même un Guébié. Il a dénombré 74 morts dans l'affaire du Guébié. Y compris les gens tués par Kragbé Gnangbé et ses sbires. Je crois que 74 personnes, c'est trop. Mais, c'est tout ce qu'on peut mettre sous le compte d'Houphouët. Parce qu'il y a eu une rébellion. Gbagbo Laurent lui-même l'a dit lors du forum de la réconciliation. Il a dit. "A la place que j'occupe aujourd'hui, je sais aujourd'hui qu'Houphouët n'a pas envoyé les gens pour tuer dans le Guébié. Mais, lorsque vous envoyez les gens pour rétablir l'ordre, ne serait-ce que parce qu'ils ont peur, ils peuvent commettre des exactions. " Le Président Gbagbo l'a dit. Donc, on ne peut pas accuser Houphouët-Boigny d'avoir commis des crimes. On ne peut pas accuser M. Bédié d'avoir commis des crimes. Je ne sais pas quel crime on peut lui imputer. On a parlé de détournements, on a parlé de mauvaise gestion, on peut l'accuser de beaucoup de choses, mais je ne me souviens pas qu'on ait imputé un seul crime à M. Bédié. M. Gbagbo, on peut l'accuser non seulement de gabegie, de détournements de fonds, mais les crimes de sang, il y en a beaucoup depuis qu'il est au pouvoir. Donc pour moi, c'est lui le dictateur. Il y a eu Guéi. On peut dire qu'il était dictateur aussi, parce que sous son règne, il y a eu beaucoup de sang qui a coulé dans ce pays. On a cru qu'avec l'avènement d'un pouvoir civil, ces exactions allaient prendre fin, mais hélas. On ne savait pas que le pire était devant nous.

 

Selon vous, qu'est-ce qui explique cette mue très dangereuse de Laurent Gbagbo ?

Vous m'avez posé la question tout à l'heure de savoir s'il est un dictateur dans l'âme ou s'il l'est devenu. J'ai bien peur, en analysant ces choses-là, de devoir dire qu'il est un dictateur dans l'âme. Parce que même quand on est forcé par certaines situations, il y a des choses qu'on ne peut pas faire. Si tu n'es pas un dictateur, un tueur, il y a des choses que tu ne feras jamais. D'autant plus qu'on a le pouvoir légal, celui d'arrêter, et d'emprisonner les gens qui commettent des crimes et de les traduire devant la justice. C'est ça être président. Si quelqu'un se conduit mal, ton rôle, c'est de l'arrêter et de faire appliquer la loi. Mais, on a vu des crimes qui n'ont pas été poursuivis ici. On oublie trop souvent que le premier rôle du chef de l'Etat, c'est de faire appliquer la loi. Et je vous fais remarquer que la peine de mort est interdite par notre Constitution. Donc, rien ne peut justifier que l'on tue des gens dans ce pays et qu'il n'y ait pas poursuite.

 

Justement des crimes qui sont arrivés après le déclenchement du conflit

Peut-être que le déclenchement du conflit a montré la vraie nature de nos chefs. Mais avant septembre 2002, n'oubliez pas ce qu'on a appelé le complot de la cabine téléphonique où on a arrêté M. Béchio parce qu'il aurait dit une phrase dans la rue. C'est sous une dictature qu'on peut voir des choses pareilles. Il y a M. Ibrahim Kéïta qui était le président de Comstar. Si vous vous souvenez, il y a des gens qui ont sauté sa clôture, qui ont tué ses chiens pour l'arrêter. C'est sous une dictature qu'on voit des choses pareilles. N'oubliez pas non plus qu'au moment des élections législatives en 2000, il y a eu des morts. Il y a eu des femmes qui ont été violées à l'école de police. M. Gbagbo venait d'arriver fraîchement au pouvoir. Qu'est-ce que sa femme a dit ? Elle a dit : qu'est-ce que ces femmes faisaient-là ? Quand des femmes sont violées et qu'une autre femme répond comme ça, on perçoit la nature de la personne qui dit de tels mots. Et on n'a pas vu le pouvoir légal condamner ceux qui ont commis ces viols. C'est grave. Ce n'est pas la guerre qui a poussé M. Gbagbo à devenir ce qu'il est. Mais visiblement, il l'était et la guerre a accéléré les choses.

 

Il y a le professeur Mamadou Koulibaly, président de l'Assemblée nationale, qui a dénoncé un certain nombre de travers dans une contribution parue dans "Fraternité-Matin". Dans une réaction à ce commentaire, vous avez été très dur à son endroit

D'abord, je dis que c'est tant mieux que M. Koulibaly reconnaisse ce que nous dénonçons depuis longtemps. Parce que nous avons dit depuis longtemps que ce pouvoir était prédateur et assassin. Si M. Koulibaly, qui est membre de ce pouvoir, le reconnaît, c'est tant mieux. Mais, je disais que M. Koulibaly est mal placé pour donner des leçons parce qu'il est numéro deux de ce pouvoir. Donc, il ne peut pas se dédouaner. Il est responsable à 100%. Il a joué un rôle très néfaste dans la solution de cette crise. Et je pense que s'il n'avait pas pris un certain nombre de positions, on serait sorti de cette crise depuis longtemps. Je dirais à sa décharge que beaucoup de gens disent qu'il est intègre, mais malheureusement, c'est un homme intègre au milieu des gens qui le sont moins. Il est numéro deux de ce pouvoir, il ne peut pas dire qu'il n'est pas concerné. A moins qu'il ne démissionne. En ce moment, on prendra acte.

 

Aujourd'hui, on entend de moins en moins Mamadou Koulibaly. Il y a un véritable débat qui se fait autour de sa personne. Pensez-vous qu'il est en train de prendre ses distances vis-à-vis du régime ?

Bon, je ne peux rien dire, parce que je n'ai pas d'information. J'ai lu dans la presse comme vous. Je ne suis pas un proche de M. Koulibaly, je ne peux pas vous dire où il est. J'ai lu dans un journal qu'il est en Côte d'Ivoire, après avoir lu quelques jours plutôt qu'il était aux Etats-Unis, tantôt au Ghana. Donc, je ne sais pas grande chose. Mais, j'estime quand même que les Ivoiriens ont le droit de savoir. C'est quand même le président de notre Assemblée nationale ! Il y a beaucoup de rumeurs sur son compte, il serait bien qu'on éclaire les Ivoiriens.

 

Avec Mamadou Kouliably, on dit que vous auriez de vieux comptes à régler parce qu'il vous aurait contraint à partir de l'Assemblée nationale où vous étiez employé quand le FPI arrivait au pouvoir

Vous parlez de comptes à régler, c'est trop dire. C'est vrai que quand M. Koulibaly est arrivé à l'Assemblée nationale où j'étais le chef du service communication, il a supprimé mon poste. Il m'a mis dans une situation très bizarre. Je crois qu'il voulait me vider, mais il s'y est mal pris. Quand il est arrivé, l'une de ses premières décisions, c'est qu'il a supprimé le service communication. J'ai encore la lettre en ma possession. J'ai demandé, " Vous avez supprimé le service communication, qu'est-ce que je deviens ? On m'affecte ailleurs ou on me vire ? " Il n'y a pas eu de réponse jusqu'à ce que moi-même je décide de partir. J'étais là, je ne faisais rien, mais j'étais payé. Je suis resté deux ans et au bout de deux ans, j'ai dit, ça va. J'ai transmis des messages à certains de ses proches. Je leur ai dit de lui dire que je comprends très bien, que je sais que ne suis pas de son bord et que les gens de son bord veulent cette place. Mais ce que je demandais était qu'on me paye mes droits pour que je m'en aille. Finalement, c'est lorsque Honorat De Yedagne m'a demandé de revenir à "Fraternité-Matin" qu'on m'a payé mes droits. Il n'y a pas de contentieux en tant que tel.

 

C'est vous-même qui avez parlé d'incompatibilité de bord. Finalement, votre bord politique, c'est lequel ?

Je ne suis pas membre d'un parti. J'ai été très proche du PDCI, je ne le cacherai pas. J'ai soutenu M. Bédié, mais je ne suis pas membre du PDCI.

 

Vous épousez toujours les idéologies du PDCI ?

J'ai des réserves sur beaucoup de positions de M. Bédié. Je ne vous le cache pas. Je l'ai critiqué dans beaucoup de papiers que j'ai écrits. Donc, je ne suis pas membre du PDCI, tout en reconnaissant que ma sensibilité est assez proche de celle du PDCI. Mais, je préfère garder mon indépendance. Je me réserve le droit de pouvoir dire à M. Bédié ce que je pense de lui. Et, je ne vous le cache pas, la façon dont il mène son combat politique actuel me laisse perplexe.

 

Allez-vous le voter aux prochaines élections présidentielles ?

Je n'en sais rien. Laissez-nous entendre ce que M. Bédié a à nous proposer. Laissez-nous entendre ce que les autres candidats ont à nous proposer. Et rien ne dit que je ne serai pas candidat moi-même.

 

On a déjà entendu que des gens seraient prêts à vous proposer comme candidat à l'élection présidentielle ?

(Rires. ) J'ai dit ça juste pour rigoler.

 

Il y a l'accord complémentaire de Ouaga qui a été signé et qui prévoit les élections en juin 2008. Qu'en pensez-vous ?

Je ne vois pas ce qui diffère du premier accord. Quand Ouaga a été signé, j'ai dit que j'étais sceptique, et je reste toujours sceptique. Et le fait qu'on ait signé un accord complémentaire montre très bien que j'avais raison d'être sceptique. Parce que si on s'en tient à cet accord dont on disait tout le bien, les élections auraient dû avoir lieu depuis octobre ou novembre. Le désarmement dont on annonce le début pour le 22 décembre aurait dû avoir lieu depuis huit mois. Donc, voilà autant de choses qui me rendent sceptique. Je ne crois pas du tout en la volonté de MM. Gbagbo et Soro Guillaume d'organiser des élections claires et transparentes actuellement en Côte d'Ivoire.

 

 

 

Procès d'intention

C'est mon sentiment. Mon sentiment est que M. Gbagbo n'organisera des élections que lorsqu'il sera sûr de les gagner à 100%. Tant qu'il n'a pas cette certitude, il ne le fera pas. C'est M. Stoudman qui avait dit que c'est vital pour M. Gbagbo de gagner les élections. Le problème de M. Gbagbo n'est pas d'organiser les élections, mais de les gagner. C'est vital pour lui. Il sait qu'il y a le tribunal pénal international qui le guette. Et puis, par rapport à la façon dont il est arrivé au pouvoir, il sait très bien que dans des élections très transparentes, ce n'est pas évident qu'il gagne.  Surtout avec ce qu'il a comme bilan. Si on veut faire le bilan des sept ans de M. Gbagbo, qu'est-ce qu'on peut montrer ? Il y a eu la guerre. Ils ont beau se défendre, je suis désolé. Quand on est président d'un pays, l'une des premières responsabilités qu'on a, c'est la sécurité de ce pays. Si tu n'as pas réussi à assurer la sécurité de ce pays, c'est que tu as échoué. Souvenez-vous, il y a eu une première attaque qui a eu lieu dans la nuit du 7 au 8 janvier 2001, le fameux complot de la Mercedes noire. A la limite, si cette attaque s'était transformée en rébellion, on aurait pu dire : il vient à peine d'arriver. Mais curieusement, il a pu repousser cette attaque qui est venue trois mois après son accession au pouvoir. Mais il n'a pas été capable de repousser celle qui est venue deux ans après. Où il avait pris l'exacte mesure de sa mission et les dispositions pour assurer la sécurité. Souvenez-vous, c'est le chef de l'Etat lui-même qui a dit que celui qui s'amusera avec la Côte d'Ivoire recevra une pluie de feu sur la tête. Souvenez-vous, il avait dit , toujours à la même télévision, qu'il avait créé deux bataillons pour sécuriser le nord. Lorsqu'on a eu à subir une attaque venant du nord, qu'on a eu deux ans de pouvoir, avec le budget de l'Etat, le fonds de souveraineté et tout le reste, s'il n'a pas pu assurer la sécurité de la Côte d'IVoire, c'est qu'il est incompétent. Donc, qu'il ne nous dise pas : j'aurai bien voulu faire ça, mais c'est à cause de la guerre. I'm sorry. La guerre est de sa responsabilité.

 

Pensez-vous qu'il a trahi les Ivoiriens qui ont mis leur confiance en lui ?

Il a trahi les Ivoiriens, mais aussi il a trahi la Constitution parce que la Constitution dit qu'il est le garant de l'intégrité territoriale. C'est qu'il a trahi la Côte d'Ivoire, tout naturellement. C'est ça son premier échec. Maintenant, sur le plan économique, quand on voit la situation 7 ans après, on n'a jamais atteint un tel niveau de chômage. C'est l'Etat seul qui embauche. Parce qu'on s'est attaqué à toutes les entreprises françaises qui étaient les plus nombreuses. On a détruit le tissu économique. On a détruit la confiance qui aurait pu faire venir des investisseurs étrangers. Puisque les refondateurs ne sont pas capables d'investir dans quoi que ce soit, si ce n'est construire de grandes maisons pas belles et acheter de grosses voitures. On sait très bien qu'aujourd'hui tous les concours administratifs sont pourris. Il faut avoir de l'argent et il faut payer pour y aller. Troisième échec. On a pourri la société ivoirienne. L'école est pourrie, l'administration est pourrie et, c'est dans cinq ans ou peut-être beaucoup plus tôt qu'on ne le croit, qu'on va connaître les conséquences. Quand l'administration est incompétente et corrompue, quand pour passer le CEPE, il faut payer, honnêtement, on est dans quel Etat ? Tout cela ne peut que nous envoyer des déchets toxiques. Donc, le bilan global de M. Gbagbo est négatif. Toutes les infrastructures laissées par ces prédécesseurs sont tombées en ruine. Regardez Yamoussoukro ! Au lieu de réparer ce que Houphouët-Boigny a laissé, les grandes écoles par exemple, il laisse tout ça pour aller construire des palais. Il se comporte comme tous les petits rois nègres. Qui pensent que c'est en construisant des palais qu'ils vont laisser leur nom dans l'Histoire. Je suis désolé pour ce monsieur, mais il a raté son entrée dans l'Histoire. Donc, quand il voit ce bilan, il sait lui-même qu'il ne peut pas être élu dans des élections transparentes. Je ne parle même pas des droits de l'homme, ce qui est encore plus grave. On n'a jamais assisté à autant de violations des droits les plus élémentaires que sous ce régime. Que vaut une vie humaine aujourd'hui sous la refondation ?

 

Vous avez dit que M. Gbagbo n'organisera d'élections que quand il sera convaincu de les gagner. Pensez-vous que le Premier ministre Soro Guillaume va se faire complice de cette volonté ?

Ce qu'on observe aujourd'hui, c'est que si ce n'est pas une complicité, ça y ressemble fort. Quand je vois M. Soro Guillaume organiser la visite du chef de l'Etat dans le nord, et comment il tergiverse pour faire avancer les choses, quand je vois tout cela, j'ai du mal à ne pas croire qu'il y a un accord secret, un deal, comme les gens le disent, entre ces deux. L'intérêt pour M. Soro Guillaume, c'est quoi ? Aujourd'hui, s'il y a des élections, quel que soit le résultat, c'est fini pour lui. Qui va le garder comme Premier ministre ? Entre nous, Bédié, Gbagbo, Ouattara ? Gbagbo l'a nommé Premier ministre pour qu'il l'aide à reconquérir son pouvoir et à le maintenir. Et puis, quand vous regardez quelqu'un comme Konaté Sidiki, vous pensez qu'il ressemble à quelqu'un qu'on peut garder dans un gouvernement ?

 

Et pourquoi pas ?

Il est totalement incompétent. Il ne faut pas déconner ! Un président sérieux ne peut pas mettre ces gens dans son gouvernement. Soro Guillaume est totalement incompétent comme Premier ministre. Vous n'avez qu'à discuter avec les partenaires étrangers pour comprendre qu'ils sont incompétents. Donc, M. Soro Guillaume a intérêt à faire durer la chose. On connaît son budget de souveraineté. C'est entre 14 et 15 milliards. C'est Mamadou Koulibaly qui l'a donné. Ça lui donne le temps d'engranger de l'argent et il espère faire oublier son passé de chef-rebelle qui a orchestré le pillage des banques dans la zone qu'il contrôle.. Parce qu'il croit qu'il a un avenir présidentiel plus tard. Donc, voilà son intérêt à lui de retarder au maximum les élections.

Vous pensez que Soro est dans un processus pour soigner son image ?

C'est ce que je crois

 

Quand on parle d'enrichissement du régime FPI et des proches de Laurent Gbagbo, on cite beaucoup de personnes dont son épouse, ses enfants, Blé Goudé. Que pouvez-vous dire de ce régime ?

Je ne peux pas citer des gens nommément parce que je n'ai pas de preuve. On voit des choses, on entend des choses, mais je ne peux pas dire que telle personne s'est enrichie. Je n'ai pas d'éléments. Par contre, je vois beaucoup de maisons qui se construisent. Quand il m'arrive d'aller en Europe, je vois beaucoup de gens dans les avions. Je vois des enfants des gens, je vois des maisons des gens là-bas. C'est vrai que tout le monde sait que ce régime s'est enrichi de façon indue et éhontée. Et c'est d'autant plus choquant que c'est ceux-là qui donnaient des leçons aux autres. Ils se faisaient passer pour une proche de moralité au temps d'Houphouët-Boigny et de Bédié. Mais aujourd'hui, on voit, l'histoire des déchets toxiques a rapporté 100 milliards à la Côte d'Ivoire. On a donné moins d'un milliard aux victimes. Si mes souvenirs sont exacts. Et puis, on a parlé de construction d'un centre de traitement des déchets et des ordures. Où est-il ? Mais où est passé cet argent ? On a parlé de 100 milliards qui ont disparu dans la filière café-cacao. Où est passé cet argent ? Voilà les enrichissements dont on peut parler. On voit les faux billets,  les voitures et les maisons que les uns et les autres ont. Ce régime, je suis désolé, est un régime de prédateurs, un régime de voleurs. Et ils ont montré que plutôt que de développer la Côte d'Ivoire, ils avaient juste envie d'être à la place des autres. Ils les enviaient. Ils estimaient qu'ils avaient l'argent et, pourquoi eux, n'en avaient pas. Ils sont arrivés au pouvoir. Leur premier souci a été l'enrichissement au détriment de la Côte d'Ivoire. Ils ont montré au cours de ces sept années que le développement de la Côte d'ivoire était le cadet de leurs soucis. Sinon, ils ne laisseraient pas le pays dans cet état. La Côte d'Ivoire a les moyens de se construire, ne serait-ce qu'une deuxième université à Abidjan, ou à Daloa ou à Abengourou. Même s'il l'avait construite à Mama, qui s'en serait plaint ? Mais, même un amphithéâtre, ce n'est  pas le cadet de leurs soucis. Allez visiter les hôpitaux. Aujourd'hui, si tu es malade que tu n'as pas d'assurance, tu risques d'aller chez les tradi-praticiens ou chez les pasteurs escrocs.

 

Avez-vous peur que les Ivoiriens accordent à nouveau leur suffrage à Laurent Gbagbo ?

Mais, il y a de quoi à avoir peur ! L'avenir d'un pays, ça dépend de la formation des jeunes. Quand on prend les pays asiatiques qu'on appelle aujourd'hui les "Dragons d'Asie", leur développement est parti de quoi ? De la formation des gens. Quand ils fabriquent des voitures, des avions, des bateaux, c'est parce qu'ils ont appris dans les écoles comment le faire. Mais, si on ne forme plus personne, comment voyez-vous l'avenir de la Côte d'Ivoire ? On ne peut qu'avoir peur. Et il ne faut pas se voiler la face, la Côte d'ivoire est en train d'être foutue. Et cinq ans encore pour M. Gbagbo, la Côte d'Ivoire est totalement foutue. Soyons réalistes. Il n'y a plus d'école. L'administration est totalement gangrenée. On ne crée plus d'emplois, la population augmente, on a enseigné aux enfants la tricherie, la violence, on a semé l'impunité, les armes circulent librement. Vous vous attendez à quoi ? La police, la justice, on les voit. Ce qui nous attend, c'est de devenir un  pays comme la Centrafrique, la RDC et rien d'autre. Il ne faut pas se faire d'illusion. Et si les Ivoiriens commettent l'erreur de donner le pouvoir à M. Gbagbo encore cinq ans, il ne reste restera plus que leurs yeux pour pleurer. M. Gbagbo a largement démontré son incompétence. Quand Koulibaly pousse son coup de gueule pour que M. Gbagbo réagisse et qu'il ne réagit pas. Lorsqu'il dit, votre entourage est en train de vous plomber et qu'il ne réagit pas. Que voulez-vous qu'il fasse s'il est réélu ? Ce sera la même chose. Il va d'abord se venger, éliminer tous ceux qui, comme nous, le critiquent et puis remettre en place son système. Qui, il l'a démontré, n'a rien à avoir avec le bien-être des Ivoiriens.

 

 

 

M. Venance Konan, l'accord de Ouagadougou, signé le 4 mars dernier, a remis le président Burkinabé Blaise Compaoré au cœur de la crise ivoirienne. On a vu, quelques mois après, le Président Laurent Gbagbo supprimer la carte de séjour pour les Burkinabés. Quel commentaire faites-vous ?

Aujourd'hui, il ne faut pas qu'on se leurre. Celui qui dirige la Côte d'Ivoire, c'est Blaise Compaoré. Vous parlez de la carte de séjour. Mais avant cela, quand ils ont signé cet accord, les gens, qui avaient été expulsés à Tabou en 1999, sont revenus. Je n'ai rien contre cela, j'ai protesté contre leur expulsion. Mais quand tu fais le lien, tu comprends que c'est l'un des non-dits de cet accord. Aujourd'hui, la carte de séjour est supprimée, tout le monde comprend très bien que c'est une décision de M. Compaoré. Et on le voit, pour prendre n'importe quelle décision, on va à Ouagadougou. Quand il y a eu un petit blocage, le chef de l'Etat et le Premier ministre se sont rendus à Ouagadougou pour prendre les ordres. Donc, notre gouvernement est aux ordres de M. Blaise Compaoré qui est devenu le véritable patron de la Côte d'Ivoire. Désormais plus rien ne se fera dans ce pays sans l'accord de M. Compaoré. C'est une belle revanche que le Burkina est en train de prendre sur la Côte d'ivoire quand on connaît le contentieux historique entre les deux peuples. Et c'est cela, la libération de la Côte d'Ivoire, la nouvelle indépendance de la Côte d'Ivoire selon le Woody de Mama.

 

Quel regard portez-vous sur l'attitude observée par l'opposition en Côte d'Ivoire ?

Je dirais qu'autant M. Gbagbo porte la très grande responsabilité dans la faillite de la Côte d'Ivoire, autant l'opposition, composée de M. Bédié et de M. Ouattara, est co-auteur de cette faillite. Voici deux hommes qui ont eu à diriger ce pays au plus haut niveau. Et, les voici qui ne sont même pas capables de se pencher sur le problème des Ivoiriens. Ce qui les intéresse, c'est leur destin personnel. M. Bédié veut revenir au pouvoir. Il en a été chassé, il veut prendre sa revanche. M. Ouattara a été à deux doigts du pouvoir, il veut l'avoir pour sa revanche personnelle. Et puis, c'est tout.

 

Qu'est-ce qui vous dit que c'est une question de revanche personnelle ?

Parce que je ne les ai jamais entendu parler des problèmes des Ivoiriens. On parle de l'école qui est sinistrée, avez-vous entendu M. Bédié ou M. Ouattara en parler ? Et pourtant, c'est une question qui hypothèque tout l'avenir de ce pays. On parle des hôpitaux qui sont des mouroirs, vous les avez entendu parler de cela ? On parle de détournements massifs d'argent, vous les entendez parler de cela ? On a parlé des déchets toxiques, vous les avez entendu parler de cela ? Vous les entendez parler des violations massives des droits de l'homme ?

 

Au cours de leur meeting, ils dénoncent cela. Comment voulez-vous qu'ils en parlent pour que ça ressemble à une opposition ?

D'abord, les déchets toxiques, ils en ont parlé seulement quand Gbagbo a remis en place les trois dirigeants de la douane, du port et du district que M. Banny avait enlevés. C'est lorsque M. Gbagbo les a maintenus en poste que l'opposition a appelé à manifester. Sans doute parce qu'elle guettait ces postes qu'on dit juteux. Sinon, quand il y a eu les déchets toxiques, j'étais en Côte d'Ivoire et je n'ai pas entendu une seule protestation. En mars 2004, lorsqu'on a tué les membres de l'opposition, est-ce que vous avez entendu les membres de cette opposition se saisir de cette affaire pour que le monde entier reconnaisse que M. Gbagbo est un assassin ? Vous allez voir le 25 mars, ce que l'opposition va faire pour ces morts. En mars dernier, qu'est-ce qui s'est passé ? Rien, on les a oubliés. Voilà une opposition, on tue ses militants, elle a la possibilité de démontrer à la face du monde que ce pouvoir est assassin et silence radio. On fait quelques meetings sporadiques et on dit qu'on se bat. Voici "Fraternité-Matin" et la Télévision qui sont dans l'illégalité totale depuis un an. Avez-vous entendu l'opposition en parler ? Si c'est en faisant des meetings sporadiques que M. Bédié et M. Ouattara pensent qu'ils vont revenir au pouvoir, j'ai bien peur pour eux qu'ils ne reviennent plus jamais au pouvoir. Parce que ce n'est pas ça qui va inquiéter M. Gbagbo. Voilà deux ans que M. Gbagbo est dans l'illégalité. Son mandat est fini depuis 2005 et puis il mène tout le monde par le bout du nez. Il s'est reconduit en 2006, 2007 et 2008. Que fait l'opposition ? Elle attend tranquillement que M. Gbagbo veuille organiser des élections. Et bien, qu'elle attende! M. Gbagbo sera là pour dix ans encore.

 

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Published by tressia - dans Politique
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