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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 10:10
Côte d'Ivoire- Pourquoi les prix des médicaments augmentent ? Les 3 raisons selon L’E.D N°252

Ces dernières semaines, plusieurs journaux ivoiriens ont relayé l'information selon laquelle les prix des médicaments dans les officines pharmaceutiques seraient en hausse. Dans une enquête du journal «Soir Info», on apprend que l'ampoule de l'amikacine est passée de 2960 francs à 3500 francs Cfa dans plusieurs pharmacies visitées dans la capitale économique, à San Pedro et Bondoukou. Le métronidazole injection n'est plus vendue à 1080 francs Cfa, l'unité. Elle est désormais offerte dans plusieurs pharmacies entre 1100 francs et 2000 francs. Depuis, les spéculations sont nombreuses et tentent d'expliquer cette hausse. Pour éclairer la lanterne de chacun, nous vous proposons au moins trois raisons qui peuvent expliquer la cherté des médicaments en général.

Raison 1 : Webb Fontaine

C'est le 6 mars 2013 que l'Etat ivoirien a, comme on peut le lire sur le site de la compagnie suisse, "désigné" pour gérer le guichet unique du commerce extérieur de la Côte d'Ivoire. Par "désigné" il faut comprendre que ce marché de plusieurs milliards de FCfa a été octroyé au gré à gré, sans appel d'offres donc, à Webb Fontaine, accessoirement dirigé par un certain Benedict Senger, lui-même accessoirement gendre du Chef de l'Etat, Alassane Ouattara. Mais bon, c'est peut-être juste une coïncidence. Voilà le décor. Une fois installé, Webb Fontaine, au bout de six mois, décide de faire passer le prix de traitement des conteneurs de médicaments dans les Ports, de 120.000 FCFA par conteneur à 1.500.000 FCFA désormais. Ainsi, les principaux grossistes ivoiriens que sont ‘’Laborex’’, ‘’Copharmed’’ et ‘’Dpci’’ sont obligés de répercuter cette hausse fulgurante sur leurs prix. Résultats : les prix flambent!

Raison 2 : Eurimex Pharma

Les trois principaux grossistes que sont ‘’Laborex’’, ‘’Copharmed’’ et Dpci’’, qui bénéficient eux-mêmes d'un monopole sur l'exportation des médicaments en Côte d'Ivoire (ils ne sont donc pas totalement innocents), s’approvisionnent, eux, auprès d'Eurimex Pharma. Eurimex Pharma n'est pas un laboratoire médical. Non. Eurimex Pharma, c'est juste une entreprise de stockage de médicaments. Comment ça marche? Eh bien, Eurimex Pharma signe des contrats d'achat de médicaments avec 600 laboratoires dans le monde, essentiellement en Asie et en Europe. Eurimex Pharma stocke ensuite ces médicaments dans ses entrepôts, en attendant que ‘’Laborex’’, ‘’Copharmed’’ et ‘’Dpci’’ viennent les acheter avec elle. La question qu'on se pose tout de suite est : pourquoi ‘’Laborex’’, ‘’Copharmed’’ et Dpci n’achètent pas directement les médicaments auprès des laboratoires asiatiques et européens? Ou alors, pourquoi la pharmacie de la Santé publique ivoirienne n'en fait pas autant ? Pourquoi dans toute la chaîne, tout le monde préfère s'en remettre au grand frère Eurimex Pharma ?

Sur l'illustration (voir document), on peut voir les flux import et export du groupe Eurimex Pharma. Le constat est sans appel : une seule flèche indique les importations, essentiellement d'Asie plus particulièrement d'Inde. Par contre, pour ce qui est des exportations, il apparaît qu' Eurimex Pharma est le distributeur exclusif de plusieurs pays africains dont le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Gabon, le Mali, le Sénégal, le Niger... et la Côte d'Ivoire.

La principale conséquence est que tout au long de cette chaîne, Eurimex Pharma ajoute ses marges sur les prix des médicaments qu'elle entrepose. De fait, ces médicaments reviennent un peu plus chers aux grossistes ivoiriens, qui, à leur tour, y ajouteront leurs marges. Quand elles revendent ces médicaments aux officines pharmaceutiques, elles aussi rajoutent leurs marges. Au final, c'est le consommateur qui paie la facture pendant que l'Etat continue d'accorder un monopole aux trois grossistes Laborex, Copharmed et Dpci et qu'eux, à leur tour continuent de traiter avec Eurimex Pharma, contribuant ainsi à consolider le monopole de cette dernière. Bref, de monopole en monopole, les prix grimpent !

Raison 3 : l’administration des prix des médicaments par l'Etat

En matière de commerce des produits pharmaceutiques, il n’y a pas la libre concurrence comme nous l'avons démontré dans les deux points précédents. Pour boucler la boucle dans cette chaîne de monopole et d'étatisme, c'est l’Etat de Côte d’Ivoire qui fixe les prix de vente des médicaments, comme il le fait d'ailleurs pour le café et le cacao.

C'est la Direction de la Pharmacie et du Médicament qui se charge de l'affaire. Elle réceptionne les dossiers des grossistes (Laborex, Copharmed et Dpci), dossiers dans lequel ceux-ci indiquent le prix hors taxe auquel ils achètent à leur fournisseur (Eurimex Pharma). Or, à ce niveau, le fournisseur Eurimex a déjà ajouté sa marge. L’Etat apprécie ensuite ce prix, et après y avoir ajouté sa marge (impôts et autres taxes), fixe un prix homologué qu'il impose aux grossistes puis aux pharmacies. Sauf que le prix homologué par l'Etat ne tient pas compte de la marge des grossistes et des pharmacies. Ainsi, ces derniers, en sus du prix homologué par l'Etat, ajoutent quand même leur marge pour tenir compte de l'augmentation des tarifs de Webb Fontaine qui sont passés de 120.000 Fcfa à 1.500.000 Fcfa par conteneur. Au final, le prix homologué fixé par l'Etat n'est respecté par personne. Ce qui explique que les prix des produits pharmaceutiques varient d'une pharmacie à l'autre.

Que faire?

Mettre fin aux monopoles! Les monopoles de Laborex, Copharmed et Dpci doivent cesser. L'Etat devrait ouvrir le marché de l'importation à d'autres entreprises pour permettre la libre concurrence dans le domaine. Plus il y aura d'importateurs, plus les fournisseurs se diversifieront. La fin de ce premier monopole permettra de mettre fin au second, celui d'Eurimex Pharma. Ouvrir le marché des médicaments permettra aux nouveaux acteurs de s'approvisionner directement auprès des laboratoires européens ou indiens sans passer par la case Eurimex. Le coût de revient s'en trouvera diminué, et les prix dans les officines iront également à la baisse.

Ensuite, L'Etat doit clarifier la situation de Webb Fontaine. Le gré à gré dont bénéficie cette entreprise a conduit à une augmentation drastique des prix de traitement des conteneurs à médicaments dans les ports. Là encore, il faudra mettre fin à ce gré à gré, rouvrir le marché de la gestion des terminaux portuaires pour pouvoir confronter l'offre de Webb Fontaine à celle d'autres opérateurs.

Enfin, l’Etat doit mettre fin à l’administration des prix des médicaments. Un Etat n’a pas à fixer les prix des médicaments ni ceux du café et du cacao. Ce que l’Etat doit faire, c’est libéraliser le secteur et garantir la libre concurrence entre les acteurs. Cette libéralisation entraînera obligatoirement une baisse des prix.

M. Sylla

mohamedlsylla@gmail.com

(in L’Eléphant déchaîné N°252)

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Published by tressia - dans Politique
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