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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 10:37
Les drogués « intoxiquent » de mensonges pendant 35 minutes le tribunal

Le 12/05, s’est tenue, au palais de justice de Yopougon, l’audience correctionnelle des flagrants délits. Dans le box des accusés, se trouvaient 17 prévenus assis et attendant patiemment l’arrivée des juges pour leur jugement. Il est 13 heures 17 minutes, soit plus d’un quart d’heure de retard, quand les magistrats vêtus de leur toge noire et coiffés de leur chapeau de couleur noir et blanc, font leur entrée dans la salle d’audience. Le jugement peut enfin commencer.

Les drogués « intoxiquent » de mensonges pendant 35 minutes le tribunal

Détention illicite de drogue en vue de son usage. C’est la première affaire à être jugée par le juge lors de l’audience. Tohuiry Constant, Koné Vamoussa, Ehouman Jonathan, Ané Koré Guy Raymond et Zadi Loukou Bertrand sont les prévenus à qui le parquet reproche cette infraction. Les faits mis à leur charge ont eu lieu le 30/04 dans la commune de Yopougon. Déferrés au parquet devant le procureur, les prévenus ont tous nié en bloc les faits qui leur sont reprochés.

-Aujourd’hui, demande la présidente, qu’est-ce que vous avez à dire ? Reconnaissez- vous les faits qui vous sont reprochés ?

-Non, répondent-ils en chœur.

-Ce n’est pas une chorale, tempête le juge. Avant de poursuivre : « Expliquez-nous pourquoi vous êtes là alors. »

Koné Vamoussa est le premier à réagir à la sollicitation du magistrat. Sa voix à peine audible, agace la présidente.

-Je n’entends rien de ce que vous dites, avertit-elle. Quand vous me voyez parler (haut et fort), fait-elle remarquer, est-ce que je parle dans le micro ?

-Je suis un ramasseur d’ordures, déclare le prévenu.

-Vous étiez où quand on vous a interpellé ?

-J’étais chez le cordonnier.

-Le cordonnier a-t-il été interpellé lui aussi ?

-Non.

-Pourquoi le cordonnier n’a-t-il pas été interpellé ?

-Il n’était pas là au moment où les policiers sont arrivés.

-Ce n’est pas ce qui s’est passé. Vous avez été pris dans un fumoir en train de consommer de la drogue. Vous nous racontez donc des mensonges.

-J’ai fait un accident, c’est pourquoi, je suis dans cet état (il présente un visage tuméfié).

-Est-ce que moi, j’ai parlé de votre apparence physique ? Au contraire, c’est vous qui évoquez cela. Et vous Zadi Loukou Bertrand ?

-Je suis, explique-t-il, un vendeur ambulant de sandales.

-Ça coûte combien une paire de sandales ?

-Je vends une paire de sandales à 2500 ou 3000 francs CFA.

-Vos chaussures coûtent plus chères que les sandales habituelles?

-Elles sont fabriquées avec du cuir.

-Comment vous avez été interpellé?

-Je suis allé faire des encaissements ce jour-là, quand j’ai vu les gens courir. Comme moi, je ne me reprochais rien, je me suis mis sous un hangar et c’est comme cela que, lorsque les policiers sont arrivés à mon niveau, ils m’ont arrêté.

-Qui est « Bébéto » ?

- Bébéto ?

-Oui !

-C’est le client que je partais voir.

-Ce n’est pas un client. Son activité, c’est un vendeur de drogue.

-Je suis un orphelin. Je ne peux donc pas me mettre dans un environnement malsain.

-A la police, vous avez déclaré que vous connaissez « Bébéto ». Qui est le propriétaire du fumoir ?

-Je ne sais pas.

-Et « Laye », c’est qui ?

-Je ne le connais pas.

-Pourtant à la police, vous avez déclaré l’avoir vu une ou deux fois.

-Je n’ai pas dit cela.

-Monsieur Zadi, vous avez signé le procès-verbal (PV) de votre audition. Mais est-ce qu’on vous a pris avec de la drogue ?

-Je vous le jure, on n’a pas pris de la drogue sur moi.

-Et vous Ehouman Jonathan ?

-Je suis allé acheter des habits au marché de Kouté.

-Vous avez été pris où ?

-A Lem (un quartier de la commune de Yopougon).

-Lem est situé où ?

Planté à la barre, le mis en cause tente maladroitement d’indiquer au juge, la situation géographique de ce quartier. L’indication du lieu achevée, la présidente lui demande :-Comment vous avez été interpellé?

-Les gens courraient ce jour-là et moi, je me suis rendu à eux (aux policiers).

-Ils vous ont fouillé ?

-Oui, ils n’ont rien trouvé sur moi.

-Et pourtant, il est mentionné qu’un gramme de cannabis a été trouvé sur vous.

- Ané Koré et vous ?

-Je suis un couturier. En toute franchise, je sais que les gens vendent de la drogue dans le quartier, mais je n’ai jamais mis les pieds dans ce fumoir. Je suis allé manger ce jour-là dans un restaurant quand des jeunes sont entrés dans le restaurant en courant. Quatre messieurs sont également entrés après eux dans le même restaurant. Ils ont sorti leur carte professionnelle pour les présenter en disant qu’ils sont de la Direction de la police des stupéfiants et des drogues (Dpsd). Ensuite, ils nous ont demandé de nous mettre en rang. J’étais en compagnie d’une camarade à qui, ils ont aussi demandé de se mettre dans le rang. J’ai plaidé pour elle, en leur demandant de la laisser partir car elle n’avait rien fait de mal. Elle a été libérée et c’est comme cela, moi, j’ai été menotté et conduit avec ces jeunes à la Centrale.

-Ces jeunes-là qui sont entrés dans le restaurant sont parmi vous ici ?

-Non. Ils ont été libérés au niveau de Toit Rouge (un autre quartier de la même commune).

Le juge à qui un agent de la police a remis un scellé, se met à déchirer l’enveloppe Kaki contenant les 26 grammes de cannabis saisis en possession des cinq prévenus. Une fois l’enveloppe vidée de son contenu, c’est au tour du cinquième prévenu d’être questionné par le magistrat.

- Tohuiry Constant, et vous ?

-Je suis un footballeur.

-Donc, vous allez nous dire que vous n’avez pas été pris dans le fumoir ?

-C’est la vérité.

-Donc les policiers sont des menteurs ? Racontez-nous comment on vous a arrêté.

-Moi, je suis à Niangon à gauche.

-Donc, vous ne savez pas où se trouve le fumoir ?

-Non.

-Madame le procureur, si vous n’avez pas d’observations à faire, vous pouvez prendre vos réquisitions.

-Les prévenus comparaissent à la barre pour répondre des faits de détention illicite de cannabis en vue de son usage. Vous remarquez que le parquet n’a pas posé de question durant le procès. C’est parce que les faits sont tellement clairs. Après leur interpellation, la police a relâché toutes les personnes qui n’avaient rien à voir avec cette affaire de drogue. Si eux, ils ont été conduits ici, c’est bien parce qu’ils ne sont pas exempts de tout reproche. De la drogue a été découverte en leur possession suite à leur interpellation. Les faits qui leur sont reprochés sont établis. Nous requérons qu’il vous plaise de les déclarer coupables de ces faits-là. En répression, vous les condamnerez chacun à 12 mois de prison et au paiement d’une amende de 200 mille francs CFA.

Un réquisitoire qui semble bien compris par le juge. Car après quelques minutes de concertation entre lui et les juges assesseurs, le verdict du tribunal est tombé au terme de 35 minutes de jugement : 12 mois de prison ferme, le paiement d’une amende de 200 mille francs CFA et la confiscation de la drogue saisie en vue de sa destruction.

Dommage que la vérité des prévenus n’ait pu « droguer » les juges qui sont demeurés lucides.

Noël Konan (in L’Eléphant déchaîné N°252)

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Published by tressia - dans Société
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