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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 11:19
L’Humeur d’Assalé Tiémoko- Les signes d’une sourde colère

Souvenons-nous ! Mohamed Bouazizi était un jeune chômeur tunisien de 26 ans. Las de courir dans tous les sens pour trouver un travail, il avait décidé de survivre en vendant des fruits et des légumes aux passants, au centre du pays. C'était donc un vendeur ambulant. Mais voilà, en Tunisie, sous la dictature de Ben Ali, même pour vendre des fruits en se promenant dans les rues, il faut une autorisation. Et Bouazizi n'en avait pas.

Un matin du 17 décembre 2010 (alors qu'en Côte d'Ivoire les balles sifflaient à Cocody et qu’on s’étripait pour le contrôle de l’argent public), à la suite d'un contrôle, les fruits et légumes de Bouazizi ont été saisis par des policiers. Fort de leur pouvoir et assuré d'une impunité totale, l'un des agents a même giflé le malheureux pour bien lui montrer qui commande.

C'était un fait banal comme on en voit sous nos tropiques depuis des années, avec des policiers qui giflent des chauffeurs de Gbaka ou même leur mette une balle dans la tête.

Après avoir tenté en vain de récupérer ses fruits auprès du Gouverneur de Sidi Bouzid, Mohamed Bouazizi est rentré chez lui, la mort dans l'âme.

Quelques minutes plus tard, devant ce qu'il considérait comme l'injustice, l'humiliation de trop, il est revenu devant la sous-préfecture et a tenté de s'immoler par le feu pour crier son désespoir. Profondément brûlé, il plongera dans un coma profond.

Le même jour, des émeutes éclatent dans la ville, les jeunes se révoltent. Pendant plusieurs jours, la ville est paralysée. Les autorités y envoient des renforts mais la situation est incontrôlable.

Devant cette situation, le 28 décembre, le dictateur Ben Ali se rend au chevet de Bouazizi, toujours dans le coma. Quelques heures plus tard, il reçoit la mère de Bouazizi au palais présidentiel. Devant les caméras, il promet 10 mille euros à cette dernière et même un emploi pour Leila, la sœur de Bouazizi, diplômée BAC+3, au chômage et sans espoir de trouver un emploi digne.

Mais le 4 janvier 2011, le jeune Bouazizi décède. Cinq mille personnes en colère assistent à son enterrement. Sur le chemin du retour, la vue des policiers amplifie la colère des jeunes. De nouvelles émeutes éclatent et s'étendent à d'autres villes. La suite, on la connaît. Après 23 ans de pouvoir sans partage, Ben Ali a été emporté, non pas par un coup d’Etat, mais par une révolte populaire.

Ce mercredi 21 mai 2014, en Côte d'Ivoire, une jeune dame du nom de Nandjara Ouattara a tenté de s'immoler non loin du palais présidentiel où se tenait un conseil des ministres. Tout un symbole ! Elle est en ce moment internée au Centre des Grands Brûlés du CHU de Cocody. Selon des informations de sources médicales que « L’Eléphant » a pu recueillir, "elle est brûlée à 70%, deuxième degré profond".

Selon l'agence APA qui cite une source au Palais présidentiel, cette dame aurait déposé un courrier dans lequel elle évoquait une créance sur la Présidence de la République, créance qui, paraît-il, date de l'époque du régime de Gbagbo. Il a suffi cette mention dans l'article de APA pour que les commentaires des uns et des autres prennent tout de suite une couleur politicienne.

« Pourquoi n'a-t-elle pas posé son acte sous Gbagbo? Elle veut juste créer le buzz » « Pourquoi veut-on que le président Ouattara paye une dette malhonnête du régime Gbagbo ? ». « Elle n'a pas envie de mourir, sinon elle pouvait se jeter sous un bus, ou du dixième étage d'un immeuble », etc.

Mais, dans son édition datée du jeudi 21 mai, le confrère « Le Patriote », document manuscrit à l’appui, affirme que cette tentative de suicide est due à un « dépit amoureux ».

Sauf que « L’Eléphant » pense que la vérité dans cette affaire est moins prosaïque (lire page 6)

Ce pays est assis sur l'injustice et l’humiliation au quotidien des citoyens par l’administration publique ! Et de régime en régime, rien n'est fait pour y mettre fin. C'est au quotidien que « L’Eléphant » reçoit des Ivoiriens de tous bords politiques, victimes d'injustices indicibles, humiliés par des collaborateurs du président, du haut de leur petite parcelle de pouvoir.

« L’Eléphant », avec preuves à l’appui, en parle de temps en temps quand il le peut. Le 10 juin prochain, une édition spéciale sera publiée, il s’agit d’une sorte de compilation des grands dossiers sur des graves injustices qui ont été infligées à des Ivoiriens et aussi à des étrangers sous l'actuel régime, sans que personne ne lève le petit doigt.

Comme l'histoire de cette veuve burkinabé humiliée par la SAPH avec l'aimable coup de mains de la justice ivoirienne.

Comme l'histoire de ce jeune ivoirien vivant aux Etats-Unis, qui a voulu investir en Côte d'Ivoire et à qui l'on a volé 200 millions de Fcfa et qui, devant l'attitude des autorités judiciaires, a décidé de renoncer à cet argent et est reparti aux Etats-Unis en jurant de ne plus remettre les pieds dans ce pays.

Comme l'histoire récente de cet homme qui a sauvé la filière anacarde dès la prise de pouvoir de Ouattara et dont la PME de 50 employés est en faillite depuis janvier 2014 parce qu'un collaborateur du président Ouattara continue de séquestrer près de 600 millions de FCFA qu’il a prêté à ladite filière...

Comme l’histoire de ces 45 ex-agents de la BCCI dont l’argent-près de 2 milliards FCFA- envoyé depuis Paris pour leur dédommagement après la fermeture brutale de cette banque, a été détourné par des fonctionnaires qui occupent aujourd’hui qui des postes de ministre qui des postes de directeur général…

Bref, « L’Eléphant » essaie, tous les mardis et vendredis, dans des articles, d'attirer l'attention du Président de la République sur ces injustices qui sont faites aux Ivoiriens et dont les auteurs jouissent d'une impunité totale. L'acte que vient de poser cette jeune dame, au-delà de tout ce qu'on peut dire, devrait interpeller les dirigeants. C'est dans ce pays qu'on nous a fait croire qu'il ne pourrait jamais y avoir de coup d'Etat. On en a eu.

C'est dans ce pays qu'on nous a fait croire qu'il n'y aurait jamais de guerre civile. On en a eu.

C'est dans ce pays que sous nos yeux, des Ivoiriens ont eu le courage de brûler d'autres vivants. On n’en croyait pas nos yeux !

Et voilà que maintenant, une jeune femme vient franchir une autre étape en tentant de s'immoler devant le palais présidentiel. Seul un désespoir profond a pu la pousser à poser un tel acte qui lui laissera, si elle arrive à survivre, des séquelles à vie.

On verra sans doute demain, des autorités défiler à son chevet avec leurs propos de compassion qui sonnent toujours faux parce qu’elles sont constamment dans le faux.

Mais on ose espérer que ces autorités qui ne tirent apparemment jamais de leçons de quoi que ce soit, sentiront à travers cette tragédie qui se déroule pour la première fois dans ce pays, le souffle de la colère emmagasinée dans le cœur du peuple ivoirien pris en otage par une infernale classe politique depuis bientôt 21 ans.

Autrement, comme un ouragan, l’explosion de cette colère pourrait emporter l’ensemble des symboles de sa souffrance.

Assalé Tiémoko.

Source : L’ELEPHANT DECHAINE N°254

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Published by tressia - dans Politique
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