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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 09:32
Administration publique de Côte d’ivoire : De petits commerces émergents !

Le phénomène n’est pas du tout nouveau en Côte d’Ivoire ! Il s’agit du commerce pratiqué dans les bureaux, pour et par les travailleurs.

Il faut bien arrondir ses fins de mois !

Qu’est-ce que la pauvreté peut rendre ingénieux ! Car, au final, que ne feraient pas les Ivoiriens soit pour arrondir les fins de mois, soit pour faire face au coût toujours émergent de la vie qui prospère de régime en régime malgré les beaux discours des hommes politiques, aussi impuissants que nombreux et différents.

Eh bien, ceux qui travaillent ne sont pas forcément les plus heureux! Ils disent qu’ils sont obligés de «se chercher» pour pouvoir joindre les deux bouts. Et, ce sont les femmes qui se montrent de plus en plus entreprenantes en la matière. Qui dans les bureaux pour celles qui travaillent dans l’Administration publique ou au privé, qui dans les salles de classe pour les étudiantes…On propose toutes sortes de marchandises : effets vestimentaires et cosmétiques, chaussures, pagnes, bijoux, nourritures (viandes de brousse, poissons, attiéké, bananes, lait…).

Le phénomène se généralise avec des conséquences diverses.

La diminution de temps du travail

Il est connu à Abidjan et de par le monde, que le centre des affaires de la capitale économique abidjanaise qu’est le Plateau, avec ses immeubles et gratte-ciel, avec ses nombreux bureaux de grandes institutions aussi, est très prisé. Et les affaires, il y en a pas mal ! En tout cas, tout y passe. Pendant que les uns y vont de façon ponctuelle, qui pour des courses ou rendez-vous importants, qui à ses bureaux, les autres, surtout les femmes, s’y rendent en général tous les jours ouvrables, avec de gros sacs remplis de marchandises qu’elles proposent aux collègues et aux visiteurs. Madame T.H., fonctionnaire pour le compte du ministère de l’Education nationale, est une doyenne de cette pratique. Approchée par «L’Eléphant», elle n’a pas hésité à en donner les raisons : «Le commerce de bureau comme on le dit chez nous, est une vieille pratique. Moi j’ai commencé ma "petite affaire", il y a vingt ans au moins et depuis je ne m’en plains pas. C’est la principale source de financement de mes réalisations en tant que travailleur. Il faut dire que le salaire ne peut pas suffire et pourtant il faut faire face aux besoins de la petite famille et des parents au village, sans oublier les sollicitations oh combien de fois nombreuses ! Quand tu as fini de distribuer le salaire mensuel, que va-t-il te rester pour te construire et préparer ta retraite si tu n’as pas une autre source de revenu?»

A la question de savoir comment s’arrange-t-elle pour faire son business et son travail de fonctionnaire en même temps, car «nul ne peut servir deux maîtres sans trahir l’un», elle répondra : «Après réflexion, j’ai d’abord choisi mon entourage professionnel comme première cible clientèle. Je propose mes articles aux patrons et collègues avec des facilités de payement sur plusieurs mois. Ce sont en fait des objets de valeur... Les bijoux en or pur et autres choses comme les chaines, bagues, gourmets, boucles d’oreilles, colliers et divers autres articles qui viennent soit du Ghana ou Durban quand c’est moi-même qui vais les chercher, soit de France ou d’Italie où est installée ma fille et qui me les fait venir.» Ingénieux, non !

En sortant de là, le quadrupède a eu l’idée de faire un petit tour dans les bureaux de la Fonction publique, où prospère désormais un certain Cissé Bacongo. Là aussi, il trouvera une autre femme bien connue pour les articles qu’elle propose. Sous un anonymat sécurisé, elle explique : «J’ai toujours proposé mes articles à mes clients qui viennent me voir entre midi et deux. Ça ne dérange pas mon travail. Le weekend, c’est moi-même qui vais vers eux quand ce ne sont pas les gens de mon quartier. Ça me permet de régler beaucoup de problèmes tels que le transport pour venir au travail, la nourriture… et d’avoir toujours de l’argent sur moi. En tout cas, je peux dire que ça marche bien». Quand «L’Eléphant» lui dit qu’il la comprend parfaitement, au regard des temps devenus trop difficiles, avant de lui demander qui sont ses clients au niveau du Plateau, elle répondra : «En tant que secrétaire, je reçois beaucoup de visiteurs. Je leur propose aussi mes articles quand je n’ai pas grand-chose à faire. En général, c’est à ceux-là que je vais faire des livraisons les samedis. C’est souvent les habits et chaussures pour enfants et femmes. Mais maintenant, les gens n’ont même pas l’argent pour manger; donc ça ne va pas vraiment.» Oui, on a bien compris que les visiteurs qui sollicitent les services publics arrivent entre midi et deux seulement, c'est-à-dire au moment de la pause?

Ailleurs, dans un EPN (Etablissement public national) de la capitale, Madame Diabagaté n’hésite pas à dire à qui veut l’écouter qu’elle «vend des robes de modèles chics, des chaussures, des sacs à mains pour dames…» qu’elle propose aux hommes aussi. Quant à sa voisine de bureau, mademoiselle Koffi, c’est «du bon yaourt et du « dêguê» qu’elle transporte tous les matins dans un ‘’thermos’’ bleu. Le quadrupède vous évitera les détails des heures que les collègues passent dans ce bureau à prendre le petit déjeuner au «dêguê»…le tout, saupoudré de grands sourires des salariées-vendeuses.

Que dit la loi ?

Bien sûr qu’il existe chez nous, pays moderne qui se veut désormais émergent, un code de déontologie des agents publics. Il détermine les normes de comportements et de conduite qui s’imposent à eux dans le cadre de l’exercice de leurs missions, selon son article premier.

En effet, cette loi portant code de déontologie des agents publics, en son article 2, donne cette belle définition de l’agent public : « Au sens de la présente loi, sont considérés comme «agents publics», les fonctionnaires et agents relevant d’un statut public, les contractuels de l’administration, les élus et les agents des collectivités territoriales ou tout autre agent nommé à titre permanent ou temporaire et quel que soit son niveau hiérarchique dans l’administration .»

C’est donc cette loi qui régit, en son Titre II Chapitre I, les obligations de l’agent public à l’égard de l’Etat (l’employeur) dans l’exercice de ses fonctions. En son article 3 qui sonne comme une interpellation, on a pu lire : «L’agent public exerce son activité professionnelle dans le cadre juridique des institutions de l’Etat. A ce titre, il respecte scrupuleusement la légalité institutionnelle ainsi que tous les devoirs qui y sont rattachés.»

Le Titre III de la même loi indique les interdictions faites à l’agent public dans l’exercice de ses activités professionnelles. Parcourons ensemble les articles suivants :

«Article 25 : Il est interdit à l’agent public de pratiquer dans son environnement de travail, des activités extraprofessionnelles, notamment, de commerce, de restauration ou de rencontres autres que professionnelles.

Article 26 : Dans l’exercice de ses fonctions, il est interdit à l’agent public toute interférence entre ses activités professionnelles et ses affaires personnelles de manière à éviter toute forme de conflit d’intérêt réel, apparent ou potentiel. Il est tenu, en cas de survenance d’un conflit d’intérêt indépendant de sa volonté, de prendre toutes les dispositions diligentes nécessaires pour le faire cesser ou pour faire prévaloir l’intérêt général.

Article 27: Il est interdit à l’agent public, pendant les heures de travail et en dehors du lieu de travail, de mener des activités extraprofessionnelles, sauf les cas de dérogations prévus par la réglementation en vigueur.»

Traduction : On ne doit pas vendre ou proposer des articles dans les bureaux aux jours et heures de travail.

Silence approbateur !

Le phénomène laisse de marbre les chefs de service qui approuvent sans rien dire… Souvent, c’est même une complicité active, par les commandes qu’ils passent en tant que clients, pour soutenir la collaboratrice et faire «marcher la boutique». De petits cadeaux aux patrons ont vite suffi pour qu’ils se tiennent tranquilles.

«L’Eléphant» est aussi tombé sur un autre article, le 28, qu’il lit à haute voix: «L’agent public doit s’abstenir, directement ou indirectement, d’utiliser les biens matériels et ressources financières du service à son profit personnel, au profit de ses proches ou à des fins extraprofessionnelles». En français facile, cela veut dire qu’il faut éviter d’utiliser les véhicules de services pour accompagner les enfants ou madame à l’école ou au marché.

Quand on sait que notre président en a donné un exemple du temps où il était premier ministre, ça pourrait être le prochain challenge du tout nouveau ministre de la Fonction publique, Cissé Bacongo ?

Antoine EDO in L’Eléphant déchaîné N°247

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Published by tressia - dans Société
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