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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 09:27
JUSTICE- A la barre : Des présumés escrocs sauvés de la prison pour défaut de preuves

Le voleur échappe à une vilaine peine de 20 ans de prison

Le prévenu se nomme Mamdamé N’Diaye. Il est Sénégalais, et âgé de 22 ans à peine. Malgré son âge juvénile, il est attrait devant la justice pour répondre d’un fait assez grave mis à sa charge. Il s’agit d’un délit de vol portant sur 4 téléphones portables et des numéraires, commis dans la nuit du 24 au 25/03, dans la commune de Yopougon. Placé sous mandat de dépôt dans le célèbre pénitencier de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca) le 28/03, il a comparu devant le juge répressif du tribunal correctionnel du palais de justice de Yopougon, le 02/04, pour être jugé. Les plaignants qui l’accusent de cet acte délictueux ont remarquablement brillé par leur absence au cours de son procès.

-Le prévenu, intervient le président, s’adressant au procureur, a reconnu les faits devant vous, sauf changement de dernière minute. Pour s’assurer donc de la constance du mis en cause, le juge le questionne :

-Tu as volé plusieurs portables ?

-Je les ai rendus à leurs propriétaires, ils me doivent de l’argent.

-A 4 heures du matin ! Réplique avec stupéfaction le juge.

Convaincu que le prévenu raconte des salades au tribunal, il décide de lui rafraîchir la mémoire, en relatant les circonstances d’exécution de son forfait.

-Il faisait chaud et les gens(les victimes du vol) ont laissé ouvert leur portail. Et toi, tu passais et ayant constaté cela, tu es rentré dans leur maison pour voler des téléphones portables et de l’argent.

Séduit( ?) par ce témoignage du juge, Mamdamé N’Diaye garde un silence impressionnant.

-Mon ami, tu as quel âge ? Questionne le président.

-22 ans, répond-il peureusement.

-Si tu es condamné, lui révèle le magistrat, quand tu vas sortir de prison, tu auras 42 ans. Monsieur le procureur, poursuit le président, vous avez la parole pour votre réquisition.

-Il n’y a pas d’obstacle, fait remarquer pour sa part le procureur, à l’accusation du prévenu. De plus, le prévenu, ajoute-t-il, est un récidiviste. Il a été déjà condamné à 6 mois de prison pour vol de téléphone portable. Nous requérons une requalification des faits de vol commis la nuit en ceux de vol simple. Ensuite, vous le déclarerez coupable de ces faits ainsi requalifiés et en répression, vous le condamnerez à 18 mois de prison et au paiement d’une amende de 100 mille francs CFA.

-Tu as déjà fait la prison ? Interroge le juge.

En sanglots, le mis en cause a du mal à répondre à la préoccupation du magistrat.

-Bon d’accord ! d’accord ! dit le président. Le tribunal, poursuit-il, après requalification des faits en ceux de vol simple, vous déclare coupable et vous condamne à 18 mois de prison et au paiement d’une amende de 100 mille francs CFA.

Il a vraiment de la chance, lui. Il doit certainement son salut à son âge juvénile.

Des présumés escrocs sauvés de la prison pour défaut de preuves

Escroquerie et tentative d’escroquerie, telles sont les deux infractions reprochées à Dadia Biagné Gérard et Adama Chérif, par la justice. Ils ont succédé à la barre, à Mamdamé N’Diaye, pour s’expliquer devant le juge correctionnel sur les faits mis à leur charge.

-Je revenais de Daloa avec un convoi funèbre. Une fois descendu du car, j’ai été approché par des personnes qui m’accusent de ces faits, raconte Adama Chérif, en réaction à la question du juge sur les circonstances de leur interpellation.

-J’étais allé rencontrer une fille à Yopougon, explique à son tour, Dadia Biagné Gérard, et c’est en me renseignant sur son domicile que j’ai été appréhendé.

-Qui est le fils du prophète parmi vous ? Demande avec dérision le président.

-Moi, intervient de nouveau Dadia Biagné Gérard, je suis allé croiser une fille et elle m’a demandé de l’attendre devant la pharmacie «Divine Grâce ».

Ne laissant pas le temps au second prévenu de répondre à cette question, le juge l’interroge ainsi:

-Où sont tes bagages ?

-Ce jour-là, ils m’ont frappé et ils m’ont fait monter de force dans un taxi. C’est à l’endroit où ils m’ont frappé que mes bagages sont restés, témoigne Adama Chérif.

-Comment se fait-il que c’est à la «Cité verte» que vous êtes descendu?

-On est passé par «Siporex» et comme je ne connais pas Abidjan, je suis descendu là-bas.

-Et ton grand-frère chez qui tu partais?

-Il est allé me voir à la police pour me soutenir.

-Et pourquoi aujourd’hui, il n’est pas là ?

-C’est un chauffeur de taxi.

Indiquant de la main Dadia Biagné Gérard, le juge demande à Adama Chérif :

-Tu le connais où ?

-Je ne le connais pas, rétorque-t-il. C’est la première fois que je le vois. Quand je l’ai croisé, il m’a dit qu’il cherchait une clinique.

Incrédule, le procureur contre-attaque.

-Tu es sûr que c’est une clinique, il cherchait ? Tu n’as pas dit pendant ton audition, qu’il cherchait une église ?

Le prévenu reste de marbre. Et de nouveau, le procureur réplique.

-Tu fais quoi dans la vie ?

-Je suis apprenti.

-Apprenti de quoi ?

Adama Chérif garde une nouvelle fois un silence radio. Le président décide alors de l’éprouver.

-Si tu vois une jeune fille passer et que tu peux lui soutirer de l’argent, qu’est-ce que tu fais ?

-Je vais l’aider. En le faisant, elle peut me donner 100 francs CFA.

-Ou bien, complète le président, tu peux faire autre chose pour lui soutirer de l’argent. Car, qu’est-ce qu’une personne a contre toi pour porter plainte contre toi, si tu ne lui as rien fait ?

Aucune réaction du mis en cause. Et au procureur de lui expliquer les raisons de sa présence à la barre.

-Elle dit que vous l’avez trompée une première fois et c’est en voulant user de votre ruse pour la tromper une seconde fois, qu’elle vous a reconnus.

-Ce n’est pas moi, réagit Adama Chérif.

Eclairé, le président sollicite Dadia Biagné Gérard à la barre et lui pose la même question :

-Tu le (Adama Chérif) connais ?

-Lui, je ne le connais pas. Je partais croiser une fille.

-Pour faire quoi ? Une croisade religieuse ?

-En fait je l’ai croisée un jour et j’ai pris son numéro.

Cette réplique du prévenu a largement suffit au président pour solliciter le réquisitoire du procureur.

-Les prévenus, débute le magistrat, sont poursuivis pour des faits d’escroquerie. Certains individus profitent aujourd’hui de la prolifération des églises et des pasteurs pour arnaquer d’honnêtes citoyens. Ils prennent le temps pour avoir des renseignements sur leurs victimes afin de parvenir à leur soutirer de l’argent. C’est le cas du prophète Dadia et son fils ici à la barre. La première fois, leur victime est tombée dans le panneau, mais la seconde fois non. Elle n’est pas là pour confirmer ces faits et confirmer également que ce sont les deux individus qui l’ont escroquée. Mais nous, dans notre intime conviction, nous sommes convaincu de leur culpabilité. Mais à défaut d’éléments objectifs, nous sommes obligé de demander leur relaxe pour défaut de preuves.

Le juge, ayant observé que l’un des mis en cause, Dadia Biagné Gérard, pleurait, lui demande :

-Dadia, pourquoi tu pleures ?

Le concerné reste indifférent à la préoccupation du juge .

-Il faut, lâche le président, nous faire du cinéma alors. Le procureur, indique-t-il, dit qu’il est convaincu que c’est vous mais il n’y a pas assez d’éléments dans le dossier pour étayer cette conviction. Qu’avez-vous à dire ?

Comme à leur habitude lors de ce procès, aucun des deux prévenus ne réagit.

-Si vous êtes malins, leur conseille le juge, vous devez changer de lieu d’opération.

Son conseil achevé, le président, au terme d’une demi-heure de jugement, les déclare non coupables pour délit non imputable. Ces petits malins ont bien appris l’adage selon lequel : « la parole est d’argent et le silence d’or » car leur silence face aux nombreuses questions des juges a fini par les sauver.

Noël Konan, in L’Eléphant déchainé N°247

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Published by tressia - dans Société
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