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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 20:20
JUSTICE-A la barre : «Oui, je reconnais les faits qui me sont reprochés. Mais c’était en riposte à leur agression»

Le procès du prévenu prend une allure très pathétique

Violences et voies de fait, tels sont les faits reprochés par le parquet à Konan N’Guessan Levergor. Le prévenu, âgé seulement de 20 ans; a déjà goûté à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), en y séjournant pendant 12 mois pour avoir enfreint à la législation sur les stupéfiants. Pour répondre à nouveau de l’acte délictuel mis à sa charge, il a comparu le 30/04 devant le juge répressif du tribunal correctionnel de Yopougon.

-Tu t’es évadé de prison ou tu as fini de purger ta peine? Questionne le président.

-J’ai fini de purger ma peine, répond le mis en cause.

-Tu veux encore retourner en prison?

Le prévenu reste de marbre.

-Tu es devenu, poursuit le juge, une menace dans la maison, tu voles tout le monde et tu te drogues. Tu menaces ton père?

-Je n’ai jamais menacé mon père, réplique-t-il.

-Tu ne l’as jamais menacé avec un couteau?

-Je ne l’ai jamais menacé avec un couteau.

-Tu aimes bien ton papa?

-J’aime bien mon papa.

-Ta mère est ici?

-Non. Elle vit à l’intérieur du pays.

La victime des faits qui n’est autre que son père géniteur, est convoquée à la barre par le juge.

-Monsieur Konan Konan, dit le juge, vous avez retiré votre plainte. C’est votre fils?

-Oui, confesse-t-il.

-Les propos contenus sur le pv (procès-verbal) sont-ils ceux de votre fils? Ou bien, est-ce vous qui avez fait écrire ces propos à l’officier de la police judiciaire?

Le plaignant, à son tour, éprouve du mal à réagir à la question du magistrat.

-Pour vous, fait remarquer le président, vous avez cru que l’affaire allait s’arrêter à la gendarmerie?

-Oui, réagit enfin le père.

-Donc, conseille le juge, si vous avez des comptes à régler avec votre fils, n’allez pas à la gendarmerie.

Assis, le procureur sollicite l’autorisation du président pour interroger le plaignant.

-Allez-y monsieur le procureur.

-Est-ce qu’effectivement l’enfant vous a menacé? Est-ce qu’il refuse d’aller à l’école comme vous le dites?

-Il a arrêté d’aller à l’école, réplique-t-il, en évitant avec finesse de répondre à la première question du procureur.

-Est-ce qu’il vous a effectivement menacé? Insiste le procureur

Très réticent, il avoue:

-Il est allé taper violemment à ma porte.

Conscient que son témoignage peut conduire à nouveau son rejeton pour un séjour en taule, le père a du mal à l’accabler par son témoignage.

-Si vous voulez le protéger, tempête le procureur, c’est votre enfant.

-Oui, il me menace verbalement, lâche prudemment le plaignant.

L’aveu terminé, le président lui demande:

-Est-ce que vous vous constituez partie civile?

-Non monsieur le président.

-Monsieur le procureur, vous avez la parole pour votre réquisition.

-Le prévenu ici présent est poursuivi pour des faits de violences et voies de fait à l’encontre de son père. Il a abandonné l’école et aujourd’hui, c’est à la drogue qu’il s’adonne. Sous l’effet de cette drogue, il est devenu une menace à la maison. Il va jusqu’à menacer son père quand ce dernier refuse de lui donner de l’argent. Convoqué à la barre, le père a du mal à témoigner contre son fils. Mais le pv de la gendarmerie relate éloquemment les faits. En effet, le père, excédé par le comportement de son fils, a saisi la gendarmerie pour qu’elle le corrige. Mais l’éducation d’un enfant n’incombe pas à la justice encore moins à la gendarmerie. Pour nous, les faits qui lui sont reprochés sont établis. C’est pourquoi, nous requérons que vous le déclariez coupable de ces faits-là. En répression, vous le condamneriez à 1 mois de prison et au paiement d’une amende de 10 mille francs CFA.

-Le procureur demande à ce qu’on te condamne à 1 mois de prison et au paiement d’une amende de 10 mille francs CFA. Comme tu es mineur, si tu es condamné, c’est ton père qui va payer l’amende de 10 mille francs CFA. Qu’as-tu à dire pour ta défense?

-Je demande pardon pour tout le mal que j’ai fait à mon père. Je ne veux pas qu’il ait peur de moi, je veux que tout redevienne comme avant.

-Comme ta mère n’est pas présente à la maison, est-ce que ton père ne te traite pas différemment des autres enfants de sa nouvelle femme?

-Si, acquiesce le prévenu, en hochant la tête.

-C’est ce qui te pousse à te venger contre ton père?

-Ce n’est pas pour me venger mais, pour lui montrer que moi aussi, je suis là.

-Le tribunal(…) te condamne à un mois de prison avec sursis et au paiement d’une amende de 10 mille francs CFA. Monsieur Konan, conseille paternellement le magistrat, faites tout pour améliorer vos rapports avec votre enfant.

Ce père négligent s’en tire à bon compte car sous d’autres cieux où la justice ne tombe pas dans l’émotion, il aurait pu sérieusement être malmené par le juge pour mauvais traitement de son rejeton.

Le revanchard condamné à 3 mois de taule

Coups et blessures volontaires. Telles sont les prouesses accomplies avec beaucoup de cran par Doumbia Adama sur ses deux adversaires, à la suite d’une bagarre qui a tourné en leur faveur. Ces faits se sont déroulés le 21/04 dans un village situé dans la commune de Yopougon. Interpellé après l’accomplissement de sa terrible vengeance, le prévenu a également comparu devant le juge correctionnel de la même juridiction du palais de justice de Yopougon.

Les deux victimes de ses agissements (il leur a administré des coups de poignard), certainement encore invalides, ont brillé par leur absence au procès.

-Tu attends, demande le juge, d’être jugé oui ou non en présence des plaignants?

-Je ne sais pas s’ils vont venir.

-Reconnais-tu les faits qui te sont reprochés?

-Oui, je reconnais les faits qui me sont reprochés. Mais c’était en riposte à leur agression.

En désaccord avec la réponse donnée par le mis en cause, le président décide de lui rafraîchir la mémoire, en narrant les faits.

-Au cours d’un match de football des dames, tu as mal regardé un monsieur et lui, il n’était pas content de ton regard. Il t’a regardé de la même façon et vous vous êtes regardés réciproquement. Cela a entraîné une bagarre et vous vous êtes battus. Le monsieur, aidé par un de ses frères, ils se sont mis à deux pour te frapper. Après la bagarre, en colère, tu t’es saisi d’un couteau et tu t’es rendu dans leur village pour te battre de nouveau avec eux. En vous battant, tu as sorti ton couteau pour les poignarder et tu as pris la fuite. Tu dis quoi maintenant?

-Je demande pardon.

-Monsieur le procureur, vous avez la parole pour prendre votre réquisition.

-Le prévenu, comme vous l’avez dit tout à l’heure, a, au cours d’un match de football, échangé un regard avec un spectateur et cela a débouché sur une bagarre. Mais la bagarre terminée, il est allé après poignarder les deux victimes chez elles. Son agissement constitue un acte de vengeance. Pour nous, les faits qui lui sont reprochés sont établis. Nous requérons, tout en lui reconnaissant des circonstances atténuantes, de le déclarer coupable et le condamner à 3 mois de prison et au paiement d’une amende 50 mille francs CFA.

En phase avec le réquisitoire du procureur, le juge a confirmé la sentence souhaitée par celui-ci. Ce prévenu peut se réjouir car sa soif de se faire justice lui-même a été tolérée par le tribunal.

Source : L’Eléphant déchaîné N°251

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Published by tressia - dans Société
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